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BOUETTE [bwɛt]
n. f. sing.

Rem.

Variantes graphiques : (dans les glossaires) boète; (surtout au XIXe s.) boite, boitte.

I
1

Fam.Terre détrempée à la surface du sol.

2022, TLFQ, Bouette [photo].

Piler, jouer, caler, glisser, tomber dans la bouette. Un trou de bouette. Être en bouette (en parlant d’un chemin, d’un terrain, etc.).

SYN. boue (surtout dans la langue soignée).

 vase.

Pendant l’été les choses ont marché tant bien que mal; la récolte présentait une belle apparence […]. Vinrent les pluies du mois d’août et du mois de septembre, les récoltes furent engrangées avec beaucoup d’avaries […]. Les pommes de terre qui sont une grande ressource pour certaines terres, exposées trop longtemps à l’humidité se mirent à pourir [sic], et on dût les rentrer souvent dans la bouette. […] Et pour comble de malheur la température d’automne fut si humide que les chemins furent bientôt tout défoncés et qu’il fut impossible de transporter une charge quelconque à la campagne. 1888, Le Prix courant, Montréal, 21 décembre, p. 10.

En quelques minutes, nous v’là devant les éléphants [au cirque]. Un d’eux avec sa trompe s’en va chercher la fleur de géranium que Belzémyre a sur son chapeau et l’avale. Belzémyre lâche un cri, regarde l’éléphant qui fait marcher ses oreilles. Moé, je riais comme un fou, sans m’apercevoir que j’avais les deux pieds dans de la bouette... 1919, La Patrie, Montréal, 31 mai, p. 17 (chron. humor.).

Mais avec une pareille maudite pluie, ça avançait pas raide. La terre était détrempée comme de la pâte à crêpes, on se perdait sur les montagnes, les tracteurs pataugeaient dans la bouette du matin au soir, se calaient. 1976, B. B. Leblanc, Moi, Ovide Leblanc, j’ai pour mon dire, p. 149.

Ah oui, le terrain [de soccer] l’autre bord, il était [...] tout mouillé, c’était de la bouette, envoye de la bouette, de la bouette! Les gars, ils venaient pour arrêter, ils glissaient sur le dos, tout le linge plein de bouette. 1977, Montréal, Corpus Centre-Sud (enq.), 1412257.

Toi aussi tu fais dur; on dirait que t’as monté sur tes grands chevaux pis que le cheval t’a traînée dans la bouette pendant des milles! 1987, Fr. Noël, Myriam première, p. 366‑367.

Avant, on jouait [au football] sur le bon vieux gazon ordinaire du bon Dieu, pas sur une véritable imitation de simili-tourbe testée en laboratoire, et quand le climat se fâchait, ça ne tardait pas à se joyeusement détériorer, et bonjour la bouette. Aujourd’hui, on ne voit plus que très rarement de la bouette, même si l’homme masculin qui pratique un sport de contact, organisé ou pas, montre en général une assez forte propension à se garrocher dans la bouette. 2008, Le Devoir, Montréal, 23 décembre, p. B6.

Soudain, j’y pense : est‑ce que le traineau du père Noël peut glisser dans la bouette? Bon, je sais, ma tante Katia m’a déjà dit qu’il fallait dire « boue », mais moi je préfère « bouette ». Ça reflète mieux ce que je pense de cette substance brune et gluante, qui fait « smoc! smoc! » quand on marche dedans. 2018, Le Charlevoisien, Baie-Saint-Paul, 3 janvier, p. 10‑11.

Même si la randonnée pédestre a un faible impact sur l’environnement, le piétinement régulier sur un sol humide va créer des dégâts incroyables sur les sentiers. Malheureusement, le randonneur aguerri sait qu’il doit marcher dans le trou de bouette. Celui qui est moins connaissant va marcher autour, ce qui ne fait qu’élargir la zone humide. 2020, La Tribune (site Web), Sherbrooke, le mag, 28 novembre.

Fig.

Ferm’ donc ta grand’ gueul’, Ti‑Jean, toé, des scandal’, tu mang’ ça comm’ du bonbon, y a rien qu’t’aim’ comm’ de traîner des réputations dans a bouette. 1975, P. Châtillon, Le fou, p. 27.

