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BONHOMME SEPT-HEURES [bɔnɔmsɜtœʀ]
n. m.

Rem.

La manière d’orthographier le mot varie énormément dans l’usage (quant à la présence ou non de majuscules, de minuscules ou de traits d’union), mais l’Office québécois de la langue française recommande la graphie bonhomme Sept-Heures, bonhomme étant le générique (d’où la minuscule), et Sept-Heures, le spécifique (d’où les majuscules; v. GDT 2007).

  

Personnage imaginaire, ombrageux et inquiétant qui est invoqué par les parents pour effrayer les jeunes enfants refusant d’aller au lit le soir ou pour les contraindre à rentrer à la maison avant le coucher du soleil.

Avoir peur du bonhomme Sept-Heures. Craindre le bonhomme Sept-Heures. Croire au bonhomme Sept-Heures. Le bonhomme Sept-Heures passe, approche, s’en vient.

Histoire, légende de bonhomme Sept-Heures : fabulation, invention.

Quand on est mauvaise comme vous et qu’on meurt, savez-vous où çà que le Bon Dieu nous met?... […] Et ce sera bien fait pour vous, méchante, qui ne voulez pas qu’on vous décrasse! (On sonne.) Chut! entends-tu? C’est le bonhomme Sept-Heures qui vient chercher la méchante!... [1896], Mme Dandurand [pseud. de Joséphine Marchand], La carte postale : saynète enfantine, p. 6.

Dans la bonne vieille petite ville de Trois-Rivières, je me remémore que, lorsque je n’avais pas deux coudées de haut, le terrible Croquemitaine, le farouche Ogrichon, le féroce Bonhomme Sept-Heures et l’impitoyable Quêteux dominaient de leur odieuse toute-puissance mon imagination d’enfant. 1912, R. Girard, Contes de chez nous, p. 175.

Un jour, il arriva qu’un étrange personnage vint se fixer au milieu d’eux. D’où venait-il? Nul ne pouvait le dire, et la mine rébarbative du nouvel arrivé disait assez qu’il ne tenait pas à raconter sa vie par le menu. […] Le soir, avec mystère, on se racontait ses mauvais propos, on ajoutait pour la centième fois qu’il n’allait jamais à la messe, et les mères, pour obtenir de leurs enfants qu’ils ne sortent pas « à la brunante », ne manquaient pas d’évoquer aux jeunes imaginations terrifiées, l’image de ce José-le-Diable, comme on l’appelait, plus épouvantable que le fantastique et légendaire « Bonhomme Sept-Heures ». 1927, J. Faubert, La légende des guérets, Le Canada français, vol. 14, no 10, p. 740.

On m’avait parlé du bonhomme Sept-Heures qui ramasse les petites filles qui sortent le soir à l’heure où les enfants sages dorment dans leur chambrette. Je me figurais ce vieux-là comme un être horriblement laid, un monstre avec des yeux très sévères, une voix rude et méchante, une barbe extrêmement longue […]. Et pour rien au monde, je n’aurais voulu sortir le soir. Dans le temps, c’était un bon moyen de me garder à la maison. 1931, Th. Provencher, L’Écho de Frontenac, Lac-Mégantic, 26 mars, p. 6.

De bas en haut, de haut en bas, notre chez-nous était habité : par nous au centre comme dans le cœur d’un fruit; dans les bords par nos parents; dans la cave et la tête par des hommes superbes et muets, coupeurs d’arbres de leur métier. Sur les murs, les planchers, entre les poutres, sous l’escalier, près des tapis, dans le creux des abat-jour, vivaient les lutins, le Bonhomme-Sept-Heures, les fées, les éclats de chant, Lustucru, les échos de jeux; dans les veines de la maison, courait la poésie. 1946, F. Leclerc, Pieds nus dans l’aube, p. 10.

D’autre part, en ce qui concerne les personnes de la région de Saint-Jérôme, elles se sont toutes couchées un jour sous la menace du Bonhomme sept-heure [sic]. 1966, Saint-Jérôme (La Rivière-du-Nord), AFEUL, J.‑P. Allard, ms. 22 (enquête) (âge de l’informateur : 24 ans) (l’informateur rapporte des propos de son grand-père qu’il a entendus dans son enfance).

