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BLEUETIÈRE [bløətjɛʀ]
n. f.

Rem.

Le mot connaît d’autres prononciations, dont [bløetjɛʀ] et [bløɛtjɛʀ] (voir PPQ 1654b).

Terrain où poussent, où se cultivent les bleuets. – Par méton. Exploitation agricole associée à un tel terrain.

Rem.En dépit de ce qu’affirme G. Dagenais, jamais bleuetière ne paraît avoir eu pour synonyme le mot bleuetterie, qu’il donne comme usité au Saguenay–Lac-Saint-Jean et qu’il condamne comme un barbarisme (voir Dagenais1-2, s.v. bleuet; bleuetterie n’a été relevé dans aucune enquête, voir par ex. PPQ 1654b, Lavoie 624 et GilbBleuet 27, no 48. Malgré cela, le mot figure dans plusieurs dictionnaires français, dont Robert 1985 et PRobert 1982, s.v. bleuetière). 

Bleuetière aménagée, bleuetière cultivée, semi-cultivée. Bleuetière commerciale, communautaire, publique, touristique. La pollinisation des bleuetières. Le brûlage des bleuetières. Un regroupement de bleuetières

Et les enfants s’en donnent à la régalade et se disputent les plus belles [baies] et, criant, jaillissent de-ci, de-là, dans la bleuetière, saoulés de fruits et barbouillés comme des vendangeurs. 1937, F.‑A. Savard, Menaud, maître-draveur, p. 129. 

Au lac des Loups, dans la première semaine d’août, il fallut chauffer le chalet, et au matin, l’air était glacé. Cette forte gelée frappa les bleuetières de l’Abitibi et ruina la récolte. On comprend que de pareils avatars, se présentant périodiquement, sont éliminatoires, obligent de nombreuses espèces à se tenir à distance et expliquent la pauvreté relative de la flore. 1942, Frère Marie-Victorin, Premières observations botaniques sur la nouvelle route de l’Abitibi (Mont-Laurier‑Senneterre), p. 23.

Ces derniers font remarquer que le brûlage des bleuetières sur une superficie d’environ 10,000 acres, au printemps 1970, a favorisé énormément la nouvelle pousse et a rajeuni les terrains affectés à la culture des bleuets. Ce brûlage a été effectué dans 19 bleuetières du gouvernement. 1971, La Presse, Montréal, 28 juin, p. C14.

Malgré le gel que l’on a connu au début de juin et qui a grandement affecté la production de bleuets tant en forêt que dans les bleuetières, les principaux acheteurs et propriétaires de bleuetières se déclarent optimistes quant à la cueillette qui a débuté il y a maintenant une semaine. 1980, Progrès-Dimanche, Chicoutimi, 24 août, p. 15. 

En observant les bleuetières de l’Estrie, on peut remarquer des similitudes avec les vergers : les plants sont situés sur une pente légère (pour favoriser le dégagement de l’air froid vers le bas de la pente) et on note la présence de brise-vent sur les côtés (pour faciliter l’accumulation de neige et éviter ainsi la destruction des tiges exposées au vent hivernal). 1997, J. Dorion, Saveurs des campagnes du Québec, p. 20.

Pour répondre à la demande croissante, un producteur de bleuets du Saguenay vient d’ouvrir une bleuetière au Témiscamingue, une région propice à cette culture. 1999, Les Affaires, Montréal, 14 août, p. 12.

Dès les premières années [du XXe siècle], la ville de Roberval offrait un marché du bleuet. Le Grand Feu de 1870 qui traversa notre région avait favorisé le développement de peuplements de Pins gris, habitats propices au bleuetier nain. Les bleuetières commerciales que l’on connaît aujourd’hui résultent de la coupe de ces peuplements. 2014, A. Francoeur, Temps libre, no 34, p. 6.

Les bleuetières partout en Abitibi-Témiscamingue se préparent pour lancer leur saison 2020 dans quelques jours, dans un contexte particulièrement différent cette année. Les propriétaires et les gestionnaires des bleuetières expriment pleinement les difficultés qui ont accompagné la saison de cette année. 2020, Le reflet témiscamien, Ville-Marie, 21 juillet, p. 5,

Depuis leur mariage sur la terre ancestrale, le couple fondateur de la bleuetière vit à Saint-Frédéric. Les célébrations de leur [sic] 60 ans de mariage ont eu lieu le 25 juin dernier, entourés de la famille. 2022, Beauce média.ca, Saint-Jean-sur-Richelieu, 5 octobre, p. 5.

 (Variantes) VieilliBluet(t)ière n. f.

Je profite de l’occasion pour signaler que nombre de ceux qui s’occupent de cueillir des bluets sont persuadés que seul le feu ravive les tiges de myrtilles et ils allument à dessein des incendies qui ne s’arrêtent pas toujours aux confins de la surface occupée par ces petits fruitiers, de sorte que, chaque année, le brûlé augmente d’aire grâce à ce procédé inqualifiable, sans compter que le dommage causé au sol s’accentue davantage, aussi beaucoup de « bluettières » du Lac Saint Jean sont devenues pour ainsi dire des landes arides comme la région si bien nommée l’Afrique [= La Frique], près de Normandin. 1917, Le prix courant, Montréal, 27 juillet, p. 17.