Toujours en lien avec les événements, une enseignante de l’école a aussi utilisé les médias sociaux, mais pour des motifs bien différents. Elle a précisé avoir lu des commentaires dégradants sur son école, parfois même provenant d’élèves à qui elle croyait avoir tellement donné. Elle avoue que ça lui a fait mal et qu’elle se demandait comment faire pour nager dans cette « bouette » de haine et de tristesse. 2018, La Voix du Sud, Lac‑Etchemin, 7 mars, p. 4.

 Bouetter v. intr. Être, devenir couvert de bouette.

Ça bouette, les chemins bouettent. (Blanch1‑3 et GPFC).

Rem.À ne pas confondre avec bouetter « donner de la bouette2 à (un animal) ».

Et c’est pour ça, mesdames et messieurs, que la course en sentier est une merveille. Tu es tout seul dans la forêt. […] Ça grimpe, ça descend, ça glisse, ça mouille, ça bouette, ça roule sous la chaussure, une roche, une racine, un tronc d’arbre, une branche qui te fouette la joue, la pluie d’hier qui a rendu le tapis de feuilles mortes ultra glissant, une seconde d’inattention, tu pars en vol plané. 2014, La course et la vie (blogue), Châtelaine (site Web), 27 octobre.

Depuis quelques semaines, les camions chargés ont pris l’habitude, en sortant du chantier, de suivre la rue Saint-Joseph plutôt que d’effectuer un virage serré dans la rue de la Couronne. Ils circulent ainsi jusqu’à la rue du Pont, où ils tournent à droite pour rejoindre le boulevard Charest ou à gauche pour filer vers le nord. Dans l’intervalle, ils dérangent les voisins. « On est dans l’excavation donc quand il mouille, ça bouette et quand c’est sec, ça fait de la poussière », résume […] [la] directrice générale de la Société de développement commercial (SDC) du centre-ville de Québec. 2015, Le Soleil, Québec, 18 avril, actualités, p. 8.

 v. tr. Rare Salir, couvrir de bouette.

Bouetter le plancher.

Lorsque le froid commence vraiment à se faire sentir à l’automne, il [le castor] isole sa hutte avec de la boue, il « bouette » sa maison comme on dit, en même temps qu’il achève d’accumuler sa provision de nourriture pour l’hiver. 1978, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 18 octobre, p. 32.

 Bouetté, bouettée adj. RareCouvert de bouette.

Le fait de franchir les racines, de sauter du haut d’une roche, de contourner les arbres et de parfois se mouiller les orteils dans les ruisseaux devient, pour eux [les enfants], un véritable jeu de défis. Quel enfant n’aime pas les défis (avec un rigolo-risque de revenir un peu bouetté à la maison)? 2014, L’Écho du Lac, Lac‑Beauport, septembre, p. 36.

Ils prennent leur temps pour bien faire les obstacles et les trous de boue, ils s’organisent pour être bien bouettés. C’est aussi du dépassement de soi parce que c’est quand même exigeant de monter et de descendre les pentes. 2017, Le Quotidien, Saguenay–Lac-Saint-Jean, 18 mai, sports, p. 35.

 Embouetter v. tr. RareSalir, couvrir de bouette (voir ci‑dessus, bouetter).

Vis-à-vis des hommes elle ne se berçait plus d’illusions : des brutes aveugles habitués à tourner en rond dans le manège du quotidien, des bêtes grognonnes qui rentraient avec du linge sale sur le dos, exigeaient des repas chauds, « embouettaient » la cuisine et s’affaissaient lourdement dans leur fauteuil pour le reste de la soirée. 1983, M.‑A. Boucher et D. Mativat, Le festival des concombres, p. 55.

 Fig., Rare

Honte aux deux auteurs pouilleux qui, sur un fond de critique sociale, à la base sans doute légitime, en ont profité pour nous embouetter dans la médiocrité qui pue, en nous ridiculisant publiquement. Je suis profondément triste de ce recul culturel. 2006, Le Soleil, Québec, 26 avril, p. 34.

 Se débouetter v. pron. RareSe laver pour enlever la bouette couvrant le corps.