Dans nos villes du Québec, où trouver des enfants qui n’ont pas eu peur d’aller se promener le soir à la brunante, de crainte de rencontrer le Bonhomme Sept-Heures, qui mange les petits enfants s’ils traînent dans les rues? Quels parents n’ont pas misé sur cette crainte pour garder leurs enfants à la maison, peu importe que la personne fantastique à redouter s’appelât le Bonhomme Sept-Heures, la Corriveau, un fantôme ou un sorcier créés de toutes pièces? 1981, L. Bélanger, Légendes de Saint-Jean Port-Joli, p. 85.

Bonhomme sept heures [titre] Les Expos terminent leur saison demain à Philadelphie. S’ils ont été à court de coups sûrs et de bonnes performances au monticule ces derniers temps, ils n’ont pas été à court d’arguments quand est venu le temps d’expliquer leurs insuccès. […] Les raisons les plus saugrenues ont été invoquées : manque de leader; manque de dialogue; surplus de meetings; manque de rigueur dans les exercices d’avant-match […]. Arrêtons de se raconter des histoires de bonhomme sept heures, si les Expos n’ont pas gagné cette année, c’est qu’ils n’avaient pas le talent pour le faire. 1989, M. Blanchard, La Presse, Montréal, 30 septembre, p. F2.

On ne savait pas pourquoi on vivait, on avait tellement peur de tout. On avait peur du mal, du diable, on avait peur de sortir, on avait peur du bonhomme Sept-Heures, on avait peur des loups-garous, on avait peur du tonnerre. ON AVAIT PEUR DE NOUS-MÊMES PARFOIS. 1992, L. Proteau, Pépère, mémère, pépé, mémé, p. 27.

On attendait un été qui rimait avec retour à la normalité. […] On pensait à nos partys de jardin, aux amis, aux proches qu’on pourrait enfin retrouver. Mais finalement, tout est parti un peu tout croche et la liesse attendue a été mise au rancart. […] Parce que le variant Delta est débarqué comme le bonhomme sept heures, une ombre constante au-dessus de notre épaule chuchotant dans notre oreille « quatrième vague, quatrième vague… » 2021, M.‑Cl. Lortie, Le Droit, Ottawa-Gatineau, 3 juillet, p. 28.

Le 1er juillet, grand-messe du déménagement, arrive à grands pas. Évidemment et comme chaque année, certaines familles se retrouveront à la rue, ballottées d’organisme en organisme, à essayer de se trouver un toit. Prétendre à un logement confortable, rénové, relativement bien situé, abordable et disponible, c’est croire aux licornes. C’est rêver en couleurs. C’est croire à la fée des dents, au père Noël et au bonhomme sept heures en même temps. 2023, Y. Abdelfadel, Le Journal de Montréal (site Web), perspective (le midi-politique), 27 juin.

 Fig. (Emplois métaphoriques).

Au Nord on ne veut point d’indépendance : c’est une vaste blague dont la réalisation immédiate précipiterait le Canada dans une série d’aventures dont la dernière serait notre absorption en bloc par les États-Unis. […] Les États-Unis, c’est le Croque-mitaine, c’est le bonhomme Sept-Heures, c’est l’ogre féroce qui attend notre sortie pour fondre sur nous et nous mettre à la broche. 1897, Francœur, L’Avenir du Nord, Saint-Jérôme, 30 juillet, p. [1].

Au moment de frapper le grand coup, avec un auditoire, la propagande cécéefiste [= du CCF ou Co-operative Commonwealth Federation] se sert invariablement de la dénonciation des monopoles, ces « pelés, ces galeux d’où vient tout le mal ». C’est l’arme secrète de nos braves socialistes. En d’autres termes, c’est le Bonhomme Sept Heures avec lequel ils emplissent l’auditeur crédule qui ne se rend pas toujours compte que le véritable monopole est une impossibilité économique. 1944, L’Écho du Saint-Maurice, Shawinigan Falls, 17 février, p. [4].

