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BIBITTE ou  BIBITE [bibIt]
n. f.

Rem.

1. De nos jours, la graphie bibitte est beaucoup plus fréquente que celle de bibite. 2. Parfois écrit aussi bebit(t)e et bébit(t)e (d’après d’autres prononciations).

I

Fam.(Généralement avec une valeur affective ou expressive). 

A
1

Insecte ou très petite bête de la taille d’un insecte; (spécialement, au pluriel) insecte incommodant, nuisible ou parasite, vermine. 

Une grosse, une petite bibitte. Culture, plant, jardin ravagé par les bibittes. Exterminateur de bibittes. Maudites bibittes! Attention aux bibittes! Avoir peur, avoir la phobie des bibittes. Été de bibittes. Être infesté de bibittes Attraper, ramasser, exterminer des bibittes. Écraser, tuer une bibitte. Se faire manger, piquer par les bibittes. 

Collectionner les bibittes. Avoir des bibittes dans la tête : des poux. 

(En apposition). Vert bibitte.

Rem.1. Dans la langue familière, avec une valeur péjorative, on emploie aussi le terme bestiole, comme en France; dans la langue neutre, on utilise plutôt le mot insecte. 2. Est parfois considéré comme terme enfantin (v. p. ex. Clapin, Bélisle1-3, CECInter), même s’il s’agit plutôt d’un mot d’usage général (v. MassTemps 129). 3. Attesté dans quelques toponymes, surtout des noms de lacs (v. RTQ 1987).

« C’est un gouvernement [le gouvernement provincial] qui ressemble un peu beaucoup à certaine bebitte que notre pauvre mère mettait dans du goudron. » 1870, H.‑L. Langevin, dans A. Désilets (éd.), HectorLouis Langevin : un père de la Confédération canadienne (18261906), 1969, p. 212 (lettre datée du 23 janvier 1870).

Je demanderai la protection pour les produits agricoles de mon comté. Je demande que les « snelles » soient protégées contre les vers, et les patates contre les bibittes. 1878, Le Canard, Montréal, 2 novembre, p. [2].

C’était par une magnifique journée de la fin d’août […]. Je m’étais endormi au pied d’un pin dont le feuillage touffu me promettait un ombrage qui défiait tout rayon importun… […] Ce ne fut pas long, je me réveillai couvert d’une multitude de… bibites! Il y en avait de toutes formes, tailles et couleurs. J’y aperçus de grosses fourmies [sic] rouges et noires, des barbeaux d’une taille géante, tout un monde de mouches, de sauterelles, etc., et même une limace aventurière qui se promenait avec tout l’aplomb d’un grand personnage. 1891, La Famille, 11 octobre, n39, p. 617.

Là, c’était le printemps dans le printemps, le triomphe cumulé de toutes les forces du renouveau. Le feuillage perçait les bourgeons, les mousses perçaient le sol, les renoncules perçaient les mousses, les fourmis et les guêpes perçaient les mousses et les fleurs. […] Sous un érable verdoyant, sur un banc peint en vert, les deux amis s’assirent, les pieds dans l’herbe d’émeraude. Et presque immédiatement la jeune fille fit un saut : une bibitte verte se promenait sur son corsage. 1930, L. Dantin, La Vie en rêve, p. 25‑26. 

Pour en revenir à notre camping, y avait [autant] de tentes-roulottes que d’autres choses sur le camp-site où on était. Y paraît que c’est ben l’fun vivre la dedans [sic] mais moé j’t’un gars vendu à la nature pis j’pense que la bonne vieille tente c’est ça le vrai camping. D’la misère, du froid, les sleeping-bags, le coleman à Tit-Bob, les bébittes pis tout le kit d’la vie en pleine air [sic], c’est toute une expérience à vivre… 1972, La Patrie, Montréal, 1319 juillet, p. 69.

Il [un chat] se lava longuement, frottant son museau et sa tête de sa patte qu’il avait humectée, puis passant sa langue rugueuse partout dans son poil, le lustrant, le farfouillant même de ses dents à la recherche des puces qu’il n’avait plus depuis que Violette […] l’avait enduit d’un onguent qui sentait bien mauvais mais qui l’avait débarrassé de ses vilaines bebittes […]. 1980, M. Tremblay, Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges, p. 299.

Selon bon nombre de randonneurs, la région des Cantons-de-l’Est évoque […] l’absence des moustiques acharnés au début de l’été (juin), alors que bien d’autres régions, notamment les Laurentides, sont littéralement envahies par ces « bibites » qui rendent les randonnées infernales. 1997, Y. Séguin, Randonnée pédestre au Québec (2e éd.), p. 134.

Ma mère est venue me rejoindre dans la cuisine. – Vous avez peinturé vos portes d’armoires? m’a-t-elle demandé en s’assoyant. – Non, on a déménagé. – […] Moi aussi, s’il y a encore des coquerelles chez moi demain, je déménage. Il paraît que c’est dur à tuer, ces bibites-là. C’est ben résistant. Pis ça se reproduit à une vitesse folle. C’est pas drôle. 1999, N. Bismuth, Les gens fidèles ne font pas les nouvelles, p. 84.

Saint-Élie-de-Caxton étant situé dans la Mauricie, aux frontières du territoire forestier des bûcherons, il existe très peu de terres cultivables dans les alentours. Aussi, à l’époque, par échec agricole en terre de roches, plusieurs durent se tourner vers des cultures marginales. Pour se garnir la survivance. L’élevage alternatif qui s’imposa durant ces années, ce fut celui de la mouche. À pulluler. Tellement de bestioles qu’on en essuie encore les succès dans nos juins d’aujourd’hui. […] Tellement de mouches en début d’été que ça devenait presque dangereux d’ouvrir la bouche pour sacrer. Et de la mouche. Pas que de la petite mouchette. De la mouche à viande. Des bétails ailés de six à sept cents livres. Des bibittes à panaches. 2005, F. Pellerin, Comme une odeur de muscles, p. [65]. 

Mon expérience est que les « bibittes » qui vivent dans le sol des jardins, comme les perce-oreilles, les vers de terre, etc., n’aiment pas les conditions de nos maisons : elles ont besoin d’un hiver froid pour compléter leur cycle de vie et, de plus, ne tolèrent pas l’air sec typique de nos demeures. Ainsi, si vous les rentrez par accident, ces insectes mourront assez rapidement et il n’y aucun besoin de traiter le terreau. 2006, L. Hodgson, Les 1500 trucs du jardinier paresseux, p. 266.

Juillet a transformé les jardiniers en chasseurs de bibittes. La chaleur, l’humidité et les mini-traumatismes causés aux plantes lors des périodes de sécheresse rendent nos plantes potagères plus susceptibles d’être attaquées par les insectes. Si vous désirez combattre les insectes ravageurs de façon naturelle, munissez-vous, entre autres, de savon noir. On le trouve en jardinerie, déjà dilué et prêt à être pulvérisé. À son contact, les insectes en perdent littéralement le souffle. 2023, Les Versants du Mont-Bruno (site Web), Saint-Bruno-de-Montarville, chroniques, 4 août. 

 Par ext., région. Sorte de leurre (aussi appelé nymphe des glaces) utilisé pour la pêche hivernale.

Or voilà que la saison dernière est apparu dans le domaine de la pêche sur la glace un leurre communément appelé « bébite » ou de son vrai nom dans le commerce : « nymphe des glaces ». Ce leurre est tout simplement merveilleux et fait battre tous les records de captures par ses utilisateurs. La perchaude en semble très friande. 1986, F. Laramée, Le Courrier du Sud, Longueuil, 11 février, p. A 72.  

Les « bebittes » [titre] Depuis cinq ans, un appât miraculeux a fait son apparition sur le marché pour la pêche des perchaudes à travers la glace durant l’hiver. Il s’agit de ces minuscules « bébittes », comme on les appelle communément, ou des « nymphes des glaces ». À essayer absolument! 1989, M. Morin, L’Écho de Frontenac, Lac-Mégantic, 19 décembre, p. B 10.

À 85 ans, M. Beaudry est reconnu par ses pairs comme un « grand » spécialiste de la pêche sur glace dans cette zone riche en perchaudes, en crapets-calicots, en dorés, en brochets et en crapets-soleil. […] Son truc : il pêche à la « bibitte » (nymphe des glaces) […], précise-t-il, en dévoilant un sac rempli de ces imitations d’insectes marins qu’il fabrique de sa main et dont raffolent les poissons. 1991, É. Trottier, La Presse, Montréal, 2 avril, p. A 10. 

10 % d’escompte sur matériel de mouche à glace (Bébite)[.] 1993, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 19 janvier, p. A 34 (annonce).

 Par anal.VieilliPetit grain de fermentation utilisé autrefois pour la fabrication domestique d’une bière, d’un vin; cette boisson. 

Bière à (aux, de) bibittes, vin à (aux, de) bibittes, alcool de bibittes, faits à l’aide de ces grains de fermentation. 

Il circule dans les veillées ce qu’on appelle du vin de « bibite » […]. C’est une bête presqu’à moitié végétale, spongieuse, qu’on met dans un bocal avec une pinte d’eau, une cuillerée de melasse [sic] et du sucre qu’on laisse fermenter durant trois semaines et qui donne une liqueur brouillée assez alcoolisée pour tourner la tête. C’est la boisson de ceux qui n’ont pas l’alambic pour se fabriquer de l’esprit de vin. Le vin de « bibite » restera l’elixir [sic] des pauvres gens, des petits rentiers. 1919, Le Monde ouvrier, Montréal, 22 novembre, p. 1.

