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BORDÉE [bɔʀde]
n. f.

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Chute abondante de précipitations liquides, givrantes ou glacées qui se produit sur une période relativement courte.

Rem.Tout comme en France, bordée est aussi employé au Québec au sens de « grande quantité de mots offensants, attaque verbale », comme dans bordée d’injures, bordée de jurons, etc. (v. TLF, s.v. bordée).

Bordée de grêle, bordée de grêlons, bordée de grésil; bordée de pluie; bordée de pluie verglaçante, bordée de verglas.

[…] le vent se tourna vers le Nord-ouest, ce qui mit aussitôt les nuages en mouvement, et fit tomber une très épouvantable et pernicieuse bordée de grêle. 1768, La Gazette de Québec, 4 août, p. 3.

Demain, c’est le revers de la médaille, les grives ont fait place aux oiseaux de malheur, la rafale fouette les grands chênes qui battent l’air de leurs longs fémurs mutilés, maigres, laids; des nuages noirs et grisâtres, portant dans leurs flancs la dévastation, courent dans le ciel, en laissant tomber sur le sol une bordée de grêlons. Le vent est brutal. Il n’épargne pas plus nos érables que les liserons des allées désertes. C’est une transformation continuelle. 1888, Le Monde illustré, Montréal, 20 octobre, p. 194.

Probabilités de la température pour les prochaines vingt quatre [sic] heures. Vent augmentant, ciel en partie couvert, bordées de grêle ou de neige en quelques localités, température plus froide demain. 1888, Le Quotidien, Lévis,11 décembre, p. [3].

Nous avons eu la nuit dernière une bordée de neige et de grésil qui aurait réparé nos chemins, neut été la pluie qui sest mise de la partie ce matin. Aussi aujourdhui patauge-t-on dans cinq à six pouces de neige fondante, pendant quun fort vent de nord-est vous fouette la figure. 1897, Le Soleil, Québec, 15 décembre, p. [4].

Dans la matinée de lundi dernier il est tombé une bordée de grêle accompagnée de vent. 1924, Le Bien public, Trois-Rivières, 22 mai, p. 6.

On a qualifié de tempête de glace la « bordée » de grésil d’hier à l’observatoire McGill. 1937, L’Illustration nouvelle, Montréal, 8 janvier, p. 3.

Lassurance-récolte répond à un besoin. En raison des investissements accrus que représente lentreprise agricole en pleine marche et des investissements à faire pour rendre plus rentables celles qui ont du retard, il était de plus en plus impensable que le cultivateur puisse survivre avec la continuelle menace de se retrouver un bon matin dans limpossibilité de faire face à ses obligations parce quune gelée, une bordée de grêle, un manque de pluie ou un excès lont privé de son revenu. 1967, Le Bulletin des agriculteurs, Montréal, novembre, p. 25‑26.

Un grand secteur de Sherbrooke et de la région a été privé d’électricité hier à cause de bris attribuables au verglas. […] La panne n’était toutefois pas réparée en fin d’après-midi dans le secteur de Katevale. On n’est pas habitué aux bordées de verglas dans la région, qui est située à l’est. 1969, La Tribune, Sherbrooke, 21 novembre, p. 3.

Après un gros orage, le terrain des Hirondelles [une équipe de baseball d’enfants] pouvait encore convenir, souligne [un des organisateurs du tournoi], mais une seconde bordée de pluie a tout gâché. Le terrain était nettement trop détrempé pour qu’on continue d’y jouer. 1997, Le Quotidien, Chicoutimi, 18 juillet, p. 38.

Le silence tomba sur la clientèle de l’Esquilinus comme une bordée de grêle sur un champ de maïs. 2012, M. Rossignol, Les pions de l’Apocalypse, t. 2, p. 260.

Le réservoir Baskatong demeurait rempli à environ 85 % de sa capacité, vendredi avant-midi. Hydro-Québec sait que la rivière Gatineau « va réagir à la hausse » aux précipitations. […] La fermeture du réservoir pourrait par exemple être envisagée par la société d’État si la pluie se fait plus abondante au sud et que les affluents de la rivière Gatineau génèrent une importante amenée d’eau. Pour l’instant, aucun autre système dépressionnaire susceptible d’apporter une autre bordée de pluie importante n’est à l’horizon. 2022, Le Droit (site Web), Ottawa, 27 mai.

Selon les prévisions de Météo Chicoutimi, environ 2 millimètres de pluie verglaçante étaient attendus à Saguenay et entre 2 et 5 mm au Lac-Saint-Jean. Le mercure était aux alentours de 0 °C samedi soir, et les minimums de température prévus oscillaient entre 2 et 0 °C la nuit suivante, dépendamment du secteur de la région. Aux alentours de 21 h 30 samedi, les habitants de Saint-Bruno commençaient à recevoir une bordée de pluie verglaçante […]. 2022, Le Quotidien (site Web), Saguenay, actualités, 12 novembre.

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Par spécialisation Bordée de neige ou (absol.) bordée : Chute de neige abondante et généralement continue qui se produit sur une période relativement courte.

 Par méton. Quantité de neige tombée lors d’une telle précipitation.

Avoir, recevoir une bordée de neige. Il est tombé une belle bordée dans la journée d’hier. Souhaiter une bordée de neige pour Noël. Après, à chaque bordée de neige. Une bordée de neige d’un pied, de deux pieds. Une bordée d’hiver. La première bordée de l’hiver. Par renforcement Une bonne, une grosse, une grande, une vraie bordée, toute une bordée, vieilliune forte bordée.

 (Par attén., plus rarement; souvent qualifié par l’adj. petite). Chute de neige moins importante mais qui donne généralement lieu à une accumulation au sol.