La traversée de la bouette [titre]. Vous serez sales, mais heureux. […] Première consigne : lacez solidement vos souliers, sinon, la vase va les aspirer. L’eau atteint d’abord les chevilles, puis les genoux des marcheurs. Ils doivent piétiner les herbes salées, escalader les roches de l’île ronde, braver l’eau froide du chenal, les algues et le fond vaseux du fleuve. Sur le quai de l’île, des poubelles remplies d’eau les attendent, parce qu’il faut bien se « débouetter ». 2012, La Presse, Montréal, 4 juillet, cahier Voyage, p. 4.

2

Par ext., Fam.Mélange de neige ou de glace fondante et d’eau qui forme une couche plus ou moins épaisse et malpropre sur le sol ou qui couvre les étendues d’eau gelées.

Marcher, patauger dans la bouette. Glace, neige en bouette.

 gadouegibelotte (sens II.1); sloche (sens 1).

C’est aujourd’hui le premier avril 1869 il fait beau calme bien doux la neige est en boite. 1869, Pointe‑Lévis, BAnQQ, fonds Léon Samson (P308).

Le 14 mars, à six heures du matin, nous levions l’ancre pour continuer notre route. […] Nous ne rencontrâmes que de la glace en bouette, dont l’épaisseur ne dépassait pas un demi-pouce. Vis-à-vis l’île aux Basques, il nous fallut passer à travers un champ de glaces qui pouvait couvrir environ cinq milles de large et s’étendait presque d’une rive à l’autre. 1901, Bulletin de la Chambre de commerce du district de Montréal, août, p. 57.

Donnez-vous donc la peine d’entrer. M. le curé a une visite pour le quart d’heure; si vous voulez l’espérer un instant. […] Vous êtes venue pour le premier vendredi, ça m’en a tout l’air. Loin de l’église comme vous êtes, et avec les chemins en « bouette » que nous avons, je vous trouve bien dévotieuse. 1919, frère Gilles, L’héritage maudit, p. 31.

Dès le petit jour du lendemain, Jeannetot s’est mis en marche vers Saint‑Gilles. Il patauge dans une bouette de neige et d’eau; et c’est long, surtout quand on a le cœur pesant et que l’avenir pénible est comme cette route devant soi. 1948, F.‑A. Savard, La minuit, p. 129.

Essayé sur les routes enneigées et en forte pente du Mont Evans, le nouveau pneu General à Crampons pour l’Hiver s’est révélé maître de toutes les situations, dans la neige, la boue et la bouette. 1955, Le Progrès du Saguenay, Chicoutimi, 29 octobre, p. 8 (annonce).

J’ai vu, moi, là, en redescendant d’une drave, là. En arrivant, là, on n’avait pas pu souper le soir. Partis le matin, mangé notre lunch le midi tellement que les chemins étaient méchants. C’était de l’eau puis de la bouette. 1963, île aux Coudres (Charlevoix-Ouest), AFEUL, P. Perrault 533 (âge de l’informateur : n. d.).

On partait du Pied-des-Monts à pied avec notre poche sur le dos, puis dans [la] bouette  aux genoux. On arrivait dans les camps, éclairés à [la] petite lampe, on voyait presque pas. 1970,La Malbaie (Charlevoix-Est), AFEUL, G. Dulong 50 (âge de l’informateur : n. d.).

Dans le temps de le dire, les champs ont retiré leur blanc manteau pour faire place à de la « bouette ». Il va sans dire que ce printemps hâtif n’a pas fait que des heureux puisque les amateurs de ski de fond et alpin, les patineurs, et les motoneigistes sont en beau « joualvert ». Heureusement, il y en aura d’autres hivers. 1981, Le Guide, Sainte-Marie (Beauce), 24 février, p. 5.

Donc, nous sommes allés aux Salines. Nous y sommes restés une demi-heure, nos garçons ont quand même eu les joues rouges. Par contre, papa a stationné l’auto à l’autre bout de la rue Martineau, a lancé quelques boules de neige, est retourné chercher l’auto et par la suite nous avons dû mettre tout le linge de neige au lavage. La bouette du stationnement étant assez salissante. 2016, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 10 mars, p. A11.