Le vin de « bibites » est un vin qui abat toujours son homme [titre] […] Les officiers fédéraux trouvaient là [lors d’une descente dans un logis] en plus un alambic rudimentaire construit avec deux chaudières vides […]. Enfin dans la cuisine, qui était aussi la chambre du prévenu Hamel, on trouva un gallon de vin, appelé « vin de bibites » par les deux inculpés, devant le juge […] qui présidait hier à l’audience du tribunal de la Régie des Alcools. 1935, Le Canada, Montréal, 27 décembre, p. 6. 

Mais il existe une mode déplorable […] qui est déjà très répandue parmi notre jeunesse. Je connais des paroisses où la majeure partie des « cavaliers » ne partent pas le dimanche soir, pour aller voir leurs blondes, sans se munir d’un petit flacon d’alcool. Que la précieuse liqueur se nomme gin, bagosse, moonshine, chien ou bière à bibittes, peu importe, il en faut pour se donner de la façon et faire comme les autres… innocents! 1937, La Terre de chez nous, Québec, 15 décembre, p. 9. 

Ben, on appelait ça des bibites pour la cause que il se faisait un froment [= ferment] pis ce froment-là se ramassait tout en petites bulles et pis on les voyait monter dans le boucaut pis ça montait pis ça descendait. On venait qu’on en avait plusieurs pis après ça on les transportait d’un pot à l’autre. On en faisait plusieurs, des bières à bibites, pis quand on les laissait travailler longtemps, ben ça faisait de l’alcool […]. On virait des tonnes avec ça, nous autres, on faisait de la bibite. 1965, Saint-Benjamin (Dorchester), AFEUL, M. Boucher 129. (âge de l’informateur/informatrice : n.d.).

Durant l’été, les dimanches après-midi, ils décidaient de descendre à Kamouraska. Ils apportaient leurs boissons : de la bagosse, du vin de patates, de pissenlits, de betteraves et de la bière de bibittes. Ils amenaient des filles de Saint-Bruno qui n’étaient pas mieux qu’eux autres et, cinq, six voitures une à la suite de l’autre, ils arrivaient à Kamouraska, un peu chaudettes et enhardis. 1981, J.‑Ph. Michaud, Kamouraska, de mémoire…, p. 153.

 Regarde-moé ça, Rose-Lilas. Ça s’appelle la danse des bébites J’trouve ça écœurant son père! Vous avez pas envie de servir ça au monde.  Certainement, ma fille. Si y en boivent à Montréal, je verrais pas pourquoi qu’on s’en priverait icitte. C’est la grosse mode. […] T’auras juste à pas en boire. C’est de valeur parce que ça l’a un sapré bon p’tit goût.  Un goût de quoi? D’abeille, je suppose?  Non, un goût de vin aux bébites. Eille! J’en ai fait trois cuvées. 1984, Fr. Ouellette, Au nom du père et du fils, p. 476.

Les gars levaient le coude, levaient le coude, jusqu’à s’en faire des bursites, puis des tennis elbows. Et puis on ne se contentait pas de la petite Molson ou de la petite Labatt. Non! On se préférait se bourrer de bonne baboche. La baboche! Des canistres de baboche : cette potion dont le bootlegger Brodain Tousseur savait seul la recette. La bière de bibittes qu’on l’appelait. 2001, F. Pellerin, Dans mon village, il y a belle Lurette…, p. 66.

 RareBibittes (de lumière) : petits points lumineux qui scintillent dans les yeux par suite de la fatigue, d’un étourdissement.­ 

Tranquille : Ça vous étourdit pas? […] Ça vous fait pas voir des bibittes Fabien : Non, je ne ressens aucun effet […]. 1968, M. Gamache, Cré Basile, 12 novembre, p. 31 (télév.). 

Quand vous commencez à avoir la barlue; la barlue, ça veut dire les petites lumières qu’on voit des fois quand on est fatigué. On voit des bébites de lumières, bin, c’est ça la barlue. Bin là, c’est le temps de faire du feu. On sort son petit sac de galettes et puis on prend une, deux, trois tasses de thé. Et le thé est splendide pour les nerfs. 1968, Saint‑Urbain (Charlevoix‑Ouest), N. Lafleur, La vie traditionnelle du coureur de bois aux XIXe et XXe siècles, 1973, p. 243 (entrevue avec Amédée Fortin, Vézina Fortin et Félix-Antoine Savard).

 Par métaph. La bibitte a (elle) monte, a (elle) monte (ou variantes) : formule prononcée en chatouillant un enfant, ou dans le contexte d’ébats sexuels entre adultes. 

Son papa faisait aussi un petit jeu, en faisant marcher ses doigts à partir du ventre, et il disait : « La bébite, elle monte, elle monte jusqu’au cou, jusqu’au nez, jusqu’aux yeux, jusqu’au front ». Et le bébé de rire! 1940, La Patrie, Montréal, 3 mars, p. 23.

Il faut parfois rappeler à l’ordre les grandes personnes qui, par un amour excessif, se font des enfants un jouet […]. « La bibite a monte, a monte… », il faut l’interdire même si les enfants la réclament; ça fait follement rire les bébés, mais ça les rend impossibles de nervosité. 1954, M.- B. Hogue, Un trésor dans la montagne, p.  114-115.

On entend, en voix off, Élyse et Dino qui sont dans la tente et qui rient. – Dino, voix off : La bibitte a monte… la bibitte a monte. – Élyse, voix off, riant : Non, bon! J’ai dit non. Hey! Nooonnn. – Mireille : Ouin! Y ont du fun, eux autres. 2003, Cl. Meunier, Les noces de tôle, p. 55.

Il la dépose dans l’amas de tricots, va refermer la porte et vient s’étendre à côté d’elle. – Qu’est-ce que tu veux?  – Devine… [/] Grand sourire. Rosa tente de se relever. […] – La bibite à monte, la bibite… – Ah! non… Non, Maurice. – La bibite va… te manger! 2009, M. F. Gélinas, L’amour avec un grand H, p. 70.

Fred commence à chatouiller bébé Lionel. – La bibitte a monte, a monte… [/] Ça fait follement rire le bébé. La jovialité que Fred apporte dans la maison finit par égayer la maman. 2014, L. Brochu, Brûlants secrets de Marianne, p. 158‑159.

 (Dans des noms spécifiques). 

 Cour.Bibitte à patate(s) n. f. Nom donné communément au doryphore et, par ext., aux autres coléoptères qui lui ressemblent, dont la coccinelle. 

Rem.On trouve aussi attestées dans la documentation les variantes bibitte à pétate(s), à pataque(s), à pétaque(s). 

 mouche à patate(s).

J’f’rai passer un bille [= bill] pour empêcher la bébite à pétaque de v’nir dans l’Canada. 1896, R. Roy, On demande un acteur, p. 34.

Les légumes ont gelé dans la terre, à plusieurs endroits. Nos cultivateurs s’empressent d’arracher leurs pommes de terre. La récolte de ces tubercules sera petite, vu les grandes pluies d’août et septembre qui en ont fait pourrir une grande partie. « Laurier est peut-être bon pour les bébites à patates, disent nos cultivateurs, mais il n’est bon à rien pour arrêter la pluie et empêcher nos patates de pourrir. [»] 1904, La Nation, Saint-Jérôme, 15 octobre, p. 8.

L’autre jour, je me promenais dans un champ de patates,  je m’y promenais en esprit : ça coûte moins cher, ça va plus vite et, la course terminée, je n’ai pas l’ennui de m’engueuler avec le cocher. Si je savais le nom dont les savants baptisent les bibittes à patate, je vous l’apprendrais. 1918, A. Lozeau, Billets du soir, p. [29].

La sérénité de son caractère suffisait déjà à rendre le Gros-bec sympathique, mais il a d’autres qualités : c’est un excellent époux, un bon père de famille et un grand ami des cultivateurs. Certes, il mange quelques pois, quelques insectes utiles, mais en retour il détruit quantité de mouches qui s’attaquent aux pieds de concombre, mange des boisseaux de bibites à patate […] et donne leurs larves à ses petits. 1969, Cl. Mélançon, Charmants voisins, p. 116.

Il existe des plantes que les doryphores aiment encore plus que la pomme de terre et une de ces plantes est la tomate « Allure ». […] Mes expériences avec cette plante n’ont pas été concluantes. Cependant, comme je ne fais pas de monoculture avec les pommes de terre, mais les distribue çà et là dans mes plates-bandes […], je n’ai pas assez de « bibittes à patate » pour confirmer si la tomate « Allure » a de l’allure comme traitement ou pas. 2006, L. Hodgson, Les 1500 trucs du jardinier paresseux, p. 538.

Dans le potager, Clara sarcle les mauvaises herbes tandis qu’Étienne pose des tuteurs aux plants de tomates qui, cette année, poussent en orgueil. […] Ils travaillent, unis dans leur désir de faire pousser de beaux légumes exempts d’insecticides et d’engrais chimiques […]. – Chéri, je viens de voir une énorme bibitte à patate. Pis elle est pas seule, elle est avec son équipe de démolition. Faut faire quelque chose! Mes patates, c’est pas des ordinaires, c’est des rattes. On est les seuls dans le rang à faire pousser ça. 2012, J. Bertrand, Lit double, p. 77.

Dans les seuls États de New York et du Wisconsin, deux ou trois générations de « bibittes à patates » voient le jour chaque année! En raison du réchauffement climatique, les régions de la Capitale-Nationale et de Lanaudière, où l’on cultive le plus grand nombre de pommes de terre dans la Belle Province, auront un climat semblable d’ici l’horizon 2050; elles devront donc plus que jamais faire face à ce ravageur, au grand désespoir des agriculteurs. 2020, M. Bilodeau, Québec science, décembre, p. 13.

 Par anal. Vieux Sobriquet attribué à des personnes (le plus souvent, des hommes politiques) jugées ridicules, méprisables.