Rem.1. Depuis le XIXe siècle, bordée (de neige) a très souvent été jugé favorablement, et ce, principalement du fait qu’il sert à désigner une réalité proprement canadienne que le français de référence ne peut exprimer que par une périphrase (voir Dunn, BlanchGarde4 13‑14, RivÉt 80, RCCan, ACFBull‑2, no 14; voir aussi J.‑P. Desbiens, Les insolences du Frère Untel, 1960, p. 31). Toutefois, à l’instar de Maguire (1841), quelques-uns l’ont quand même considéré comme fautif (voir Maguire 120‑121, Gingras2‑3, s.v. neige, Caron 60, Dagenais1‑2, Turenne2 57, ComMots 19). De nos jours, bordée (de neige) est considéré comme neutre. Il figure dans le GDT et dans un ouvrage de référence utilisé en météorologie (voir G.‑O. Villeneuve, Glossaire de météorologie et de climatologie, 2e éd., 1980). Les spécialistes de ce domaine y recourent couramment dans leurs interventions médiatiques. Certains réservent l’emploi du terme bordée pour des accumulations de neige de 15 cm ou plus (voir MétéoMédia). 2. Bordée (de neige) fait partie d’un réseau sémantique comprenant également les mots chute (de neige), averse (de neige) et tempête (de neige). Tandis que chute (de neige) désigne essentiellement des « précipitations sous forme de neige », averse (de neige) est défini de façon contrastée selon les auteurs; tantôt il renvoie à une « chute légère de neige accompagnée quelquefois de vent » (G.‑O. Villeneuve, ouvr. cité), tantôt à une « [c]hute de neige, subite et abondante, quelquefois violente, mais de courte durée » (GDT 2000). Le terme averse de neige a d’ailleurs été normalisé par l’OLF (voir OLFAvis4 152) avec ce dernier sens. Quant à tempête (de neige), il désigne une « [p]erturbation météorologique donnant lieu à une forte chute de neige, souvent accompagnée de vents forts » (GDT 2011).

[…] et pour parvenir plus aisement a frayer le Chemin Entre lesd[it]es Balizes, nous ordonnons de plus sous les mêmes peines a toutes personnes de quelque qualité et condition qu’elles soient de faire tous les matins et a chaque Bordée de Neige qui tombera, aller et venir leurs Bestiaux, et Battre le Chemin par lesdits Bestiaux entre les Balizes posées le long de leur habitation […]. 1726, BAnQQ, fonds Intendants, série Ordonnances, cahier 12A (E1, S1, D122A), f. 12 recto.

À cinq heures et demie, j’étais à la traverse du bout-de-l’île, et j’avais jusqu’alors fait bonne route. Mais le ciel s’était couvert peu à peu et tout faisait présager une forte bordée de neige. Je m’engageai sur la traverse et avant que j’eusse atteint Repentigny, il neigeait à plein temps. J’ai vu de fortes tempêtes de neige durant ma vie, mais je ne m’en rappelle aucune qui fût aussi terrible que celle-là. Je ne voyais ni ciel ni terre, et à peine pouvais-je suivre le « chemin du roi » devant moi; les « balises » n’ayant pas encore été posées, comme l’hiver n’était pas avancé. 1878, H. Beaugrand, Jeanne la fileuse, p. 31‑32.

Comme la neige est à l’ordre du jour, disons un mot sur les grosses « bordées » du bon vieux temps. Tous les vieillards avec lesquels nous avons eu des entrevues ce matin s’accordent à dire que la plus grande tempête de neige qui avait visité le Canada à leur connaissance, a eu lieu du premier au quatre janvier 1827. Pendant ces journées il est tombé de 3½ pieds à 4 pieds de neige. La circulation fut arrêtée dans les rues de Montréal où les bancs de neige s’élevaient à une hauteur de 10 à 12 pieds. Les chemins de campagne restèrent impraticables pendant cinq ou six jours. 1884, H. Berthelot, Le bon vieux temps, La Patrie, Montréal, 22 décembre, p. [4].

Mardi après midi [sic], nous avons eu la première bordée qui a été précédée de pluie, grêle et neige fondante. Mercredi matin, les toits des maisons, les branches des arbres et les trottoirs étaient couverts d’une couche de neige gelée, épaisse de près de deux pouces. 1897, Le Courrier de St‑Hyacinthe, 11 novembre, p. [3].

[…] Ustache choisissait son plus beau bois franc, clair de nœuds, qu’il mettait à sécher au-dessus du poêle. Puis, lorsqu’il mouillait à boire debout, ou encore pendant les squarres [= bourrasques] et les grandes bordées d’hiver, il installait son établi dans la maison, et à force d’écopeaux et de ripes – un homme est pas battu pour salir une place, disait Mélie – il ajustait les pièces du fameux dévidoir sous les yeux de sa femme, qui s’y entendait toujours mieux que lui. 1925, Ch.‑Éd. Mailhot, Les Bois-Francs, t. 4, p. 66.

Menaud sortit le berlot de la remise, attela, puis, s’étant bien emmitouflé, jeta bonjour à sa fille et « Marche donc, toé! » sa bête croupionna sous le claquement des cordeaux. Durant quelques minutes le gland d’une tuque sautilla comme un grelot rouge dans le blanc puis, à travers le tissu obscur de la bordée, la voiture disparut. 1937, F.‑Ant. Savard, Menaud, maître-draveur, p. 211.