Par ext. Cristaux de glace mêlés de neige fondante qui se forment en une masse plus ou moins compacte à la surface de l’eau. (BPFC 3/4, 1904, p. 127; GPFC et PPQ 1249A).

Fig.

Les flocons de neige s’égrennent [sic] dans la langueur désespérante de ce soir jaune. Le son des cloches tombe noir. Et tout ça se rencontre vert, se croisse mauve, se mêlent [sic] incolore et fait une bouette immonde et grise et sale dans mon âme crevée. 1943, A. Giroux, Noël oblique, Amérique française, Montréal, vol. 2, no 4, p. 16.

II

Fig., fam.Chose insignifiante, sans valeur, sans intérêt; condition peu enviable, misérable.

C’est de la bouette : c’est de la merde. Être, mettre qqn dans la bouette : dans le pétrin, dans la misère.

Cheux nous, ça va pas mieux […] : j’avais une fille, mais elle a sacré l’camp aux States pour être weaver dans une manufacture de coton. Moué, j’sus trop vieux pour travailler et quand j’fais queuques sennes, j’essaye de me réchauffer avec un p’tit coup : quand qu’on est saoul, on oublie qu’on est dans la bouette par‑dessus la tête. 1940, La Patrie, Montréal, 1er décembre, p. 71 (chron. humor.).

Le conseiller se rappelle son malaise lorsque le maire avait eu à répondre de ses pépins financiers au moment où ceux‑ci avaient été dévoilés publiquement en janvier 2014. « Ça m’a agacé et je me disais que je ne voulais mettre personne dans la bouette. » 2015, Le Soleil, Québec, 8 janvier, p. 13.

Ma mère est atteinte de la maladie d’Alzheimer. Elle se débrouille, vit dans sa maison, mais la situation évolue, les choses se détériorent. Cette maladie, c’est de la bouette. Une horreur. Elle progresse, jette son ombre de mois en mois sur celle qui fut une femme de caractère. Elle la ratatine. 2017, M.‑F. Bazzo, La Presse, Montréal, 6 mars, p. A4.

[…] la plupart des sondages reposent désormais sur des échantillons qu’on qualifie dans le monde des statistiques de « non probabilistes ». Et selon le site de Statistique Canada, « on ne peut mesurer la fiabilité d’un échantillonnage non probabiliste », car c’est de la bouette. […] Pire : le monde s’étonne que les sondeurs prédisent désormais mal le résultat des élections. 2019, Journal Métro (Montréal), 2 août, p. 13.

De son côté, Pierre-Luc Racine présente Comment lâcher sa job de bouette et (essayer de) vivre de ses rêves. Après des études en actuariat (parce qu’il aimait les mathématiques) et un emploi dans le domaine qu’il a occupé (ou enduré) pendant dix ans, l’auteur, ne se sentant pas heureux, choisit de quitter ce métier et de réaliser ses rêves. 2021, Les libraires, no 125, p. [79].

En cette fin d’année scolaire, je prends un moment pour saluer ton courage. Il s’est passé tellement de choses, que je ne sais pas trop par où commencer. J’imagine que je vais aborder le plus évident, le fait que ç’a été une année de bouette sur le plan social, une où tu as subi les décisions d’adultes indécis, qui n’ont pas toujours fait du sens. 2021, Le Nord, Saint-Jérôme, 23 juin, p. 5.

Histoire

I1Depuis 1888. Hérité de France; relevé en ancien français (« boue », v. FEW *bawa 1, 302a). Diminutif de boue, lui‑même issu du gaulois *bawa, d’après le gallois baw « fange, saleté » (v. BW5 et TLF), avec influence probable de bouette2 (v. ce mot). Bouetter, depuis 1914 (Blanch1). Embouetter, depuis 1983. 2Depuis 1869, par extension du sens précédent.

IIDepuis 1940.

 bouetteux, bouetteuse.

Dernière révision : septembre 2022
Pour poursuivre votre exploration du mot bouette, visionnez notre capsule vidéo Dis-moi pas!?.
Trésor de la langue française au Québec. (2022). Bouette1. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 17 avril 2024.
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