[…] alors [le député] disparut du comté… du moins pendant le jour, car il parait que de temps en temps il s’y permet une petite promenade par le train de nuit!! Je ne l’ai vu qu’une fois le jour depuis plusieurs mois; c’est lorsqu’il est venu déposer au Greffe de la Cour le montant des frais (près de $250.00) dans son action contre M. Bernatchez […], parce que celui-ci l’avait appelé bibite à patates, laquelle action au montant de $1,000 fut renvoyée par l’hon. juge Angers avec frais et dépens contre M. Landry. 1884, L’Événement, Québec, 2 octobre, p. [3].

Nous possédions aussi cette journée-là, un échevin, habillé en hobo, qui regardait tout le monde de travers […] et qui voulait prouver des mensonges par des arguments frappants. Il y avait aussi une « bibite à patate » de St-Sebastiens, je crois, qui se donnait des airs d’importance et qui a voulu lever le poing tout en courbant le dos… 1916, Le Canadien, Thetford Mines, 2 mars, p. 6.

« Bibite à patates » comme candidat bleu de J.-Cartier [titre]. […] Cet adversaire [politique] est une « bibitte à patates » dénommée Jacques Viau, avocat crevé de Lachine. […] « Jacquot » n’est pas très bien vu dans la Paroisse du Saint-Sacrement, ayant voulu annexer la Commission scolaire de cette paroisse à celle des Saints-Anges, de Lachine. Il n’est pas mieux considéré chez les Saints-Anges, du reste. […] D’après un chef bleu du comté de Jacques-Cartier, cette « bibitte à patates » sera écrasée par le Dr Kirkland à une majorité de 10 à 12 mille voix […]. 1948, L’Autorité, Montréal, 26 juin, p. 4.

 Région.Bibitte à bois n. f. Nom donné aux cloportes.

Le cloporte est un petit animal très commun dans la nature. On l’appelle familièrement « bibitte à bois » parce qu’il a l’habitude de se cacher sous les bouts de bois. 1991, G. Brillon, J’observe les escargots, les araignées et d’autres bestioles, p. 65. 

Quand il voit un cloporte sur un bout de planche, il s’écrie tout de suite : « Que le cloporte sorte, la pluie tape à votre porte. » Un cloporte, c’est une bibitte à bois avec beaucoup de pattes. 2011, M. Langlois, Un p’tit gars d’autrefois, p. 44.

 RareBibitte à mille pattes n. f. Nom donné aux scolopendres (v. PPQ 1575x). 

(Dans une comparaison). La femme pieuvre, la « bibitte » aux mille pattes? 1969, Le Petit Journal (supplément), Montréal, 7 septembre, p. 4 (légende de photo). 

Pour ma part j’avoue un faible pour la luge, exercice ayant l’avantage de ne pas ressembler à un sport, mais plutôt à la descente inopinée d’un perce-oreille en chute libre. La variante d’équipe bob à deux ou mieux bob à quatre transformant le perce-oreille en bibite à mille pattes, d’une valeur entomologique accrue. 1994, O. Tremblay, Le Devoir, Montréal, 18 février, p. B1. 

L’insecte choisi comme emblème viendra rejoindre les autres emblèmes naturels du Québec que sont le lis blanc, le harfang des neiges et le bouleau jaune. Les jeunes pourront voter lors d’activités scolaires alors que la population pourra effectuer son choix à l’Insectarium de Montréal […]. La coccinelle a sûrement une longueur d’avance. Dommage que les moustiques, fourmis, bibittes à mille pattes, tordeuses des bourgeons d’épinette, grillons, patineuses, araignées et autres insectes du genre tout aussi ragoûtants les uns que les autres ne soient pas en nomination. 1998, R. Blackburn, Le Quotidien, SaguenayLac-Saint-Jean, 6 mai, p. 14.

 Fig. (Emploi métaphorique).

Moi. Oui, j’ai peur d’Internet, cette bibitte à mille pattes qui est en train de changer le monde des communications et même notre façon de vivre. 2000, R. Plante, La Voix de l’Est, Granby, 11 mai, p. 2. 

 Vieilliou région.(Lévis, Beauce). Bibitte à sucre n. f. Nom donné à un petit insecte ailé noir qui apparaît par bandes très tôt au printemps, à l’époque des sucres. 

Les corneilles, les bibites à sucre nous sont arrivées depuis une quinzaine. Indice que le printemps sera hâtif. 1919, L’Éclaireur, Beauceville, 13 mars, p. [8].

Quand les « bibites à sucre » arrivent, c’est le temps d’entailler. 1950, D.-M. Doyon, Dictons et remarques sur les sucres, Les Archives de folklore, t. 4, p. 65 (dicton populaire beauceron). 

On retenait aussi que les « bibites à sucre » annoncent le temps d’entailler, que l’oiseau à sucre prédit d’abondantes récoltes, et que l’arrivée des papillons signifie la fin de la saison définitivement terminée lorsque les pic-bois picorent les chaudières. 1975, Décormag, avril, p. 49.

Malheureusement, chaque année, mes lupins sont envahis de pucerons. J’ai essayé de nombreux insecticides naturels sans résultats probants. Les « bibittes à sucre » ne sont pas disparues, tout au plus sont-elles apparues plus tard dans la saison ou en moins grand nombre. 2000, Le Soleil, Québec, 3 juin, p. F10 (lettre).

 (Par anal., en parlant d’êtres humains). Cour.Personne friande de préparations et d’aliments sucrés tels que des desserts ou des sucreries. 

Être une (vraie) bibitte à sucre. Cet enfant est une véritable bibitte à sucre!

Remède pour bibittes à sucre [titre] 1990, L. Martineau Gauthier, Cuisine Minçavi, p. 36.

La coulée de tire sur la neige est un plaisir exquis pour toutes les bebittes à sucre, grandes et petites. 1998, M. Roy, L’Éclaireur-Progrès, Saint-Georges-de-Beauce, 21 mars, p. 3 (légende de photo).

Les religieuses savent […] qu’à cet âge les enfants raffolent de sucreries. […] Aux repas, les desserts sont aussi diversifiés : tartes aux pommes, à la pichoune aux fraises, au citron, gâteaux, pain d’épices, galettes de toutes sortes […]. Enfin, tout pour contenter les « bibites à sucre » que nous sommes! 1998, G. K.‑Laflamme Verge, Pensionnaire chez les Ursulines dans les années 1920-1930, p. 57-58.

Depuis le début du pèlerinage[,] j’ai souvent observé Rita et je trouve qu’elle est une vraie « bibitte à sucre ». Trop de biscuits, de gâteaux, de tartes et de yogourts qui contiennent tous des sucres industriels dénaturés. 2006, P. Beaudoin, Le pèlerin intérieur, p. 242.

Peut-être succomberez-vous à une deuxième part de l’un ou l’autre des desserts décadents (fondant au chocolat, étagé aux petits fruits, tarte poire et vanille inoubliable, etc.). Parole de « bibite à sucre ». 2008, S. Bois-Houde, Solutions restos, p. 109.

Les vins de glace sont très sucrés. Les meilleurs font preuve d’une acidité qui les rend tout de même digestes, mais si on les sert avec un dessert sucré, à moins d’être une vraie bibitte à sucre, le tout risque de l’être un peu trop… 2013, N. Fournier, Le guide du vin Phaneuf 2014, p. 312.

 RareBibitte d’humidité n. f. Nom donné aux insectes qui affectionnent les lieux humides, en particulier les cloportes. 

Ceux-là [les lépismes], on peut dire que tout le monde les connaît bien. Ce petit lépidoptère vaguement argenté (qu’on appelle familièrement, pour ne pas dire affectueusement, bibite d’humidité ou poisson d’argent) est tellement commun qu’il est peu de pieds qui n’en aient jamais écrasé. Bien que certaines personnes le jugent inoffensif, le lépisme peut toutefois être porteur de bactéries, en plus de grignoter la colle de vos reliures, vos rideaux et votre papier peint. 1976, G. La Rocque, Le Quotidien du SaguenayLac-Saint-Jean (cahier Perspective), 10 janvier, p. [12].

Le pire, c’était surtout la nourriture. Comme je le disais tantôt, on ne mangeait pas si mal au début. Mais, ça s’est vite gâché. Il y avait du moisi dans le beurre et des bébittes d’humidité dans le gruau que nous mangions en grande quantité. Un des pensionnaires s’amusait à les sortir une à une de son bol pour les compter… 1982, G. Laurin, La Voix de l’Est, Granby, 16 janvier, p. 7.

Bon, ça y est, le sujet de mon papier est tout trouvé, le monde autour de moi  au bureau, en-dehors du bureau , m’a passé la commande : parle de la chaleur, dis-le qu’on est fatigué de ne pouvoir dormir, que c’est chaud, lourd, collant, dis-le qu’il y a des fourmis et des bibittes d’humidité qui prolifèrent partout, qu’on a hâte qu’il pleuve pour vrai, […] dis-le que ça prend une piscine ou un plan d’eau pour ne pas devenir cinglé… 1999, A. Rainville, Le Quotidien, Saguenay, 30 juin, p. 10.

Les cloportes sont parmi les rares crustacés terrestres. Contrairement à ses congénères (homard, crabe, etc.), le cloporte peut survivre à l’extérieur de l’eau, mais il apprécie tout de même un environnement humide. D’ailleurs, on le surnomme parfois « la bibitte d’humidité ». Même s’il n’est pas souhaitable d’abriter cette bestiole dans la maison […], au jardin, les cloportes font un excellent travail en décomposant la matière organique. 2010, L. Michaud, Mon potager santé : cultivez vos légumes en pleine terre et en pots, p. 258.

 RareBibitte à feu n. f. Mouche à feu.