À la sortie de la messe, quelques flocons de neige voltigèrent, se posant délicatement, comme avec d’infinies précautions, sur la terre. [/] – Le temps est blanc. Va-t-il neiger, quoi? – Il neigeotte. – Il neige, dit joyeusement Phonsine. [/] Les hommes se sourirent. Neiger signifiait pour eux une forte bordée, un épais revêtement collé aux maisons, un pont solide sur les chemins d’hiver entre les balises, une eau lourde qui soude les rives. Mais non ces plumes folles… 1945, G. Guèvremont, Le Survenant, p. 86.

Le television man, d’une voix lointaine – Y a encore une tempête qui s’en vient… Vous êtes pas tanné d’la neige, vous autes?… Quand s’pas une pourdrerie, s’t’une bordée… pis quand s’pas une bordée, s’t’une p’tite neige fine… çé à pire! Chus tanné d’la neige… 1972, J.‑Cl. Germain, Le roi des mises à bas prix, p. 94.

Malgré tout, le jour, nous ne pouvions nous faire à l’idée qu’il fût notre cousin. […] Ma mère surtout, qui craignait de le voir passer l’hiver chez nous, disait chaque matin en regardant le chemin qui se déroulait vers les bois humides et noirs : « Il va y avoir une grosse bordée de neige avant longtemps. On ne pourra même plus sortir. » 1975, G. Roy, Un jardin au bout du monde, p. 29‑30.

Bonne nouvelle pour tous ceux qui veulent brûler les excédents de calories dus aux abus du temps des Fêtes, ils pourront ressortir leur pelle puisque Environnement Canada prévoit des précipitations d’environ cinq centimètres aujourd’hui. Cette petite bordée sera suivie d’un dégagement, comme si Dame Nature voulait laisser le temps aux enfants de tout âge de profiter des pentes enneigées! 1997, Le Soleil, Québec, 27 décembre, p. A8.

C’est ainsi que l’automne passa, qu’une première bordée de neige tomba, puis une deuxième, puis encore une autre. Petit à petit rentraient d’Europe les soldats et les officiers, dont certains avaient vu Paris de leurs yeux. Malgré le froid de l’hiver, un vent d’espoir soufflait sur la vallée du Saint-Laurent. 2015, Ér. Dupont, La fiancée américaine, p. 53.

Le 11 janvier, 19 pistes sur 53 étaient ouvertes soit 36 % du domaine skiable. Les conditions sont bonnes. La station de ski attend le froid et une bonne bordée pour ouvrir davantage de pistes. 2021, Le Charlevoisien, Baie-Saint-Paul, 13 janvier, p. 31.

 Vieilli(En composition, pour désigner une chute de neige associée à une période de l’année).

Rem.1. Pour certains de ces emplois, on rencontre aussi les équivalents formés avec le mot tempête : tempête de la Sainte-Catherine, tempête des jours gras, tempête des Irlandais, etc. 2. Les différents composés sont présentés ci-dessous selon un ordre chronologique approximatif de survenance des bordées correspondantes, depuis la mi-automne jusqu’au début du printemps.

 Bordée de la Toussaint : première bordée de neige de la saison, survenant aux alentours du 1er novembre, fête catholique de la Toussaint.

Nous avons eu la bordée de la Toussaint et nous l’avons eu [sic] bonne. Il a tombé au delà [sic] de six pouces de neige. Les voitures d’hiver sont à la mode. C’est long, c’est bien long un hiver qui commence tout de bon le 31 Octobre [sic]. 1875, Le Constitutionnel, Trois-Rivières, 11 novembre, p. 4.

C’était une après-midi triste de la Toussaint. Même dans le nord du Saguenay, il n’avait pas encore tombé un seul flocon de neige et, au dire des vieux, on ne se souvenait pas d’avoir jamais joui d’un aussi bel automne; aussi, croyait-on généralement que l’hiver serait rude et que la première neige qui viendrait blanchir la terre resterait. Elle ne devait pas tarder, disait-on aux Bergeronnes, et l’on attendait, de jour en jour, la bordée de la Toussaint. 1919, D. Potvin, L’appel de la terre, p. 151.

Nous ne sommes pas loin sans neige, hein, Marguerite? – Oui, la bordée de la Toussaint va nous arriver peut-être demain; on dirait qu’elle est en retard, un peu. 1925, D. Potvin, Le Français, p. 224.

Autrefois, novembre était bien le commencement de l’hiver, et tout le monde, surtout les amateurs de sports d’hiver attendaient avec impatience la « bordée de la Toussaint », la première, qui pouvait toutefois faire faux-bon [sic], mais que remplaçait toujours, pour rester définitivement, la « bordée de la Sainte-Catherine ». 1940, Le Petit Journal, Montréal, 3 novembre, p. 37.

La plupart du temps, la bordée de la Toussaint te manquait pas, les voitures traînantes pouvaient partir pour le bois. La Toussaint… Le mois des morts… Le mois de la mort! Jusqu’à l’été qu’on tuait une bonne fois pour toutes, ce matin-là. 1976, B. Leblanc, Moi, Ovide Leblanc, j’ai pour mon dire, p. 168.

 Bordée (de neige) de la Sainte-Catherine, rarebordée de Sainte-Catherine : bordée de neige survenant aux environs du 25 novembre, fête catholique de la Sainte-Catherine.

Langlois : – Dieu! qu’il fait froid! On gèle! on gèle! Jos. Fanfan : – Les battures seront larges demain matin. Paton : – Et c’est qu’il neige!... Lozet, se levant : – C’est la bordée de la Ste. Catherine. Ruzard : – Je ne suis pas vieux c’est vrai; mais je ne me souviens pas d’avoir vu un froid pareil à cette époque. Lozet : – N’importe? laissons faire. Si la Sainte Catherine nous apporte du froid et de la neige, j’espère qu’elle nous apporte aussi du plaisir. 1876, P. Lemay, Les Vengeances, p. 12.