Certains considèrent [un organisme gouvernemental] comme la police des jeunes, d’autres comme un horrible Bonhomme Sept Heures qui fait peur à tout le monde ou comme un bulldozer qui rase tout sur son passage. Et les travailleurs sociaux le sentent, le vivent. 1992, A. Bouchard, Le Soleil, Québec, 27 février, p. A‑1.

[Un] méga-détaillant, qui possède déjà 2 000 grands magasins aux États-Unis, est en train d’envahir le Canada. Le langage utilisé par un petit groupe de commerçants, de syndicalistes et de nationalistes pour mobiliser la population contre lui est fort imagé. On parle de prédateur, de l’ogre de l’Arkansas, de pratiques déloyales, de cannibale féroce dévorant les petits commerçants locaux, […]. [Cette chaîne de magasins] serait un nouveau bonhomme Sept heures. 1994, G. Paquet, Le Droit, Ottawa-Hull, 16 avril, p. 16.

[Le] bonhomme Sept-Heures de l’alimentation [titre] Ce n’est pas un secret qu’[une grande compagnie américaine] s’intéresse de plus en plus au secteur de l’alimentation, en vue de créer des habitudes quotidiennes au sein de sa clientèle. […] Vu le gigantisme et le pouvoir [de cette compagnie], le secteur alimentaire perçoit cette annonce comme une réelle menace, rien de moins. 2016, S. Charlebois, La Voix de l’Est, Granby, 25 mai, p. 10.

La vulnérabilité, c’est un peu le Bonhomme Sept Heures de la socialisation masculine. Elle est perçue comme une faiblesse; pourtant, la vulnérabilité, c’est ce qui donne de la profondeur à un être humain. Reconnaître ses souffrances, sa tristesse ou sa peur, c’est à la fois se protéger et apprendre à respecter ses limites. 2020, J. Gravel, Le Progrès, Chicoutimi, 21 novembre, p. M7.

Chose certaine, l’intelligence artificielle est devenue le bonhomme Sept-Heures des arts visuels et des univers des jeux vidéo et de l’animation. Où se situer face au talent de ces machines infernales? Grande question existentielle qui taraude l’industrie. Je vote pour les créateurs contre les robots, mais allez connaître l’issue du combat final. On est peu de chose, allez. 2023, O. Tremblay, Le Devoir, Montréal, 14‑15 janvier, cahier D Magazine, p. 5.

 Jouer au bonhomme Sept-Heures, (plus rarement) jouer les bonhommes Sept-Heures : faire peur à dessein; tenir des propos visant à provoquer de l’inquiétude ou de la crainte chez qqn ou un groupe de personnes.

Rem.Cet emploi est attesté le plus souvent dans des contextes à caractère politique.

Contre la vérité et le bon sens, certains journaux […] continuent de répandre dans le public toutes sortes de faux bruits relativement à l’avenir financier et industriel du Canada. Ce sont là ce que nous appellerions volontiers des sonneurs de fausses alarmes. Inutile d’ajouter qu’ils feraient bien mieux de prêcher la confiance et l’optimisme plutôt que de se laisser aller inconsidérément à construire leurs sottes théories. D’autant plus que ces journaux qui jouent au bonhomme sept heures sont tout à fait illogiques. 1928, La Tribune, Sherbrooke, 28 décembre, p. 4.

Mais qu’on ne compte pas sur nous pour effrayer inutilement et intempestivement les citoyens et les touristes au sujet de la qualité de l’eau que nous buvons, car, autant le dire, nous n’avons aucune aptitude pour jouer à Croquemitaine ou à Bonhomme Sept Heures. 1938, La Tribune, Sherbrooke, 20 août, p. 6.

Tout le monde s’est réjoui de la nouvelle annonçant la construction d’une raffinerie de pétrole à Saint-Romuald. Tout le monde sauf René Lévesque, pour qui il devient alors plus difficile de jouer au Bonhomme Sept-Heures dans les campagnes environnantes, en parlant  comme dans ses souhaits du Nouvel An  d’une collectivité minoritaire menacée dans son existence nationale, etc., etc. 1969, R. Lapointe, La Presse, Montréal, 26 février, p. 4.