Cette semaine, on profitait d’un répit en fin de journée au chalet du père à ma blonde et voilà qu’en début de soirée, sur le bord de la rivière Caribou, on a droit à un spectacle de lucioles qui s’illuminaient l’arrière-train pour séduire leur partenaire. […] Non, mais c’est niaiseux de s’émerveiller devant des « bibittes » à feu et de regarder ça comme on regarde des étoiles filantes pendant la nuit des Perséides. Ce ne sont pas des étoiles célestes, ce ne sont que de vulgaires insectes, mais ça brillait dans la nuit comme des « flashs » d’appareils photo dans une foule lors des grands rassemblements. 2014, R. Blackburn, Le Progrès-Dimanche, SaguenayLac-Saint-Jean, 29 juin, p. 23.

 RareBibitte à (au) bon Dieu n. f. Coccinelle.

Rem.Aussi appelée bête à (au) bon Dieu.

Dans les années 1970 et 1980 au terme de nombreux lâchers de plusieurs milliers de coccinelles, le département de l’agriculture américain (USDA) a réussi à implanter la version japonaise de la « bébite à bon dieu » sur le continent nord-américain. 2002, La Tribune, Sherbrooke, 30 septembre, p. [B1].

J’emmenais le petit, bien sûr, quand tante Rachel n’insistait pas pour qu’il aille avec elle à la chasse aux coccinelles dans les champs de patates, ces bibittes à bon Dieu, comme elle les surnommait. 2012, A. U. Tremblay, Les fruits sauvages du huitième jour, p. 154.

Le doryphore de la pomme de terre, appelé couramment « bibitte à patates » (à ne pas confondre avec la « bibitte à Bon Dieu » ou coccinelle qui est un insecte allié également de l’ordre des Coléoptères), est bien connu des jardiniers qui cultivent des pommes de terre, puisque c’est le ravageur majeur de ces dernières. 2010, L. Michaud, Mon potager santé : cultivez vos légumes en pleine terre et en pots, p. 267.

2

Par ext. Micro-organisme, en particulier microbe ou bactérie qui est vecteur de maladies. 

 Maladie, infection causée (ou présumément causée) par un microbe; (spécialement, au pluriel) maladie transmise sexuellement. 

Avoir, attraper la bibitte.

La crainte du fléau qui a ravagé une partie de l’Europe, inspire aux populations de l’Amérique du Nord, la pensée salutaire de se prémunir contre l’invasion de ce terrible visiteur. Depuis six mois, on n’entend parler que de conventions sanitaires […]. Quarantaines, égouts, ventilation, substances alimentaires, tout est revenu sur le tapis, a été remis en question, bouleversé, manié et remanié. L’horrible et formidable bibitte du choléra […] a été chloroformée, examinée, désinfectée, disséquée et condamné [sic]. Pauvres microbes! On vous les maltraite un brun! 1885, Journal d’hygiène populaire, 15 janvier, p. 207.

Ainsi donc, amis lecteurs […], je vous présente par l’entremise de votre médecin dévoué le Dr Paradis, le bacille de la fièvre typhoïde. C’est un être infiniment petit et infiniment malfaisant […] qui s’introduit dans l’organisme humain par les voies digestives […]. Il s’y développe et affecte l’intestin, la rate, les ganglions […], etc. […] Il se cultive très bien et vit assez longtemps dans l’eau. C’est généralement là qu’il se cache pour fondre sur sa proie. Coquette et insidieuse comme toutes les jeunes filles, la bibite typhique s’insinue dans notre individu et y cause autant de ravages que l’amour dans le cœur d’un écolier. 1895, L’Écho de Montmagny, 18 janvier, p. [2].

Vous rappelez-vous, confrères, le cours de matière médicale dont pas un iota n’a été changé pendant trente-cinq ans? On se le transmettait de génération en génération. […] Se moque-t-on encore « spirituellement » des microbes, des « bébites »? Y a-t-il une limite d’âge après laquelle il n’est plus permis de broyer les redites des 20 ou 25 années dernières? 1897, J. M. Beausoleil, Entre nous, p. 22‑23.

Avez-vous déjà entendu parler de l’Institut Pasteur, vous autres, les amis? C’est une manière de jardin zoologique où on élève des microbes et autres bibites de la même famille. […] L’élevage des microbes s’y pratique sur une grande échelle. 1912, La Presse, Montréal, 20 juillet, p. 4 (chron. humor.).

Dites-moi un peu votre histoire. Où avez-vous pris ça [la tuberculose]? Pas d’hérédité? Vie au grand air. Dans votre jeunesse, et encore aujourd’hui, beaucoup de sport. Vous n’avez certainement pas contracté la « bibitte » en faisant tout ça, mais, vous en avez peut-être fait un peu trop… 1935, P. Rainville, Tibi, p. 16.

De fait, le père Narcisse Toupin n’avait jamais été malade. Pas une toute petite fois. Pas même d’une grippe ou d’un simple rhume. Une muraille, quoi! Influenza, épidémies, grippe espagnole, maladies contagieuses, microbes de tous calibres, rien ne prenait sur lui. Il en riait à gorge déployée, et soulignait avec un air malin, peut-être narquois : « C’est mon petit verre de gin, pris chaque matin en guise de gargarisme, qui me sauve de toutes ces bibites-là! » 1936, L’Avenir du Nord, Saint-Jérôme, 6 novembre, p. 4. 

J’mords pas. J’griffe pas. J’suis vacciné contre la rage. J’ai pas de bibittes, ni la peste, ni le choléra. Prends ça cool. 1980, R.-D. Dubois, Panique à Longueuil, p. 102.

[…] je courais à travers les rues de Manhattan comme une poule avec la tête coupée, épuisé au bout de trois jours d’avoir trop marché, trop bu, trop baisé, pas assez mangé et convaincu d’avoir attrapé toutes les sortes de bibittes et de maladies imaginables. Ce fut trop souvent vrai et je revenais à Montréal plus fatigué et plus déprimé que je n’en étais parti, un beau cadeau bien mérité me fleurissant entre les deux jambes. 1986, M. Tremblay, Le cœur découvert, p. 128.

À part ces maudits morpions, tout va presque trop bien. C’est une fille de Chicago qui m’a laissé ça en cadeau. J’aurais dû me méfier, mais elle m’a pas vraiment laissé le choix. C’était peut-être la petite-fille à Capone ou quelque chose. En tout cas, elle m’a violé. Et me v’là pris avec une colonie de bibittes plutôt tenaces. […] Ça pique, ces sales bestioles. À rendre fou. 1989, C. Mistral, Vamp, p. 81-82.

D’où viennent le E. Coli et les autres bibittes? Les bactéries nuisibles telles que E. Coli se transmettent par la route fécale-orale. […] D’une façon ou d’une autre, tu finis par consommer de manière accidentelle des matières fécales en provenance d’un animal ou d’un humain. La plupart du temps, rien ne se passe. Mais parfois, les bactéries t’infectent… c’est ça, la « tourista ». 2015, O. Bernard, Le Pharmachien 2, p. 94.

 Fig. (Emplois métaphoriques).

La vigne souffre du philloxera, les pommes de terre de la mouche du Colorado, les chevaux de la maladie des pieds et de la gueule. Voilà quelques fléaux pour les règles animal et végétal. Le commerce de la rue Ste Catherine souffre d’une bibitte qui est beaucoup plus dangereuse que le microbe du choléra. Ce fléau existe de temps immémorial dans le commerce, il existera tant qu’il y aura sur la terre un certain type de femmes qui semblent s’être donné pour mission de détruire le commerce; ce type est appelé « corne ». 1884, Le Canard, Montréal, 27 décembre, p. [2].

Ça pas été long qu’on est pitchés l’un sur l’autre, pour parler poétiquement… […] J’pensais être immunisée contre c’te bebitte-là [la passion amoureuse dévorante] depuis longtemps, moi! Ben non, c’est ben pour dire, hein? On pense qu’on n’a plus de cœur, pis on se rend compte tout d’un coup que c’est tout ce qu’y nous reste! Ça pas pris trois jours que j’étais poignée jusqu’aux cheveux! 1984, M. Tremblay, Hosanna suivi de La duchesse de Langeais, p. 98.

J’ai lu quelque part que le saut à l’élastique pouvait guérir certaines personnes de certaines peurs, angoisses ou phobies. On dit même qu’il aurait guéri des bégayeux. […] Si le bungee pouvait guérir nos bureaucrates de la procédurite, de la réunionite, de la collectivite et autres bibites du genre, ce serait une bénédiction. Il faudrait alors l’installer quelque part sur la colline parlementaire. Et l’offrir gratuitement aux fonctionnaires de carrière. 1992, L.‑G. Lemieux, Le Soleil, Québec, 26 août, p. B7.

Mon but […] est toujours de partager avec vous mon expérience relative à la dépendance. De mettre en lumière et de démystifier un peu cette bébite qu’est la maladie de la dépendance. 2007, La Quête, Québec, décembre, p. 29.

Le monde des émotions, à cette époque, était un univers dangereux capable de nous précipiter dans le laisser-aller, le désordre, l’écurie et les pires emportements. […] Comme s’il y avait au fond de soi une bibitte en attente de nous détruire dès que l’on baisse la garde. Comme si, en laissant monter une émotion, on laissait aussi monter un venin terrible. La rigoureuse maîtrise de soi et le refoulement constituaient donc les seules armes pour lutter contre l’ennemi numéro un. 2010, D. Bertrand, Démaquillée, p 84‑85. 

 Par anal. Virus informatique. 

[L'ordinateur] a des fichiers-pères et des cartes-mères. Il peut être fort amical et même convivial. Il y en a des conversationnels et certains sont capables d’émulation. Il porte des noms de personnages mythiques, de V.I.P. ou de fruits… Des bibites ou bugs le démangent et parfois il faut le déverminer. Ses ennemis essaient de casser ou de tuer ses programmes. 1989, G. Fortier (dir.), Ordinateur, enseignement et apprentissage, p. 258.