Nous avons aujourd’hui la visite de la première bardée [sic] de neige. C’est la bordée de la Ste‑Catherine. Il neige abondamment depuis ce matin et à l’heure qu’il est, la couche de neige est assez épaisse pour permettre aux voitures d’hiver de circuler facilement dans nos rues. 1893, L’Événement, Québec, 22 novembre, p. [4].

La bordée de neige de la Sainte-Catherine couvrait tout de son voile blanc, et rendait la marche difficile, glissante et dangereuse lorsque nous avions entre les mains, un des grands plats, où la tire refroidissant lentement, était encore liquéfiée. 1894, R. Roy, Le Monde illustré, Montréal, 13 janvier, p. 441.

C’est vers la fin du mois de novembre que d’ordinaire le fleuve commence à charroyer des glaces. Avec la bordée de neige de la Sainte-Catherine, le 25 de ce mois [de novembre], la navigation d’été cesse. 1904, J.‑Edm. Roy, Histoire de la seigneurie de Lauzon, vol. 5, p. 378.

– Nous avons eu une température vraiment idéale depuis deux semaines, tellement que nous nous croyons au début d’avril, mais ce beau rêve a été vite brisé, parceque [sic] ce matin la neige tombant par flocons, nous annonçait l’hiver pour de bon. C’était la bordée de Ste‑Catherine. 1912, L’Éclaireur, Beauceville, 28 novembre, p. 8.

La bordée de neige de la Sainte-Catherine ne s’était pas fait attendre plus que celle de la Toussaint qui, toutefois, aussitôt tombée avait fondu; elle était venue juste la veille de la fête, ce qui était le comble de la complaisance pour une bordée de la Sainte-Catherine. 1922, Le Terroir, vol. 3, no 8, p. 336.

Mon grand-père, qui a tout près de 82 ans est comme tous les vieillards et il aime à conter ses souvenirs de jeunesse. Il nous parle des hivers de son temps et n’arrive pas à comprendre pourquoi depuis près de 20 ans on n’a plus la « bordée de la Toussaint » et assez rarement celle de la Sainte-Catherine. Le fait est que c’est vrai mais à quoi cela est-il dû? 1943, Le Canada, Montréal, 4 novembre, p. 7.

La « tempête » annoncée pour hier dans la région de Québec naura en fait été quune bonne bordée de la Sainte-Catherine, avec une accumulation de [sic] dépassant pas les six centimètres. 1987, Le Soleil, Québec, 27 novembre, p. A3.

 Bordée de l’avent, bordée des avents, bordée de l’Immaculée Conception, bordée de (la) Notre-Dame, bordée (de neige) de Notre-Dame des Avents : bordée de neige survenant aux environs du 8 décembre, jour de la fête de l’Immaculée Conception (voir J. Pomerleau, Saints et fêtes du jour au Canada français, 2014, p. 903).

Température [titre] Très froide, cette semaine, nous avons reçu la bordée de Notre Dame, disent les vieux, avec ouragan du nord. Maintenant, nous jouissons tous d’une période de beau temps. 1925, L’Action catholique, Québec, 16 décembre, p. 9.

La tempête de neige que nous avons eue ses [sic] jours derniers a été assez violente et les vieillards appellent cela la bordée de Notre-Dame des Avents. 1925, Le Colon, Roberval, 17 décembre, p. 4.

Comme à notre chère Maison Mère, nous nous sommes préparées à notre fête patronale pour un triduum. Les RR. PP. Bonin et Brûlotte voulurent bien nous donner chaque jour une conférence sur les vertus de notre Immaculée Mère. Le jour de la fête, nous n’avons pas eu le plaisir de voir « la Bordée de Notre-Dame » couvrir la terre de sa symbolique parure, comme il arrive ordinairement à notre cher Canada; elle n’est apparue dans nos parages qu’au commencement de janvier. Le froid a été très rigoureux vers ce temps. 1935, Le Précurseur, vol. 8, no 3, p. 168.

Nous avons eu mardi dernier la traditionnelle bordée de neige de Notre-Dame des Avents ou de l’Immaculée Conception. Il est tombé assez de neige pour recouvrir les chemins et aussi nous avons vu quelques voitures d’hiver faire leur apparition. 1937, Le Soleil, Québec, 9 décembre, p. 2.

Il nous est arrivé, avec la fête de l’Immaculée-Conception, la « bordée traditionnelle de la Notre-Dame » : des bancs de neige et un froid très vif. Ce qui veut dire que l’hiver a déjà fait son apparition. 1939, L’Éclaireur, Beauceville, 14 décembre, p. 6.

Au début décembre, la bordée de l’Immaculée Conception avait saupoudré lse [sic] bois et couvert la terre d’un épais tapis de neige. Dans la clarté des matins de gel, les arbres givrés avaient pris au soleil l’aspect de candélabres de cristal, ce qui pâmait d’aise les Français, les émerveillait jusqu’à l’extase. 1941, Le Droit, Ottawa, 24 décembre, p. 8.

La fête de la Notre-Dame, à l’Immaculée-Conception là, les vieux ça, c’était la bordée de la Notre-Dame […]. La Sainte-Catherine emmenait des tempêtes aussi […] la bordée de la Sainte-Catherine […]. 1972, Saint-David (Lévis), AFEUL, L. Lemay 44‑45 (âge de l’informatrice : n. d.).

(Acadie). Le 8 décembre, fête de l’Immaculée-Conception, prend surtout le nom de la Notre-Dame-des-Avents. Cette fête religieuse […] coïncide avec la bordée des Avents, qui est suivie de température froide. Quand la bordée des Avents est tombée, on peut tuer les animaux : porcs, bœufs, volailles, etc., parce que la température s’est assez refroidie pour que la viande gèle. 1977, J.‑Cl. Dupont, Héritage d’Acadie, p. 265.