[L’agronome régional] pose aux congressistes les questions suivantes : 1- Ne serait-il pas possible d’obtenir pour les cultivateurs la permission d’entailler « la chaîne d’érables » du sud du comté de Kamouraska?... [/] 2- Pourquoi n’essaie-t-on pas d’exploiter rationnellement, et d’entretenir, les « Bluettières [»] du haut du comté? 1942, Gazette des campagnes, Kamouraska, 1er octobre, p. 162.

[…] un des heureux boursiers de l’Office des Recherches Scientifiques de la province de Québec, poursuit des travaux sur l’amélioration des bluétières du Lac St-Jean et Chicoutimi. 1943, Le Soleil, Québec, 16 mars, p. 7.

Située au cœur d’immenses bluetières – districts de Dolbeau, Normandin, St‑Félicien, Roberval, L’Ascension –, la Station expérimentale de Normandin, dès sa fondation en 1938, s’est intéressée à la production des bluets et ses possibilités. 1949, La Terre de chez nous, Montréal, 31 août, p. 16.

Ne trouvez-vous pas que les choses se passent de la même manière dans notre Québec? On en a un exemple dans les bluetières du Lac St-Jean, là aussi « avec les groupements de producteurs et les contrats » imposés en prétextant les pauvres conditions financières des cultivateurs qu’on force ainsi, directement ou indirectement, à « entrer dans le plan », au lieu de corriger des conditions financières qui résultent d’un système financier faux, frauduleux, voleur et étrangleur. 1965, Vers demain, Montréal, 1er au 15 avril, p. 7.

Les chevaux tirent des carrioles qui transportent les touristes à travers le domaine. On peut voir une tour de guet (pour les feux de forêt), une reproduction miniature d’un village ancien, un camp de bûcheron en bois rond, une bluetière et… un deuxième monument de Louis Hémon, placé à l’entrée du domaine [à Péribonka]. 1980, M. Girard, Le Devoir, Montréal, 16 août, p. 9.

 VieilliBleutière n. f. 

Rem.Relativement fréquente dans les journaux, cette variante est clairement, la plupart du temps, le résultat d’une coquille : soit l’omission du e précédent le t, soit l’interversion des lettres ue dans le mot bluetière. Toutefois, il est possible que, dans certains cas, elle rende compte d’une véritable variante de prononciation résultant de la réduction par syncope du schwa interne [ə] de bleuetière, phénomène régulier en français familier. Cette prononciation a d’ailleurs été relevée dans une enquête tenue entre 1969 et 1974 (voir PPQ 1654b).

La nature partout ici se montre docile à l’égard des hommes. Et sans cesse son amie. Jusque dans les savanes désolées, elle sème ses bienfaits. Les bleutières sauvages, ces grands espaces sablonneux de broussaille et d’ennui, représentent soudain un revenu important. 1944, Le Bulletin des agriculteurs, Montréal, 1er février, p. 37.

Dans une « bleutière » bien fournie, un bon cueilleur remplira facilement jusqu’à huit boites de 22 livres chacune, par jour. Mais ce n’est pas tout de cueillir : il faut transporter la cueillette. Si la « bleutière » est éloignée de la route, il faudra faire plusieurs voyages, boites liées sur le dos et retenues par une courroie dont le porteur s’entoure le front. 1961, L. Bernard, Le Soleil, Québec, 5 août, cahier Perspectives, p. 4.

Selon un communiqué gouvernemental publié à Québec, jeudi, le ministère de l’Agriculture a enregistré une récolte de 162,011 livres dans la seule bleutière pilote de Normandin, comparativement à 60,580 livres en 1972. Ce sont les principales conclusions du premier rapport portant sur les opérations effectués [sic] dans cette bleutière pilote où le ministère de l’Agriculture du Québec met à l’épreuve, depuis deux ans, les données actuelles de la recherche sur la culture des bleuets. 1974, À propos, Québec, 22 février, p. 7.

– (Hapax) Bleuvetière n. f.

Ton père est rendu à la bleuvetière. 1973, Château-Richer (Côte-de-Beaupré), Corpus FRN-13578 A‑73 (enq.) (âge de l’informateur : 89 ans).

Histoire

Bleuetière, depuis 1937; de bleuet, et suff. -ière, ce dérivé figure dans les dictionnaires de France depuis Dfv 1975. Bluetière, depuis 1917 (sous la graphie bluettière). L’antériorité d’attestation de la variante construite à partir de la forme bluet témoigne du fait que celle-ci était fréquente dans la langue courante au début du XXe siècle. Bleuetière a cependant gagné la faveur des personnes lettrées assez rapidement au cours de ce siècle, suivant en cela la progression de bleuet dans l’usage courant aux dépens de bluet. Bleutière, depuis 1944.

Nouvelle entrée de la deuxième édition

Dernière révision : décembre 2025
Trésor de la langue française au Québec. (2025). Bleuetière. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 9 mai 2026.
https://www.dhfq.org/article/bleuetiere