À la Confédération des Caisses populaires Desjardins, à Lévis et à Montréal, le virus [informatique] ne s’est pas manifesté. Pas plus d’ailleurs qu’à […] la Régie de l’assurance-maladie où [un adjoint exécutif] a­ précisé que « la régie n’avait pas de bibites ». 1992, Le Soleil, Québec, 7 mars, p. A 3.

Une « grosse bébite » dans son ordinateur! [sous-titre] Dès le premier test visant à vérifier la résistance de son « pare-feu » [celui de l’appareil d’un commerçant], la porte d’entrée s’est écroulée […]. J’ai pu pénétrer son réseau et observer ses secrets d’affaires les plus intimes. Un bandit se serait régalé. J’ai même l’impression que certains pirates m’ont précédé, car nous avons trouvé des traces d’intrusion sous la forme d’un type particulier de parasite de la famille des « Chevaux de Troie ». 2001, A. Dexter, Le Régional, Aylmer-Hull, 13 juin, p. 28.

3

(Par ext. du sens I.A.1). (Petit) animal ou volatile quelconque. 

Bibittes à (quatre) pattes

Bibittes à poil(s) : animaux à fourrure. 

Bibittes à plume(s) : oiseaux. 

Rem.En français standard, on dit plutôt bête à poil, bête à plume (v. TLF, s.v. bête1). 

 (En particulier). Animal, considéré dans ce que sa nature offre de curieux, de repoussant ou de menaçant.  

 (Avec valeur affective). Animal domestique, considéré dans ses qualités qui le rendent attendrissant, adorable, attachant. 

Viens ici, ma petite bibitte!

Parmi les motifs que la Minerve suggère au public pour aller visiter un lionceau qui se trouve ou se trouvait au jardin Guilbault, il est en un joliment cocasse : « Chacun, dit-elle, devrait s’empresser d’aller contempler cette petite bête (cette bibitte!) qui deviendra un jour terrible et audacieuse, et d’aller entendre ses cris faibles et plaintifs qui se changeront plus tard en rugissements! » 1866, Le Pays, Montréal, 6 septembre, p. [2].

Il y a quelques semaines, le docteur Kelly, de Baltimore, le gynécologiste, a donné au John Hopkins Medical Society une conférence des plus intéressantes, pièces en mains. Il s’agissait de distinguer entre eux les différents serpents vénimeux [sic] et inoffensifs du pays [États-Unis]. Le conférencier se fit apporter dans des sacs en toile un certain nombre de ces « bebittes », et tout en crayonnant au tableau noir, avec son sang froid ordinaire, il tenait à la main un magnifique serpent à sonnettes, muni d’une douzaine d’anneaux! Brrr! Brrr! 1900, La Revue médicale, vol. 3, no 51, p. 225. 

Vous êtes-vous déjà promené en chameau vous autres? […] Je veux parler des vrais chameaux à quatre pattes : Eh! ben vinguienne[,] Ladébauche a monté sur ces bibites-là, lui, en Égypte, rapport que c’est les petits chars de par là, y a pas de motormen à ça, ni de « trolley » comme de raison, vu que ça marche tout seul, comme les chevaux, les dudes, les éléphants et les autres animaux. On a rien qu’à embarquer là-dessus, entre les deux bosses, pis ça part et ça court fort en grand. 1905, La Presse, Montréal, 11 novembre, p. 4 (chron. humor.). 

Surpris par la marée baissante, alors qu’il s’était installé sur une roche de la berge, un loup marin a été capturé hier après-midi près du Pont de Québec par les employés de la Levis Tramways Co. Le pinnipède, une « bibite » de quelque 70 à 80 livres, est gardé en exhibition au parc d’amusements du Pont Garneau […]. 1932, Le Quotidien, Lévis, 12 septembre, p. [1].

Je réfère au dictionnaire : « Les hiboux sont très utiles parce qu’ils détruisent quantité de rats, mulots, souris. » Voilà une nomenclature de « bébites » que je n’ai jamais rencontré [sic] en forêt. 1957, JAD [pseud. de Joseph-Arthur Drolet], Mémoires d’un pêcheur, p. 132.

Là, [les enfants] ouvrent la porte, pis l’ours entre dans la maison. C’est quand les enfants voyent [voient] entrer cette bibitte, mes amis, un pareil ours, des yeux pétillants, les grosses griffes, pis il se mâte pis il dit : « Je vous mange tout ». 1964, Sacré-Cœur (Saguenay), AFEUL, Y. Albert, B. Laberge et M. Ferland 22 (âge de l’informateur/informatrice : n.d.).

Les chats doivent certes prendre ma maison pour celle du bon Dieu. Une autre bibite-à-poil [sic] est venue gratter ma porte, hier. Miaou! miaou! 1974, Le Journal de Montréal, 22 février, p. 9. 

Parlons des chiens maintenant. Pourquoi? Parce qu’il y a quelques années à peine, à chaque fois que je te parlais des miens, tu ne pouvais t’imaginer qu’on puisse donner autant d’affection à ces bibittes à quatre pattes. […] On aura beau dire, mais en quelque part, ils sont souvent ceux qui, sans rien dire, nous comprennent et nous écoutent. 1998, L. Veilleux, La vue en rose, p. 117.

Peu de villes au monde peuvent se vanter d’avoir en leur centre une réserve faunique naturelle comme celle de Bukit Timah [Singapour] : imaginez un parc Lafontaine avec des singes et des lions au lieu d’écureuils et de pigeons! Et que dire du zoo! Plus de 2000 animaux, dont le rarissime tigre blanc, et plein d’autres étonnantes bibittes à poils. Extraordinaire. 2008, B. Blanchet, La frousse autour du monde, p. 84.

Dans le chalet des trappeurs, un peu plus tard, Jim s’approcha de Jacques et demanda : – Le trappeur, elle a-tu déjà existé la bibitte que tu parlais tantôt? – Quelle bibitte? – Le gros chat. [/] Le trappeur pointa la tablette fixée à environ deux mètres du sol sur les quatre murs du chalet. Sur cette tablette-là étaient posés les crânes blanchis de dizaines d’animaux, par ordre décroissant de taille. Ça commençait par deux grosses têtes d’ours et cinq têtes de loup et ça descendait jusqu’aux crânes minuscules et nombreux de martres et de visons, de siffleux et d’écureuils. 2014, S. Archibald, Arvida, p. 56. 

Les pitous, minous et autres bibittes à plumes et à poils adorent les gâteries et les cadeaux. N’oubliez pas vos fidèles compagnons à Noël et offrez-leur un petit quelque chose qui fera leur bonheur. 2019, Journal Métro, Montréal, 4 décembre, p. 12.

 La bibitte va te manger (ou variantes) : formule destinée à faire peur aux enfants, pour les inciter à bien se comporter; formule prononcée en chatouillant un enfant pour le faire rire. 

(Variante vieillie). La bibite a [= elle] mange!

M. Clétus Robillard passait l’autre jour devant une maison de la rue Sanguinet.  Prends garde, dit une mère en train de consoler un marmot, prends garde, la bibite va te manger. 1879, Le Canard, Montréal, 4 octobre, p. [3].

Il y a, chez M. le G. V. Gendron, qui ne dédaigne pas les études scientifiques, des oiseaux empaillés, des mollusques et autres objets d’histoire naturelle. Quelqu’un d’entre nous s’étant permis de caresser l’un de ces beaux oiseaux de mer, la petite Montagnaise lui cria vivement : « Prends garde! la bibite! a va te manger! » On ne saurait être plus canayen. 1897, V.‑A. Huard, Labrador et Anticosti, p. 343.

Seule la petite vie qui respire près d’elle l’occupe dorénavant, la tient, l’anime, l’attire. C’est presque tout ce qui l’intéresse au monde ce mignon paquet de chair qui n’a encore aucune connaissance. Elle le touche, l’embrasse, le taquine. Elle le jase, le chatouille pour qu’il fasse risette, et elle promène sur son minuscule corps tout neuf, ses vieux doigts déformés, en répétant la traditionnelle phrase : « bibite a mangé, bibite a [sic] mange 1916, La bonne parole, octobre, p. 11. 

Vous veillez trop tard. Une grosse bibitte va vous manger, si vous n’êtes pas plus fine. 1923, La Patrie, Montréal, 1er février, p. 8. 

4

(Dans un adage populaire visant à rassurer les personnes craintives, notamment les enfants). Les petites bibittes (ne) mangent pas/jamais les grosses (bibittes) : il ne faut pas avoir peur des insectes et des autres petites bêtes, car ils sont inoffensifs pour les humains; on a tort de craindre ce qui est plus petit et plus faible que soi.

Les petites bébites ne mangent jamais les grosses. N’aie pas peur Pitou, inutile de grimper au deuxième, les rats ne te feront aucun mal […]. 1954, L’Union des Cantons de l’Est, Arthabaska, 23 septembre, p. 15.

– Lucille : J’ai peur des tons [= taons]. – Guy : Les petites bibittes ne mangent pas les grosses bibittes. 1960, Le Guide, Sainte-Marie (Beauce), 12 juillet, p. [8]. 

Pour votre information, il y a des bibites à peu près partout comme je vous écris, j’en vois justement une belle!... Les puces font aussi partie du décor!... […] Cam trouve que je vous parle pas mal des bibites mais, vous savez, les petites bibites ne mangent pas les grosses et, pour ma part, ça ne me fait plus rien à présent. 1962, L. Poulin-Gosselin, Une Québécoise à Paris, p. 173 (extrait d’une lettre datée du 30 mars 1962).

Vous avez peur de la noirceur? Vous craignez les hommes? Vous voyez des serpents partout? Rassurez-vous, les petites bibittes ne mangent pas les grosses. Pas souvent, en tout cas. 1973, A. Béliveau, La Presse, Montréal, 26 juin, p. C8.