L’indépendance n’est pas encore acquise, mettait […] en garde Gérald Larose hier. « Le Grand [sic] capital peut encore s’agiter et jouer les bonhommes sept heures : le plus audacieux d’entre eux s’est déjà exprimé il y a 15 jours », a-t-il dit en faisant allusion aux déclarations de […] [l’]auteur d’une étude commandée par le Conseil du patronat sur les avantages du fédéralisme. 1990, Le Devoir, Montréal, 2 novembre, p. A‑3.

Après avoir entrevu lApocalypse, les Québécois vont finalement avoir l’impression de sen tirer à bon compte. C’est ce qu’on appelle la théorie du grand Ouf! Remarquez, ils commencent à avoir l’habitude des politiciens qui jouent au bonhomme sept heures. Il y a très exactement 15 ans, le président du trésor de l’époque […] déclarait : « On a à peu près épuisé le gras. Il faut maintenant procéder à une analyse verticale et abolir des programmes complets ». 1997, M. David, Le Soleil, Québec, 19 mars, p. A1‑A2.

Dans son plus récent ouvrage, Le Siècle Biotech, l’auteur […] ne se contente pas de jouer au bonhomme-sept-heures en évoquant les chimères, monstres et autres « poulets à quatre cuisses » que la biotechnologie produit dores [sic] et déjà. Le Siècle Biotech est un livre qui évoque un espoir : un futur délivré de ces créatures transgéniques; surtout, il définit les conditions de cet espoir. 1999, J. Lapalme, Le bouquineur, Recto Verso, mars-avril, p. 18.

La semaine dernière, le président du conseil d’administration de la STM [Société de transport de Montréal] […] avait insisté sur la fiabilité des voitures de métro malgré leur âge avancé. « Il faut remplacer nos voitures, mais arrêtons de jouer au Bonhomme Sept Heures. Elles roulent, elles sont bien entretenues, et la sécurité n’est jamais remise en question », avait-il dit. 2010, Le Devoir, Montréal, 5 octobre, p. A8.

Les libéraux de la région […] n’ont pas hésité à jouer à fond la carte de la peur pour conserver la région urbaine d’Ottawa-Gatineau. […] On parle ici des mêmes libéraux qui reprochaient à [un chef conservateur] de jouer au Bonhomme Sept Heures, en 2015, avec ses discours de peur. Comme quoi la fin justifie les moyens, comme le prétendait déjà un certain Machiavel au XVIe siècle. 2019, P. Duquette, Le Droit, Ottawa-Gatineau, 22 octobre, p. 4.

 (Variantes).

 Plais.Bonhomme Huit-Heures.

Je dédie affectueusement ces pages à toutes nos petites mamans canadiennes, mais plus particulièrement à celles qui […] ne pourront me lire qu’après avoir surveillé le coucher du bataillon de Bonhomme Huit Heures [= le coucher des enfants qui doivent obéir au bonhomme Huit-Heures]. 1887, Le Monde illustré, Montréal, 26 février, p. 339.

Comme nous sommes à l’heure avancée, le Bonhomme Sept Heures se promène sous le déguisement du Bonhomme Huit Heures. 1980, La Tribune, Sherbrooke, 29 mai, p. A1 (chron. humor.).

C’est décidé, je déménage dans les Maritimes. Ça fait qu’appelez-moi plus le Bonhomme sept heures. [Signé] Le Bonhomme huit heures[.] 1992, Croc, septembre, p. 6.

Peu après, Deux et Trois rencontrèrent un drôle de bonhomme transportant un sac de sable sur son épaule. [/] – Je m’occupe des enfants qui ne dorment pas encore, dit-il. C’est moi qu’on appelle Bonhomme Huit-Heures. – Huit-Heures? s’étonna Deux. J’ai déjà entendu parler d’un Bonhomme Sept-Heures, mais… – Oh! N’allez pas croire que je sois déréglé […]. On me nomme Sept-Heures quand je fais ma tournée plus tôt. Mais l’été, les enfants se couchent tard et… 1993, R. Larin, Jamais Deux sans Trois… ni tous les autres!, p. 8.