 Bordée de Noël : bordée survenant aux alentours du 25 décembre.

Une bordée de Noël [Titre] Il est tombé neuf pouces de neige dans toute la journée d’hier. 1906, La Patrie, Montréal, 26 décembre, p. 1.

La bordée de Noël a donné à nos charroyeurs de neige une journée abondante en travail, hier, ils étaient nombreux, les tombereaux qui défilaient par nos rues, allant jeter au fleuve, la neige qui encombraient nos rues. 1907, Le Soleil, Québec, 27 décembre, p. 6.

Enfin, la neige a avalanché du ciel, pour abattre la poussière et laver les rues, cacher les sales trous qu’on y a fait partout. La bordée de Noël, qui avait manqué de tomber pour la Ste-Catherine, s’est enfin décidée et elle est venue tomber dans la poche de plusieurs qui en avaient besoin, pas pour rire, mais pour manger la dinde de Noël. 1913, Le Canard, Montréal, 28 décembre, p. 4.

Or, on était à l’avant-veille de Noël. La neige, revenue par la coupe de l’est et poussée de vent, entrait dans le vallon comme les gerbes dans les granges à Denis. Pivart n’a pu s’empêcher de dire : « C’est la bordée de Noël… » 1948, F.‑A. Savard, La minuit, p. 166.

Après la vague de froid a suivi, une période de temps doux qui se continue au moment où nous écrivons ces lignes. Il neige, quoique pas abondamment. Nul doute que la bordée de Noël ne manquera pas, cette année encore de précéder cette fête comme elle le fait généralement. 1961, L’Écho de Frontenac, Lac-Mégantic, 21 décembre, p. 6.

De lavis des diseurs de température, nous aurons cet hiver des tempêtes de neige, qui seront suivies de pluies diluviennes et du froid, pas tellement. Ce sera une température excessivement variable, qui embêtera tout le monde. Ce qui veut dire faites vos achats des fêtes de bonne heure, au cas de ne pouvoir les faire à la onzième heure. […] Aucune de ces chutes de neige, nous dit-on, ne pourrait être considérée comme la bordée de Noël. 1965, Le Guide, Sainte-Marie (Beauce), 22 décembre, p. 40.

Nous attendons toujours la bordée de Noël… le parapluie à la main. 1986, L’Écho de Frontenac, Mégantic-Compton, 23 décembre, p. A4.

 Bordée des Rois : bordée de neige survenant aux environs du 6 janvier, fête des Rois, aussi appelée l’Épiphanie dans la tradition catholique (voir J. Pomerleau, ouvr. cité, p. 49).

La tempête de neige que nous avons eue à Montréal a fait du bien à tout le monde, excepté aux tramways électriques et aux chemins de fer. Parmi ceux que se réjouissent le plus de ce changement, mentionnons les cochers de place qui commençaient à être fort ennuyés, les raquetteurs qui voulaient déjà dire adieu à leur amusement favori, et le commerce en général. […] Somme toute, c’est une bordée bienfaisante que la bordée des Rois. 1899, La Patrie, Montréal, 9 janvier, p. 3.

Québec ce matin, s’est levée toute blanchie, sous la « bordée des Rois », comme nous disent les « vieux ». Le balais électrique (assourdissante invention), avait toute la nuit circulé rageusement, pour conserver la voie publique nette d’amoncellements; seul chemin passable que suivaient à la file, piétons et paroissiens se rendant à la messe. 1901, J. S. LeSage, Chroniques laurentiennes, p. 40‑41.

Le froid intense qui persistait depuis une semaine, faisait crisser les sabots des chevaux qui dévalaient le long de la grande montée, qui sépare le hameau de Val-Brilland du petit village de L. La « bordée » des Rois qui, de tradition, était toujours suivie d ’une forte bourrasque, amoncelant la neige sur les toits de chaume, bloquant la route à tout véhicule, durant de longs jours, s’annonçait par de gros nuages venant du sud. 1931, L’Avenir du Nord, Saint-Jérôme, 16 janvier, p. [2].

Au début de décembre, y a tombé une bordée de neige de deux pieds qu’on appelait la bordée de Notre-Dame, vu qu’à c’te date-là, y avait la fête de l’Immaculée-Conception. C’était une coutume de baptiser certaines grosses bordées qui tombaient à des dates assez fixes : y avait la bordée d’l’Avent, la bordée des Rois, la bordée du mardi gras, la bordée d’la mi-carême… 1981, L. Proteau, Grand-mère ‘Toinette m’a raconté…, p. 114‑115.

 Bordée des jours gras : bordée de neige survenant dans les jours précédant le mercredi des Cendres, premier jour du carême dans la tradition chrétienne. Bordée du Mardi gras : bordée de neige survenant le jour précédent le mercredi des Cendres, qui marque le début du carême dans la tradition chrétienne. Bordée de la mi-carême : bordée de neige survenant aux environs de la moitié du carême.

Rem.Le mercredi des Cendres est une fête mobile célébrée à l’intérieur d’une période allant du 4 février au 11 mars, selon la date de Pâques. Depuis le XIXe siècle, les jours gras sont généralement au nombre de trois, c’est-à-dire le dimanche, le lundi et le mardi précédant le mercredi des Cendres (voir RDAQ 2024‑02, Expositions virtuelles (coutumes et culture; mars; carnaval et Mardi gras; clin d’œil sur nos traditions); J. Provancher, C’était l’hiver, 1986, p. 116). La mi-carême est un divertissement populaire survenant à date mobile, à la moitié du carême, c’est-à-dire le jeudi de la troisième semaine du carême (voir M. Roberge, 2020, p. 121).