– Ah! J’ai eu peur! […] Une libellule… énorme! J’ai cru qu’elle allait m’attaquer. – Voyons ! Les petites bébites ne mangent pas les grosses! 1996, A. Brochu, Adèle intime, p. 24.

 – Simon : Tu peux sortir, Monique! – Monique, de l’intérieur : T’es certain? […] J’haïs ça [les couleuvres]. […] – Paulette : Les petites bibittes mangent pas les grosses, Monique. 2006, J.-M. Dalpé, Août, p. 94-95.

– Q. : Mon locataire m’appelle, les coquerelles ont envahi son logement. Je lui dis quoi? – R. : Les p’tites bébites ne mangent pas les grosses. 2007, A. Dubuc, Comment acheter mon premier plex, p. 26. 

Nous sommes un peu en froid. Car lorsqu’elle a appris que j’avais failli me noyer à cause d’une araignée, elle a pété sa coche solide. Elle a menacé […] de m’envoyer en thérapie. Que ça n’avait pas d’allure de mettre sa vie en danger pour des (et je cite) « bibittes ». Ce à quoi ma grand-mère Charbonneau a ajouté : « Les petites bibittes ne mangent pas les grosses. » 2009, I. Desjardins, Le journal d’Aurélie Laflamme, t. 6, p. 254.

B

(Par ext., en parlant d’un être paraissant appartenir à un monde inconnu). 

1

Créature imaginaire étrange, effrayante, inconnue ou monstrueuse. 

Un film d’horreur rempli de bibittes. Une bibitte effrayante, gluante.

L’autre soir, à Saint-Laurent, un jeune garçon était rentré chez son père, à la tombée de la nuit, la pâleur au visage et les cheveux droits sur la tête. Il pouvait à peine respirer. Dans son épouvante, il ne réussissait qu’à articuler à demi ces syllabes terrifiantes : – Un loup-garou! un loup-garou! [/] On conçoit l’effroi de la famille. On assemble les voisins. […] Et l’on se met en chasse. […] – Eh ben, attention! Répétez après moi; et prenez garde de vous tromper : – Biribi Biribo! […] Labibi Tabibo! – La bibite… à qui? – Bande de bêtes, si vous voulez pas être sérieux, moi je m’en vas! 1883, Le Temps, Montréal, 11 août, p. [2].

Pis imaginez-vous que pour garder ça [les tombeaux des rois égyptiens], les anciens, qu’étaient pas bêtes, ont mis à côté, une manière de rhinocéros avec une tête de femme, c’est une sorte de bibite, du temps du père Adam, y en a plus comme ça aujourd’hui. Vous comprenez qu’à force de rester plantée au soleil, à « watcher » les Pyramides, la pauvre bête a fini par sécher et s’est endurcie, ce qui fait qu’aujourd’hui elle est en pierre, y a pas de danger qu’elle morde, comme de raison. 1905, La Presse, Montréal, 11 novembre, p. 4 (chron. humor.). 

On savait que les animaux à fourrure existent. Ce que l’on ne connaissait pas, ce sont les poissons à fourrure. C’est du nouveau. […] L’année dernière, au printemps, on pouvait voir dans la vitrine d’un commerçant d’autos à Newport une truite à fourrure d’assez respectable dimension. […] Tout de même, ceux qui regardaient ce phénomène à travers la vitre ne cessaient de se demander à quelle espèce cette « bibitte » pouvait bien appartenir. Ce ne pouvait être un poisson puisqu’il avait de la fourrure. Et ce ne pouvait pas être du gibier, puisqu’on l’avait pris dans l’eau. Décidément, l’animal venait semer le désordre dans la création. 1946, La Tribune, Sherbrooke, 9 mai, p. 6.

Tout d’un coup, quand ça vient vers dix heures, ce qui ressoud là […], un petit poilu. C’était des petits hommes pas hauts, ça, barbus. […] Crégué, il dit, quoi c’est que ces petites bibittes-là, il dit? 1953, Saint-Raphaël (Bellechasse), AFEUL, L. Lacoursière 166 (âge de l’informateur/informatrice : n.d.).

– Q.: Mais, d’après vous, ce monstre-là i serait-tu, là, malin, là? […] – R. : Ah, pas du tout, pas du tout! […] Y en a qui ont prétendu, ah, que les gens étaient en émoi et puis que personne osait aller sur le lac. Pas du tout, pas du tout! […] Ça m’a pas empêché d’aller sur le lac, pis j’ai pas eu peur […] de la bebite. 1974, Saint-Éleuthère (Kamouraska), AFEUL, A. Casgrain-Blackburn 1 (âge de l’informateur/informatrice : n.d.).

Il est bâti comme une porte de grange […]. Il se divise en quatre pour trouver à s’asseoir sur sa chaise, mais il est tellement doux qu’il a plein d’enfants dans les jambes et on dirait qu’il fait attention pour ne pas les toucher car il pourrait les briser d’une pichenette. Nous ne nous connaissons pas et pourtant nous nous connaissons mieux que quiconque. Car, au hasard de mes excursions dans la montagne, sur les battures ou sur le cap, il m’arrive d’entendre une grosse bibitte bardasser parmi les arbres ou les fardoches. […] J’avance jusqu’à la prochaine cachette et je vois un géant sortir de la sienne. C’est Monsieur Dida. 1980, J. O’Neil, Cap aux Oies, p. 123-124.

Cette scène avec la pieuvre [géante], je l’avais vue des dizaines de fois […]… On interviewait le metteur en scène, les acteurs […], les concepteurs de la bibitte nous expliquaient comment elle fonctionnait et ceux qui l’avaient habillée nous montraient à quel point les tentacules et les ventouses étaient dégoûtants. 1990, M. Tremblay, Les vues animées, p. 104.

Ce mollusque [la moule zébrée] est aussi envahissant que rapide à se multiplier. Il s’accroche à la tuyauterie de la centrale [hydroélectrique de Beauharnois] avec la même énergie que la « bibitte » s’agrippe au vaisseau spatial dans le film Alien! 1992, A. Duchesne, La Presse, Montréal, 25 juillet, p. G18.

Assis sur une souche, je jonglais à ça, tranquillement. Toujours est-il que, à un moment donné, j’arrive pour cracher. […] Là où je visais : j’aperçois une bibite volante. Haute de même. Ça me dévisageait, cette affaire-là, les poings sur les hanches. C’était une fée. 2001, F. Pellerin, Dans mon village, il y a belle Lurette…, p. 98.

Quand j’tais p’tit, j’dessinais comme un malade. J’avais la boîte de quarante-huit Prismacolor. […] Je dessinais toutes sortes de bebites estropiées. Avec jusse un oeil, pas d’antennes, les ailes fuckées ou ben les pattes arrachées. Y en avait une qui faisait peur à ma mère plus que les autres. […] Un monstre avec des dents pointues – la gueule ouverte avec des pattes de femme qui gigotent dans le fond du gargoton, comme dans les comics. Capoté, han? 2010, M. Laberge, Revenir de loin, p. 93-94.

– Aline : Des fées, des fées, tu dis? Conte ça aux pompiers, ils vont t’arroser. – Pierrette : Parce que toi, t’as vu autre chose que des fées?  – Aline : Oui, madame! Une bébite bien plus épeurante [un farfadet] que des fées! Mais moi, que je te dise n’importe quoi, ça n’a aucune importance. Alors, madame la connaisseuse, je ferme ma grand trappe et je garde tout ça pour moi toute seule. 2013, R. Vaillancourt-Lauzière, Récits extraordinaires de l’Île d’Orléans, p. 12.

2

Péjor., vieilliPersonne indésirable, méprisable, peu recommandable; (en particulier) politicien sans scrupule. 

Méchante, vilaine, moyenne bibitte. 

Rem.Emploi attesté notamment dans Dionne (« c’est une vilaine bibite que ce garçon ») et dans le GPFC (« individu remuant, roué, plus ou moins honnête, dont il convient de se défier »). 

 Cour.Individu étrange, drôle, marginal, excentrique, qui attire l’attention (par son apparence ou son comportement) et qui intrigue en raison de sa singularité. 

Être une drôle de bibitte. 

La bibitte humaine : l’être humain, considéré dans son étrangeté, son animalité. (Avec valeur affectueuse ou gentiment moqueuse).

Une belle bibitte, une bibitte rare. Ma petite bibitte!

Il ne s’est trouvé qu’un petit Rochon, avocat épaté de Hull, qui ait osé venir essayer de faire la réplique [à un député]. Il a débuté par un mensonge flagrant […]. M. Duhamel lui a dit, qu’il n’avait qu’à voir les votes de la chambre et que son nom est enregistré en faveur du bill. Ça n’a pas empêcher [sic] la petite bibite libérale de continuer encore quelques minutes ses petites gesticulations en l’air. Il a dû se désister car il était évident que M. Duhamel avait convaincu l’assemblée que la politique du gouvernement a été dans l’intérêt du comté d’Ottawa […]. 1878, Le Canadien, Québec, 3 avril, p. [2].

Il est ben vrai que ce n’est pas aisé de s’entendre avec Belleau. Je ne voudrais pas dire du mal de lui, vous le connaissez, il est si fielleux[,] mais ne répétez [pas] ça. Et il y a ce Joe Roy qui pardonne difficilement à Belleau, allez! c’est un dur à cuire. Puis Mercier du Quotidien, ça c’est une Bibite. J’vous dis, que j’en ai de la misère à accorder tout ce monde, là, allez! 1885, Le Pedigree d’un veau, p. 5.

[…] quant aux médiums, j’ai jamais rencontré de ces bibites-là dans ma cuisine. – Un médium, c’est comme qui dirait un particulier qui s’endort et parle aux esprits pendant son sommeil. 1920, La Presse, Montréal, 7 février, p. 8 (chron. humor.).