Le bonhomme Huit-Heures [titre] C’était pratique dans le bon vieux temps, quand un enfant ne voulait pas se coucher, ou s’il tardait à s’endormir, on sortait de sa manche le bonhomme Sept-Heures. Demi-homme, demi-monstre, la créature était sans pitié, elle enlevait les enfants qui ne dormaient pas à 19 h, et on ne les revoyait jamais. Toutes les nuits, il rôdait. […] J’ai pensé à cette légende, mercredi, quand le premier ministre […] nous a annoncé que nous allions avoir un couvre-feu jusqu’au 8 février, à partir de 20 h. Un bonhomme Huit-Heures. 2021, M. Moisan, Le Soleil (site Web), Québec, chroniques, 8 janvier.

 Plais.Bonhomme Neuf-Heures.

Le Bonhomme Neuf Heures, a succédé au Bonhomme Sept Heures! 1945, L’Écho de Frontenac, Lac-Mégantic, 21 juin, p. [1].

Ce qui s’est passé lundi dernier à Huntingdon tenait beaucoup du jeu du chat et de la souris. C’est comme si [le député] avait voulu passer un message clair au maire de Huntingdon, qui se trouvait lui-même dans la salle, en disant qu’« aujourd’hui, il y a le Bonhomme Neuf Heures à Huntingdon » et « qu’il ne fallait pas laisser la région à l’époque de la Grande Noirceur ». 2004, P. Laflamme, The Gleaner, Huntingdon, 7 juillet, p. 12.

Étant jeune, lorsque je ne voulais pas aller me coucher, ma mère Rose me disait : « Va au lit, Marie-France, car le Bonhomme Sept Heures est à la veille de passer et si tu n’es pas couchée, il ne sera pas content. » À cette époque, tous les enfants se couchaient vers sept heures. […] Véronique dit à sa mère : « Maman, ce serait peut-être le Bonhomme Neuf Heures aujourd’hui car tous les enfants se couchent tard maintenant. » 2009, R. G. Lévesque, D’histoires en histoires et du passé au présent, p. 192.

 VieilliPère Sept-Heures.

[…] le couvre-feu [n]e vaudra que pour les enfants âgés de moins de 14 ans, et à partir de 10 heures le soir, heure légale; et on y a ajouté nombre d’exemptions nécessaires. Évidemment, l’application d’un pareil règlement dans une ville de l’étendue de Montréal ne laisse pas de présenter de sérieuses difficultés de toutes sortes. C’est ainsi que l’application rigoureuse du règlement exigerait, d’après les autorités policières, de cinq à six cents nouveaux policiers […]. Il y a aussi le danger d’habituer l’enfant à considérer le policier, protecteur normal des citoyens et particulièrement des petits, comme une sorte de Père Sept-Heures. Il se trouve d’ailleurs que trop de parents trouvent plus commode d’exiger l’obéissance des enfants, en leur représentant l’agent de police comme un croquemitaine. 1942, A. Gagnon, Le Devoir, Montréal, 19 août, p. 1.

Il y a des limites à prendre des enfants honnêtes, bien intentionnés et tout pour des maudits caves. On a beau venir du fond de la Vallée, on ne croit quand même plus au Père-sept-heures, aux cigognes, aux Sauvages, au père Noël. Arrêtez de rire du monde. C’est pas gentil. 1974, B. B. Leblanc, Horace ou l’art de porter la redingote, p. 70.

– [Un député] : Dans les centrales syndicales, le mot « injonction » fait aussi peur que le Père Sept Heures aux enfants qui n’ont pas l’âge de raison. – [Une voix] : Le Bonhomme Sept Heures. – [Le député] : Le Bonhomme Sept Heures. Les injonctions, pour nous autres les ouvriers, c’est sacré. On les déteste souverainement. 1975, Assemblée nationale du Québec, Journal des débats (en ligne), 30e législature, 3e session, vol. 16, no 81, 18 décembre, p. 2837.

 VieuxVieux Sept-Heures.