La neige à plein ciel. [/] – Une bordée de mi-carême, déclare Grand’maman. [/] Criquette et Mono penchent la tête, un peu ahuries. La journée s’annonce moins gaie. Le soleil ne va pas luire, ni les petits oiseaux chanter. Alors, comment passer le temps, puisqu’il sera impossible de sortir? 1933, M.‑R. Turcot, Grand’maman, L’oiseau bleu, vol. 14, no 7, 1934, p. 154.

Les raquetteurs seront contents. L’hiver reprendra le temps perdu. Mais attendez la bordée du mardi gras! 1936, Le Soleil, Québec, 16 janvier, p. 4.

Une autre tempête de neige – la bordée du mardi gras, disent les anciens – s’abat sur Québec, depuis hier soir. De nouveau un vent violent souffle sur la ville et le district et soulève une aveuglante poudrerie. 1939, Le Soleil, Québec, 22 février, p. 3.

La tempête de neige qui s’est abattue sur la région de Québec la nuit dernière, n’a pas fermé les routes aux automobiles. […] La neige était lourde et le vent n’a pu l’accumuler par bancs. D’ailleurs, le vent n’était pas très violent et la bordée n’a pas été la bordée ordinaire des jours gras. 1940, L’Action catholique, Québec, 7 février, p. 9.

Sous la neige lourde de la bordée des jours gras, notre chef de police municipale […] accomplissait sa ronde sur la 1ère avenue pendant que des agents de la Sûreté Provinciale, en grand uniforme, étaient eux aussi en devoir […]. 1942, La Gazette du Nord, Montréal, 20 février, p. 1.

La bordée de la mi-carême a ramené les corneilles pour de bon, les vraies, celles qui vont dans les pays chauds. 1961, Le Guide, Saint-Marie (Beauce), 14 mars, p. 3.

On avait toujours une tempête de neige bien spéciale : c’était la bordée des Jours Gras habituellement pire que les autres. 1966, Rivière-Ouelle (Kamouraska), AFEUL, R. Martin, ms. 12.

 Bordée des Irlandais, bordée de mars, bordée de Notre-Dame-de-Mars, Disparubordée de Saint-Joseph : noms donnés à une bordée survenant dans la seconde moitié du mois de mars, parfois réputée comme étant la dernière de l’année.

Rem.La bordée des Irlandais se produit aux environs du 17 mars, jour de la Saint-Patrick (ou Saint-Patrice), fête chrétienne qui célèbre le saint patron des Irlandais. La bordée de Saint-Joseph arrive aux alentours de la fête de Saint-Joseph (19 mars) et celle de Notre-Dame-de-Mars, autour de la fête de Notre-Dame de l’Annonciation (25 mars) (voir J. Pomerleau, ouvr. cité, p. 239, 242 et 260).

La Bordée de St Joseph nous a fournis de Bons chemins ils étoient entierement gatés. Les glaces sont bonnes j’ai vû aujourd’hui des gens qui ont traversé de Laprairie ici […]. 1831, J. Papineau à ses fils Benjamin et Toussaint, Rapport de l’archiviste de la province de Québec pour 1951‑1952 et 1952‑1953, p. 268 [lettre datée du 21 mars].

Et la neige tombait, tombait toujours, le vent soufflait fort et froid, derrière nous une femme disait : « C’est la bordée de mars », la bordée du printemps. 1918, Le Droit, Ottawa, 28 mars, p. 4.

La « bordée de mars », sest abattue en tempête samedi et dimanche sur les premières velléités du printemps avec la satisfaction qu’éprouve un gamin à briser ses jouets du premier de l’an. Le jouet, c’était lespérance de voir s’en aller rapidement lhiver que nul ne regrette, et de lui voir aussitôt succéder les beaux jours que tous attendent. Au lieu de cela plusieurs pouces de neige nouvelle sajoutant à celle déjà accumulée durant près de 5 mois. 1929, Progrès du Saguenay, Chicoutimi, 19 mars, p. [8].

La dernière tempête de neige doit se produire le 25 mars, et plusieurs anciens l’appelaient « la bordée de Notre-Dame de Mâr », en prononçant le mot mars comme en certaines localités de France, ainsi que nous l’apprend le précieux Glossaire Canadien français au mot mâr. 1937, Le bulletin des recherches historiques, vol. 43, no1, p. 22.

La traditionnelle bordée des Irlandais, au 17 mars, ne s’est pas manifestée cette année. Au contraire, la précipitation se solde depuis une semaine par une pluie intermittante [sic] qui fait le malheur des adeptes du ski […]. 1975, Le Soleil, Québec, 20 mars, p. A6.

L’hiver passait ainsi, en prédictions et commentaires, jusqu’en mars, alors qu’on attendait successivement la bordée des sucres, la bordée des corneilles et la bordée des Irlandais. La neige pourrie escortait les routes, les chemins. Dans les champs, elle se couvrait d’une croûte coupante, parfois capable de supporter son homme. 1999, J. O’Neil, Hivers, p. 37.

 Bordée des corneilles : bordée de neige qui coïncide plus ou moins avec le retour des corneilles, signe précurseur de l’arrivée du printemps.

Rem.La migration du printemps des corneilles au Québec s’effectue de la fin février à la fin mars (voir Centre d’expertise en analyse environnementale du Québec, Paramètres d’exposition chez les oiseaux – Corneille d’Amérique, 2005, p. 13). La bordée de corneilles est parfois considérée comme la dernière tempête de l’hiver (voir MassÎG 67, DulCanad2, s.v. bordée, Meney, s.v. bordée, bordée de neige).