V’la ti pas qu’on voit arriver à nous autres une gang de gas [= gars] habillés drôlement, ça parlait rianque [rien qu’] anglais. J’acoste un homme là, pis j’y d’mande qu’est-ce que c’était que ces bibites là. Y m’dit qu’c’était des matelots. 1928, L’Éclaireur, Beauceville, 19 avril, p. 8.

Lorsque le taxi repartit quelques secondes plus tard, Thérèse entendit Mercedes parler à Édouard. « Ça va être une belle fille vrai, ta nièce! » […] « Oui, ça va être une belle fille. Mais m’est avis que ça va être une moyenne bebitte, aussi! » 1978, M. Tremblay, La grosse femme d’à côté est enceinte, p. 312.

Là, i’ se retourne, pis i’ crie : « Aie, Judy, viens icitte, m’a te présenter une de mes grandes grandes chums de Montréal! »  J’te vois arriver une grande bibitte toutte emballée dans des tissus indiens, les cheveux électriques, l’air complètement way out. J’comprenais pus rien. 1981, L. Roy et L. Saia, Bachelor, p. 64.

« Je suis une bibite, alors les gens savent que je ne les jugerai pas », m’expliquait Lady la semaine dernière, alors qu’elle venait de ressortir son attirail de printemps. […] Cheveux noirs en cascades avec des couettes du même bleu que ses lèvres, voix métallique, Lady Réalité, en effet, détonne. Qui est-elle vraiment? Sa vraie identité est un mystère, ce qui attire et inquiète à la fois. « Tu es vraiment weird », lui lance pendant une entrevue un spécialiste des ovnis. D’ailleurs, il estime que si Lady se retrouvait par hasard face à un extra-terrestre, elle entrerait facilement en communication avec lui. 1996, Le Soleil, Québec, 29 avril, p. [C1]. 

On rejetait en bloc l’inacceptable, et c’était un gros bloc. Pour ma part, j’ai écrit de la poésie et j’ai essayé de me pendre. Dédé a fait une dépression nerveuse, du cinéma et de la musique. Nous étions des bibittes, des ratés, des marginaux, des laissés-pour-compte, des irréalistes. Des rêveurs déployant les tactiques du rêve pour faire face à la réalité. 2001, J. Barbe, Autour de Dédé Fortin, p. 38. 

J’en ai eu deux, enfants, et j’ai pas trouvé ça facile. Ça te change une vie, ces petites bébites-là. Le pire, je pense, c’est l’inquiétude qui vient au monde en même temps qu’eux. 2011, P. Bertrand et M. Thibault, Drôles de bêtes, p. 133.

[…] ce qui rend le théâtre documentaire d’Annabel si extraordinaire, c’est sa capacité d’équilibrer le discours. Elle a été élevée en anglais par un père membre du parti Conservateur, elle a étudié aux States, c’est une bibitte vraiment particulière dans le milieu du théâtre québécois, et c’est exactement ça qui fait la force de ses projets. 2017, C. Beaulieu, J’aime Hydro, p. 48.

On était différents. Pierre-Yves était plus du genre intellectuel. Il était vif d’esprit, intelligent, érudit et crissement drôle. […] Mais on ne se ressemblait pas du tout. Quand je l’ai vu, je me suis dit : « Voyons donc! C’est bien drôle ce qu’il fait, lui. » Et lui s’est dit, en me voyant : « C’est quoi, cette bibitte-là? » On s’est mis à se parler et on éprouvait l’un pour l’autre beaucoup d’admiration. 2017, P. Cayouette, Claude Legault : improvisations libres, p. 72.

 Bibitte de, à (suivi d’un nom) : passionné(e) de, spécialiste de (qqch.); accro à (qqch.).

Bibitte de studio, de politique. Bibitte à livres

 (En particulier). Bibitte de scène : bête de scène.

On dit souvent que la valeur d’une personne ne se calcule pas au nombre des années. […] il me semble bon de présenter une jeune comédienne qui a en elle tous les atouts de « la bibitte de scène » (dixit Michel Tremblay), du monstre sacré. 1971, N. Messier, Le Petit Journal (supplément), Montréal, 17 janvier, p. 3. 

Robert Charlebois est une bibitte de scène. […] Robert Charlebois, il faut l’entendre et le voir sur une scène pour l’apprécier à sa juste valeur. 1971, L. Tassé, La Patrie, Montréal, 14 février, p. 46.

« Les gens m’ont toujours vu comme une “bébitte de studio”, passant des heures et des heures à pitonner et à fignoler mon son, je me suis dit qu’il serait peut-être intéressant de pousser cette démarche-là au-delà du studio, sur scène. » 1980, Le Devoir, Montréal, 19 février, p. 18.

Mme La Fleur était à la porte. […] Elle m’appelait sa « bibite à pain ». […] J’avais l’habitude de me gorger de pain lors des repas. 2016, J.-M. Taillefer, Mes jeunes années, p. 12.

« Moi, je suis une bibitte de librairie. J’aime bouquiner et quand je voyage, c’est la première chose que je repère dans une nouvelle ville. En fait, je fais du tourisme livresque. » 2018, La Presse (site Web), Montréal, arts (littérature), 10 mai.

Carole […] avoue que lire ne faisait pas partie de ses activités préférées lorsqu’elle était jeune. Jusqu’à ce qu’elle découvre La fille laide d’Yves Thériault. « Depuis, je suis devenue une bibitte à livres. J’aime découvrir de nouveaux livres, de nouveaux auteurs. » 2020, La Voix de l’Est, Granby, 3 mars, p. 6.

« Je suis une bibitte de politique » [sous-titre]. L’épouse [du chef de parti politique] porte plusieurs chapeaux […], elle a déjà un horaire bien rempli. Pourtant, elle trouve du temps pour accompagner [ce chef], tant en région que lors des moments forts de la campagne, comme les débats des chefs. « Je suis là, je l’accompagne quand il arrive avant le point de presse […] », témoigne celle qui se considère aussi comme une « bibitte politique ». 2021, Société Radio-Canada, Ici Mauricie–Centre-du-Québec (site Web), 18 septembre.

Avec son épouse, [le maire] défile les épisodes de La servante écarlate, la série adaptée du roman de la Canadienne Margaret Atwood. « Nous les regardons en rafale, avec une bouteille de vin blanc et un sac de croustilles. Je suis une bibitte à chips! C’est notre façon de suivre cette série, notre péché mignon! » 2022, Les Versants du Mont-Bruno, Saint-Bruno-de-Montarville, 25 mai, p. 18.

La « bibitte à adrénaline » médaillée de bronze [titre]. […] « Je suis une bibitte à adrénaline », a-t-elle [une médaillée olympique] laissé tomber pour expliquer sa performance éclatante. « J’adore le stress. Du bon stress par contre. […] Quand on me met au pied du mur, comme là en finale, c’est souvent là que je sors les meilleures performances de toute ma vie. » 2024, La Presse (site Web), Montréal, sport (jeux olympiques), 2 août.

 (Au pluriel). Équipe sportive de niveau mineur (généralement de hockey ou, parfois, de baseball) composée de très jeunes joueurs; membre de cette équipe. 

Équipe, ligue de bibittes. (En apposition). Catégorie, section bibittes.

Dans le domaine des sports, M. Théroux précise que Saint-Léonard comptera, cet hiver, au-delà de 53 équipes de hockey. Il y aura même une équipe de « bébittes » pour les 5 et 6 ans. 1966, La Presse, Montréal, 31 octobre, p. 34.

On lance les Bibites [titre]. […] L’Association du hockey mineur de Saint-Jean et Iberville lance officiellement sa campagne d’inscription pour tous les bambins de 3 à 5 ans qui sont intéressés à joindre cette nouvelle ligue. 1967, Le Canada français, Saint-Jean-d’Iberville, 23 novembre, p. 44.

Comme toute bonne chose a une fin, voilà que la saison de balle s’est terminée cette semaine, pour tous nos petits amis sportifs. […] Un merci spécial aux dames qui se sont occupées de nos Bébittes tous les samedis. Même pendant les chaleurs torrides, elles étaient là. Malgré le peu de temps que nous avions pour organiser ces équipes de balle, les résultats sont très encourageants. 1975, La Revue de Terrebonne, 2e cahier, 17 septembre, p. B16.

Tous les sports de glace se pratiquent à l’aréna Camilien-Houde. Hockey  Bébittes[.] Date de naissance 2011 à 2012[.] […] 150 $[.] 2015, Bulletin de l’arrondissement de Ville-Marie, vol. 6, n3, p. 19.

 Vieilliou région. Bibitte du diable n. f. Personne pleine d’entrain.

Mon père est mort quelques jours après mon retour de Toronto. […] Très souvent, pendant mon deuil, j’avais des chutes de tonus. Des exhalations de neurasthénie. Je n’avais jamais été une « bébitte du diable », disait mon père. Je ne crépitais pas. Je vivais dans mes souvenirs. Dans l’enfance. Comme un homme qui a plus de jours derrière lui que devant. 1985, F. Ouellette, Lucie ou un midi en novembre, p. 183.

C

(Par anal. ou par métaph., en parlant d’une chose). 

1

(Choses concrètes). Objet, appareil, dispositif ou (plus particulièrement) véhicule présentant une forme innovante ou déroutante, ou un mécanisme complexe qui intriguent, fascinent, attirent l’attention.