– Il faudrait aller te coucher, Mariette; il commence à se faire tard. – Laisse-moi donc attendre le retour de papa… supplia l’enfant. – Il est sans doute retenu à l’atelier et il n’arrivera peut-être que bien tard… – As-tu déjà vu le vieux sept heures, Eugénie? – Non, j’ai seulement entendu parler de ce vieux croquemitaine; quand j’avais ton âge, je me couchais de bonne heure, pour faire plaisir à maman, de sorte qu’il n’avait pas la peine de se montrer. 1922, M. Aymon, Le vieux « sept heures », La bonne fermière, janvier, p. 17.

Nos parents nous avaient bien défendu de fréquenter ces lieux solitaires [un manoir inhabité], car, disaient-ils, des lutins y avaient élu domicile; jusqu’au « Vieux Sept-Heures » qui était supposé y résider. Mais la curiosité est plus forte que la peur chez les enfants, et nous aussi habitions le manoir toutes nos vacances durant. 1931, E. Desrosiers, Émoi!, Mon Magazine, mars, p. 38.

Histoire

Depuis 1896 (mais dès 1887 sous la variante bonhomme Huit-Heures; v. ci-dessous). Selon une hypothèse largement diffusée, relevant de l’étymologie populaire, ce mot résulterait d’une adaptation phonétique et d’une extension sémantique de l’anglais bone-setter « rebouteur, ramancheur » (v. OED (en ligne) 2024‑04). Cette conjecture s’inscrit dans une tendance à privilégier la piste de l’influence de l’anglais pour expliquer l’origine de québécismes qui semblent insolites (v. notamenfirouaper et quétaine). Il semble que l’écrivain Louis Caron soit le premier à avoir fait un rapprochement entre bonhomme Sept-Heures et l’anglais bone-setter, en s’appuyant sur l’idée que le rebouteur suscite de la souffrance et des cris lors de ses manipulations; il serait ainsi supposément investi d’un caractère effrayant et maléfique : [C]’est au « bone setter » anglais que les Québécois doivent les traits de leur bonhomme Sept-Heures, ce dernier n’étant en fait que la déformation phonétique du premier. Or, ce « bone setter », rebouteux redouté, devait être bien malfaisant puisque, partout où il allait, on entendait des hurlements de douleur. De là à imaginer une espèce de croque-mitaine noir, chargé d’une poche sur le dos, dans laquelle il fourrait tous les enfants qu’il rencontrait sur son chemin après sept heures le soir, il n’y avait qu’un pas, que les Québécois ont franchi, bien entendu (L. Caron, Le Bonhomme Sept-Heures, 1978, p. [9]). Cette hypothèse, présentée comme avérée, a été reprise dans de nombreux ouvrages, y compris des ouvrages de référence et des études (v. p. ex. Colpron2; LachCroy 84; G. Bertrand, 400 capsules linguistiques, 1999, p. 41‑42; R. Henry, L’histoire surprenante et insolite de 322 mots, 1997, p. 76; M. Bélanger, Petit guide du parler québécois, 1997, p. 40; LapMots 14‑15). Or, cette explication est irrecevable sur plusieurs plans (phonétique, sémantique, historique et culturel). D’abord, on voit mal comment le mot monosyllabique bone /boʊn/ (selon la transcription phonologique du OED pour l’anglais américain) aurait été assimilé au mot français bonhomme, bisyllabique, d’autant plus que le français québécois a adapté bone tout autrement dans l’emprunt t-bone, qui est prononcé [tibon] (avec un o fermé) et non [tibɔn] (avec un o ouvert comme dans bonhomme). Sans compter que rien n’expliquerait la duplication du o et l’apparition du [m] final dans le mot français, qui ne peut évidemment pas provenir de l’anglais bone. De plus, bone-setter a uniquement le sens de « rebouteur, ramancheur » en anglais : le sens de « personnage maléfique qui fait peur aux enfants » n’a jamais été associé à ce mot, d’autant plus qu’en anglais, on a recours à d’autres appellations que bone-setter pour désigner l’équivalent du bonhomme Sept-Heures, dont bogeyman et boogerman (v. OED (en ligne) 2024‑04). Qui plus est, bone setter n’est pas attesté en français du Québec, ni comme nom donné au rebouteur, ni comme nom donné au marchand de sable ou à un personnage inquiétant, comme