When cold snow, storms come after their arrivals who is there amongst us who have lived in a French settlement and have not heard the saying « bordée de corneilles » or Crow’s day; and so we cheer up knowing spring is coming bringing with it the great pleasure of having flowers and green fields to look at again. 1900, The Journal of Agriculture and Horticulture, vol. 3, no 20, p. 460.

La neige, poussée par un fort vent d’est, s’abat en poudroyant sur nos campagnes; c’est la bordée des corneilles, comme disaient nos grands-pères… 1929, Le Précurseur, vol. 5, no 3, p. 173.

Nous avons depuis mardi dernier ce que l’on appelle communément la tempête ou bordée des corneilles parce que d’habitude cette température précède l’arrivée des corneilles qui nous annoncent la venue du printemps. 1940, Le Soleil, Québec, 7 mars, p. 2.

Au moment où tu liras ces lignes, la terre aura commencé à fumer. Tu sais ce que ça veut dire… Mais moi, au moment où je les écris, je regarde tomber cette neige qui, j’espère, sera la dernière, poussée par un vent de mars, un vent qui pourrait décorner un bœuf… C’est la bordée des corneilles… ou des sucres! 1969, Le Bulletin des agriculteurs, Montréal, avril, p. 17.

[…] les prochains jours sauront sans doute faire oublier cette « bordée » des corneilles : des éclaircies pour aujourd’hui, du soleil pour demain avec un temps relativement doux. 1987, Le Soleil, Québec, 3 mars, p. A3.

Il s’agissait là d’un des nombreux accidents que la bordée des corneilles ou des sucres, selon que l’on aime les oiseaux ou le sirop d’érable, a entraînés dans sa chute, hier matin. 1990, La Tribune, Sherbrooke, 22 mars, p. A2.

 Bordée des (petits) oiseaux blancs, bordée des oiseaux : bordée survenant vers la fin de l’hiver, lorsque le plectrophane des neiges (Plectrophenax nivalis), auparavant appelé bruant des neiges, amorce sa migration vers les régions nordiques, après avoir hiverné notamment dans le tiers sud du Québec.

Rem.1. La bordée des oiseaux blancs est souvent considérée comme étant la dernière de l’hiver, notamment au Saguenay (voir LavChic 11, Lavoie 117 et LavSag 8; voir aussi BergDiscours). Elle est cependant considérée comme la première tempête de neige de l’hiver dans certaines localités du SaguenayLac-Saint-Jean (voir Lavoie 115), en fonction sans doute de l’arrivée du plectrophane des neiges dans les régions méridionales pour son hivernement. 2. Au Québec, la migration vers le nord du plectrophane des neiges commence dès la fonte des neiges. Par exemple, en 1963, on observe l’arrivée des premiers individus à Kangiqsujuaq (anciennement Maricourt, dans le nord du Nunavik) le 4 avril (voir Bulletin ornithologique, vol. 8, no 4, 1963, p. 7 et Godfrey, Les oiseaux du Canada, 1967, p. 481).

Nous sommes gratifiés encore aujourd’hui d’une légère bordée de neige accompagnée d’un petit vent de nord-est. Espérons que cette fois-ci, c’est la bordée des oiseaux blancs. 1887, La Justice, Québec, 2 mars, p. [3].

Après la bordée des oiseaux blancs, la pluie chaude s’amène. 1935, Le Soleil, Québec, 13 avril, p. 4.

À moins d’événements imprévus, nous n’aurons plus de grosses tempêtes de neige cette année à Québec. Il y aura bien des giboulées, de la grêle et la bordée des « petits oiseaux blancs », aux alentours du 25 mars, mais qui ne se compareront pas aux tempêtes dont nous avons été gratifiés depuis quatre semaines. 1937, L’Événement-journal, Québec, 17 mars, p. 3.

Vous savez ce que c’est que du corne-en-cul au Saguenay? C’est de l’alcool de fabrication domestique. Et la bordée des oiseaux? C’est la dernière tempête de neige. C’est pas joli, ça? 1982, Le Soleil, Québec, 13 novembre, Perspectives, p. 6.

C’est la dernière tempête, Florent, la bordée des oiseaux, celle qui arrive quand on tient enfin le printemps pour acquis. 2008, D. Trussart, Le train pour Samarcande, p. 86.

 Bordée des sucres, rarebordée du sucre : bordée réputée être la dernière de la saison, se produisant pendant la période des sucres*, qui s’étend généralement de la mi-mars à la fin d’avril, mais qui peut s’amorcer plus tôt et finir plus tard, selon les régions et la météo.

La neige nous est revenue. Il en est tombé hier après-midi et cette nuit une couche épaisse de quatre à six pouces. Les anciens disent que c’est la bordée du sucre. 1885, Le Courrier du Canada, Québec, 27 avril, p. 2.

L’industrie du sucre, qui prend ici le caractère d’une réjouissance, étant inconnue en France, il nous a fallu créer, de toutes pièces, un vocabulaire d’expressions nouvelles pour nous entendre. C’est ainsi que nous disons journellement : érablière, sucrerie, aller aux sucres, le temps des sucres, les sucres, travailler aux sucres, faire couler les érables, entailler les érables, sucrier (individu qui fait le sucre), bordée des sucres (tempête de neige qui vient à la fin de l’hiver), sucre d’érable, sirop d’érable, tire, toque, plarine, réduit, trempette, œuf au sucre, goudille, goudrelle, chalumeau, mouvette, palette, cassots, une brassée, un brasson, auges, cabane à sucre, pain de sucre, etc. 1899, Éd.‑Z. Massicotte, Monographies de plantes canadiennes, p. 13‑15.