le croquemitaine, qui s’en prend aux enfants (v. p. ex. PPQ 2237 et 2022). On peut d’ailleurs se demander pour quelle raison les francophones du Québec auraient emprunté un mot anglais pour remplacer des désignations françaises du rebouteur déjà en usage et bien implantées sur tout le territoire, telles que ramancheur et rebouteur (et leurs variantes en -eux) (v. PPQ 2237), ou pour nommer un être imaginaire inquiétant que les anglophones nomment eux-mêmes autrement. Plutôt que de résulter d’une adaptation phonétique et d’une extension sémantique de l’anglais bone-setter, bonhomme Sept-Heures est clairement un héritage des parlers de France. En effet, même si bonhomme Sept-Heures ne semble pas y être attesté, du moins dans la documentation disponible, on relève dans différentes régions de France des appellations similaires ayant pour générique soit le mot bonhomme, soit le verbe couche, et pour spécifique une expression faisant allusion au moment de la journée où le personnage effrayant se met en action (la Nuit, Basse-Heure, Huit-Heures), ou le mot Dormi (probablement le verbe dormir, avec le r final amuï, comme dans bon nombre de parlers régionaux; v. FEW dormire 3, 140b). Comme l’expliquent L. Boisvert (v. BoisvQFrChronI‑20) et L. Bovet (v. Trouver l’origine, oui, mais la vraie…, Québec français, automne 2011, p. 97), on trouve, dans la France régionale du XIXe s., la forme bonhomme basse-heure (basse-heure signifiant « tombée du jour, crépuscule, quand le soleil se couche »; v. FEW hŏra 4, 471a), qui réfère au marchand de sable, personnage fictif passant silencieusement le soir dans les foyers pour jeter du sable dans les yeux des enfants afin qu’ils s’endorment. L. Boisvert signale aussi qu’on a relevé en France les variantes régionales bonhomme la Nuit et bonhomme Dormi. Ces formes ont effectivement été attestées en Haute-Bretagne à la fin du XIXe s. (v. P. Sébillot, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne, t. 1, 1882, p. 203‑204 : Dans leur enfance, les mères leur ont dit et répété, quand ils ne voulaient pas se coucher de bonne heure : […] « Le bonhomme la Nuit va venir te querir »; P. Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne, 1886, p. 34 : On dit aux enfants pour les faire se coucher :  Le petit bonhomme Dormi va t’emporter; couche-toi bien vite; Revue des traditions populaires, janvier 1894, p. 72, et Recueil de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Tarn-et-Garonne, 2e série, t. 28, 1914, p. 16 : En Haute-Bretagne, c’est le bonhomme Dormi, ou le petit Chopillard, qui passe pour emporter les bambins trop éveillés). De plus, l’appellation couche Huit-Heures a été relevée en Franche-Comté (Est de la France) dans une enquête linguistique menée en 1960 pour désigner l’homme avec lequel on fait peur aux enfants pour qu’ils se couchent tôt (v. ALFC, compléments, CLXXIV), mais elle existe en France depuis au moins le XIXe s., puisqu’elle est définie dans un glossaire du parler du Jura (Est de la France) datant de 1896 (v. F. Richenet, Le patois de Petit-Noir : canton de Chemin (Jura), p. 114 : personnage fantastique dont [sicon fait peur aux enfants pour les obliger à se coucher de bonne heure). Quelques décennies auparavant, un recueil de contes intitulé Monsieur Couche-huit-heures, histoires amusantes pour les petits enfants (auteur inconnu) aurait été publié à Paris (d’après le Journal général de l’imprimerie et de la librairie, tables de la bibliographie, 1862, p. 395). Couche Huit-Heures, référant au même personnage imaginaire, a aussi été relevé au Québec, et ce, dès 1888, dans un journal de Québec reproduisant un récit de l’écrivain français H. Le Roux intitulé « La cicatrice » et paru précédemment en France (La Justice, 13 mars 1888, p. [2] : […] de bonne heure il s’était grisé d’épouvante à l’ouïe des histoires de Couche-Huit-Heures, qui le soir rôde sur les toits. Longtemps avant de s’endormir, il songeait à ces récits