À ce qu’on dit, les premiers cris des corneilles annoncent l’arrivée du temps des sucres mais lorsqu’on entend ceux des outardes, ou lorsque la neige s’apparente à du gros sel, la coulée tire à sa fin. Il paraît même que lorsque les plaines coulent beaucoup, le printemps sera gros et quand la neige tombe d’apparence mouillée et épaisse, c’est signe d’une bordée des sucres. 2011, L’Entre-nous! Le journal du Jeffery-Hale, vol. 13, no 1, p. 23.

Le temps des sucres a donné naissance à un vocabulaire coloré utilisé par les sucriers. […] la bordée des sucres est la grosse et unique tempête qui a lieu pendant la saison des sucres. 2020, M. Mongrain-Dontigny, L’érable, c’est bon en sirop, p. 11.

VieuxQuantité de travail exécuté d’un seul coup, sans s’arrêter. (GPFC).

Vieuxloc. adv. Par bordées : de façon intermittente. (GPFC).

Travailler par bordées. 1930, dans GPFC.

Histoire

1Depuis 1767 : bordée étonnante de grêle (La Gazette de Québec, 23 février, p. 2). Héritage de France. De bordée « grande quantité (de pluie, de grêle) » relevé dans les parlers de la Saintonge (v. FEW a. bas‑frq. *bord 151, 181a et MussSaint), lui-même emploi métaphorique formé à partir du sens de « décharge simultanée des canons rangés du même côté d’un navire » attesté en français depuis 1671 (v. FEW a. bas‑frq. *bord 151, 181a, et TLF). Certains caractères associés à la décharge des canons placés sur le même bord d’un bâtiment en mer (soudaineté, violence, abondance, etc.) sont clairement perceptibles dans cet emploi. En parlant de précipitations liquides et solides, le mot a aussi eu cours en français autrefois et à l’époque moderne; il a été relevé par Guérin et EncXXe qui citent un exemple du XVIIIe s. de madame de Staal, et par TLF qui, bien qu’il considère cet emploi comme régional, cite un exemple de Georges Duhamel de 1937 (quelques bordées de grêlons). Il est encore attesté dans des écrits français, quoique sporadiquement (v. p. ex. V. Radureau, L’ombre d’un géant, 2021 , p. 312 : des bordées de neige qui étaient venues s’abattre lourdement sur le bitume). Du sens de « décharge simultanée » découle aussi par métaphore le sens de « grande quantité » ou d’« attaque verbale », encore en usage en France et bien connu au Québec, attesté en français depuis le milieu du XVIIIe s., d’abord surtout en parlant de paroles, d’injures, d’insultes, mais aussi, de nos jours, en parlant de différentes choses qui arrivent, se produisent simultanément, successivement (une bordée de cris, de nouvelles, d’applaudissements, etc.) (v. FEW a. bas‑frq. *bord 151, 181a, TLF, GLLF et Robert 2001; v. aussi Frantext). Dans cet emploi métaphorique purement nord-américain, certains caractères associés à la décharge des canons placés sur le même bord d’un bâtiment en mer (soudaineté, violence, abondance, etc.) sont encore clairement perceptibles. 2Depuis 1726. Innovation qui découle d’une spécialisation du sens précédent, par laquelle bordée a été appliqué plus particulièrement à une forte précipitation de neige, phénomène qui caractérise l’hiver canadien par rapport à celui de France, notamment celui des régions d’origine de la plupart des colons français. Bordée (de neige) figure comme particularité québécoise ou canadienne dans certains dictionnaires français (v. EncXXe, TLF, Larousse 1987, HachDuf, PRobert 2021 et PLar 2021). Bordée de la Toussaint, depuis 1875; bordée de la Sainte-Catherine, depuis 1876; bordée de Notre-Dame (des Avents), depuis 1925; bordée de Noël, depuis 1906; bordée des Rois, depuis 1899; bordée des jours gras, depuis 1940; bordée du Mardi gras, depuis 1936, mais son usage est plus ancien, comme en témoigne un article paru en 1893, où l’on y fait allusion à travers un jeu de mots dans lequel mardi gras désigne des personnes déguisées qui fêtent le Mardi gras : Faute de la bordée de neige traditionnelle, nous avons eu pour la remplacer mardi soir une bordée de « mardi gras ». Les rues étaient encombrées. Inutile de dire que les costumes étaient des plus variés (L’Union des Cantons de l’Est, Arthabaskaville, 16 février, p. [2]); bordée de la mi-carême, depuis 1934; bordée des Irlandais, depuis 1975; bordée de mars, depuis 1918; bordée de Saint-Joseph, depuis 1831; bordée des corneilles, depuis 1900; bordée des oiseaux blancs, depuis 1887; bordée des sucres, depuis 1899; bordée du sucre, depuis 1885. Le sens de « quantité de travail exécuté d’un seul coup, sans s’arrêter », depuis 1905‑1906 (FSPFC); probablement un héritage des parlers de France, car des emplois similaires, quoique métonymiques par rapport au sens québécois, ont été relevés dans des parlers du Centre et de l’Ouest : « Temps de travail ininterrompu entre deux repas successifs » (DavTour); « Temps employé au travail dans une matinée par un charretier ou un laboureur avec ses bœufs » (JaubCentre2); « le temps que le cultivateur met à labourer. Sa journée est d’une ou deux bordées suivant la saison » (LalPoit). Par bordées, depuis 1905‑1906 (FSPFC).

Dernière révision : février 2024
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Trésor de la langue française au Québec. (2024). Bordée. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 13 avril 2024.
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