et il disait : – Ferme les rideaux, nourrice, ferme-les avec une grande épingle, pour que, si Couche-Huit-Heures venait à passer par là, il n’aperçoive pas l’étoile de ma petite veilleuse). Couche Huit-Heures, de même que bonhomme Couche Huit-Heures, sont également ressortis d’une enquête linguistique menée au Québec au début des années 1970, comme l’indique L. Boisvert (v. PPQ 2022, qui montre que ces deux variantes ont été relevées à Tête-à-la-Baleine), enquête qui a aussi permis de relever la variante bonhomme Neuf-Heures (attestée au Québec depuis 1945, v. citation plus haut). En plus de celles citées précédemment, on remarque que d’autres variantes sont attestées relativement tôt au Québec, comme bonhomme Huit-Heures (depuis 1887; soit presque dix ans avant la première trace écrite de bonhomme Sept-Heures) et vieux Sept-Heures (depuis 1922), ainsi que père Sept-Heures (depuis 1942). Ces désignations du bonhomme Sept-Heures attestées sur le territoire québécois illustrent le même modèle désignatif relevé en France, c’est-à-dire un nom constitué d’un générique (bonhomme, père ou vieux) ou, dans un cas, du verbe couche suivi de l’indication du moment de la journée ou de l’heure. Aucune de ces variantes ne présente de caractéristique formelle ou sémantique laissant supposer qu’elle serait une adaptation d’un mot anglais. Si l’élément Sept-Heures peut être perçu comme plus ou moins proche phonétiquement de setter, ce n’est absolument pas le cas de Huit-Heures, Neuf-Heures et Couche Huit-Heures. Ainsi, il faut conclure que Sept-Heures est tout simplement une indication horaire et non une déformation de setter, interprétation supportée par l’existence du paradigme Sept-Heures, Huit-Heures, Neuf-Heures et Couche Huit-Heures. Si la coutume relative à l’heure du coucher des enfant eût été différente, c’est une autre variante que bonhomme Sept-Heures qui serait sans doute devenue la plus courante. Ajoutons à cela que le mot bonhomme est associé, dans plusieurs régions de France (Anjou, Bretagne, Normandie, Poitou), à des personnages effrayant les enfants tels que des croquemitaines, des épouvantails ou des mendiants (v. FEW homŏ, -ĭne 4, 456a, qui relève le sens de « croquemitaine » en Bretagne, CormMauges « un mendiant, un individu qui fait peur aux enfants », MinVienne2 « épouvantail », DubPoit 1, s.v. bonome « épouvantail »; v. aussi L. Bovet, ouvr. cité, p. 96‑98). Il est tout à fait vraisemblable que cet emploi de bonhomme ait traversé l’Atlantique et qu’il ait motivé le recours au générique bonhomme dans la construction de la désignation bonhomme Sept-Heures, si celle-ci s’est effectuée au Québec plutôt qu’en France. Enfin, bonhomme Sept-Heures fait également partie du folklore acadien, ce qui milite encore en faveur d’une origine française (v. DupAc 340 et C. Jolicoeur, Les plus belles légendes acadiennes, 1981, p. 62). Tous ces éléments permettent d’affirmer avec assurance que bonhomme Sept-Heures tire son origine d’expressions qui existaient autrefois dans certaines régions de France (peu sujettes à l’influence de l’anglais), plutôt que de l’anglais bone-setter
Jouer au bonhomme Sept-Heures « faire peur », depuis 1928, est une expression formée à partir de jouer « imiter par jeu » ou « affecter d’être, se donner l’air de » (v. TLF). En France, on emploie parfois une construction similaire de même sens, jouer au croquemitaine, qu’on trouve notamment sous la plume de Georges Clemenceau : L’amusement de ces grands guerriers de la plume est de jouer au croquemitaine et de faire trembler l’Europe au froncement de leurs sourcils (La France devant l’Allemagne, 1918, p. 68).

Nouvelle entrée de la deuxième édition

Dernière révision : mai 2024
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Trésor de la langue française au Québec. (2024). Bonhomme sept-heures. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 13 juin 2024.
https://www.dhfq.org/article/bonhomme-sept-heures