Et alors elle mit l’enfant sur mes genoux, en disant de sa voix douce, de ne rien craindre, que j’étais bon comme le grand cousin, puis, sans s’occuper davantage de nous deux, elle alla à ses fonctions bienfaisantes. Pour moi, il s’agissait d’amuser Ptit Jean, à qui, dans cette intention, je prêtai ma pipe et tout ce que j’avais de propre à plaire[.] Le tic tac de ma montre excita la curiosité du bambin… La bibite jasait bien fort, à en faire battre un cœur d’enfant. 1892, Le Monde illustré, Montréal, 23 avril, p. 825.

La poussière ne vit pas longtemps avec une telle bibite! C’est merveille de voir nos jeunes joliettains, de 10 à 90 ans, suivre avec un enthousiasme admiratif le nouveau camion-arroseur qui roule avec quelques pétarades du moteur comme divertissement et dérivatif… 1930, L’Étoile du Nord, Joliette, 12 juin, p. [1].

Le premier Remington [modèle de machine à écrire] produit en 1873 a l’air d’une drôle de « bibite » à côté des machines à écrire moderne. 1957, Photo-Journal, Montréal, 2‑8 juin, p. 25 (légende de photo).

Des bibittes dispendieuses [titre]. La Faculté de médecine de l’Université de Montréal a reçu une subvention de $41,300 du Conseil des recherches médicales du Canada, pour l’achat d’un microscope électronique. 1965, Montréal-Matin, 14 août, p. 21. 

Un Club de ski-doo est en train de se former au sein de notre Club. Déjà, les Lions L. Lauzon, Gerry Butt, Raymond Rousse, André Robert et Roma Poirier sont propriétaires d’une de ces bébites à neige. 1967, La Gazette Valleyfield-Beauharnois, Huntingdon, 23 novembre, p. 21.

Le grand cirque va bon train, à côté d’un machin dit bombe atomique. Quand cette bibite se fera écrapoutiller par un gros doigt militarisé, elle nous garochera. 1973, Fr. Marcel, 42 ans de service, p. 11.

– J’ai compris! s’écrie un fermier. I’ demande des trucks pis des bulldozers. – J’aime pas ben ben voir ces bebites-là su’ ma terre. 1975, R. Carrier, Le Jardin des délices, p. 162-163.

« C’est [un] câble [de 230 000 volts] qui s’est détaché d’un pylône […]. C’est assez exceptionnel. Mais ce n’est absolument pas l’œuvre d’un vandale ou d’un saboteur. C’était à l’intérieur d’un poste et quiconque voudrait s’approcher de ces “bibittes-là” se ferait griller instantanément. » 1980, Le Soleil, Québec, 21 février, p. A2. 

Une bibitte intersidérale vient d’atterrir dans mon vieil appartement victorien. Posée sur ses cinq pattes à roulettes au milieu de ma pièce de travail, elle a quelque chose d’un coléoptère, dénudé de sa carapace et laissant à vue les secrets mécanismes de ses plus intimes articulations. Cette mutante est une chaise, m’a-t-on assuré en me la prêtant pour une semaine. 1995, S. Gironnay, Le Devoir, Montréal, 26-27 août, p. C29. 

C’était une grosse voiture blanche de marque Buick […]. Les gens se pressaient autour de l’engin, s’exclamaient : – C’est toute une bebitte ça, monsieur! [/] Jeffrey […] arrêtait volontiers son bolide pour causer avec les passants. Très conscient de son prestige, il se montrait toujours disposé à faire visiter l’intérieur du véhicule, commenter le mécanisme de traction, montrer le mouvement du volant ou le jeu de la manivelle […]. Le clou de sa démonstration survenait lorsqu’il ouvrait le capot pour livrer un aperçu du moteur. L’effet, allant de la frayeur à l’émerveillement, était garanti. 2002, G. Bouchard, Mistouk, p. 46.

On sait bien peu de choses sur cette bibitte à pneus « picotés » dévoilée au Salon de l’auto de Détroit, sinon qu’elle possède une clé dite intelligente de 100 gigaoctets qui active l’ordinateur de bord et modifie les paramètres de l’habitacle. 2004, D. Duquet, G. Gélinas et B. Godin, Le guide de l’auto 2005, p. 60.

Sache que dans notre temps on était de durs travailleurs, on n’avait pas ces bibittes électroniques [téléphones cellulaires] collés [sic] à nos doigts, on se parlait face à face et on réglait nos affaires de la même manière. 2014, C. Giguère, Un été en Saskatchewan, p. 86-87.

2

(Dans le domaine de l’abstrait). Mot qui n’évoque rien de précis au premier abord, qui est vide de sens; notion obscure, concept peu connu. 

Qu’est-ce que ça mange en hiver, cette bibitte-là?

Il faut savoir qu’à Québec M. François Langelier se fait appeler juge-en-chef gros comme le bras. […] Or, le juge-en-chef de cette Cour est le juge Tait. Donc, M. Langelier n’étant pas juge-en-chef, tombe dans la catégorie des juges puinés, et comme tel, dans l’ordre des préséances, il passe après les sénateurs. C’est bien clair, n’est-ce pas? et il n’y a guère à comprendre l’audace de ce monsieur qui, malgré tout, s’acharne à garder une place qui ne lui appartient à aucun titre… Mais il se prétend « juge-en-chef-suppléant »! La loi ne reconnaît nullement une « bibitte » de ce genre. D’après la loi, « le juge-en-chef-suppléant » n’existe pas. 1909, Le Nationaliste, Montréal, 21 novembre, p. [2].

– Joson :  Dans l’ancien temps, vois-tu, quand il y avait des sultans, c’était la mode d’avoir des harems. – Josette : Quelle sorte de bibites que c’est ça? 1937, A. Bourgeois, Voyage autour du monde de Joson et Josette, 18 avril, p. 2 (radio).

Vous avez sans doute entendu parler du socialisme, du communisme, du fascisme et du nazisme? Mais pourriez-vous définir exactement ce que c’est que ces genres de bibittes en isme? 1941, L’Étoile du Nord, Joliette, 20 novembre, p. [1].

« […] Je voudrais travailler dans le bois, l’hiver qui vient, parce que ma mère est veuve et ben malade. Avez-vous une place de jigidi pour moi? […] » Berlouin répète : « jigidi, jigidi ». « Il faudra encore, pour cette bibite-là, recourir à la science de papa Dorval ». Il le rejoint et lui demande : – Papa Dorval, voulez-vous me dire ce que c’est, un jigidi? 1942, A. Nantel, La terre du huitième, p. 68.

– Brie : Vous admettez et comprenez le « struggle for life ». – Quoi c’est que ça mange en hiver, votre bibitte! – Brie : C’est un mot anglais qui veut dire : la lutte pour la vie!  – Tobie : Pourquoi pas l’dire en français quand vous êtes capable! 1950, A. Brie, Le père Tobie, 12 octobre, p. 4 (radio).

On dit souvent d’une personne qu’elle a – ou qu’elle n’a pas – le sens social. Comme dirait mon confrère Jos Lesage, « le sens social, qu’est-ce que c’est cette bibite-là? » 1960, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 29 janvier, p. 6.

J’ai reçu à la porte un journal […] qui donnait le programme du Carnaval : c’est gentil, merci. Je l’ai parcouru de la première page à la dernière. À la suite des réflexions que cette lecture m’a inspirées, je trouve bon de poser certaines questions publiquement : […] Pourquoi les titres étranges de Artic-Cat, Molstar, Clam Bake, Brunch, Bonspiel, trippes, stockcars? Qu’est-ce que ça mange en hiver ces bibites-là? Est-ce qu’on pourrait pas trouver des mots équivalents français? 1980, Le Soleil, Québec, 6 février, p. A8.

– Serge : Vous vous étiez desséché… […] Vous aviez abandonné vos idéaux, vos projets. – Étienne : Qu’est-ce que ça mange en hiver, ces bibittes-là? 1989, J. Barbeau, L’abominable homme des sables, p. 68-69.

La difficulté avec ce type de rachat [d’années de service] est qu’il génère soit un facteur d’équivalence (FE) pour chacune des années visées ou un facteur d’équivalence pour services passés (FESP) pour la totalité des années visées par votre rachat. Ces « bébites fiscales », si l’on peut dire, viennent affecter le montant maximum des cotisations REER que vous pouvez verser. 2003, La Presse, Montréal, 8 février, p. 10 (cahier Affaires).

– Monsieur Nantel nous oblige à les réciter [les leçons du catéchisme]. S’il manque un mot dans la réponse ou si on la sait pas, on est obligés de copier le numéro dix fois. « Qu’est-ce que la transsubstantiation ? » avait-il lu dans son catéchisme. Voulez-vous ben me dire que ça mange en hiver, cette bibitte-là? avait-il ajouté sur un ton dégoûté. 2008, M. David, Chère Laurette, p. 162.

 RareŒuvre artistique étrange, profondément originale, qui est difficile à comprendre ou à suivre en raison de sa complexité ou de sa structure alambiquée.

« D’amour, P.Q. » [roman de Jacques Godbout] est une étrange bibitte, qu’on ne reconnaît pas du premier coup d’oeil […]. Plusieurs lectures de ce roman sont sans doute possibles et chacun privilégiera ce qui lui tient le plus à cœur. 1972, R. Martel, La Presse, Montréal, 2 septembre, p. C3. 

Vous pouvez vous imaginer que ça a donné un film très spécial. Il fallait connaître un peu Gauvreau, ses recherches sur l’écriture exploréenne. René Boissay, réalisateur de la célèbre émission Les Beaux Dimanches à Radio-Canada, a pris la décision de diffuser le film à 20 heures dans son émission. Je lui ai demandé de faire présenter le film […] pour expliquer au public c’est quoi, cette bibitte-là. 2009, J.-Cl. Labrecque, Souvenirs d’un cinéaste libre, p. 60.

3

Ensemble organisé (système, organisme, commission, etc.) reposant sur une structure complexe et des ramifications perçues comme monstrueuses; organisation de taille imposante dont le fonctionnement est difficile à comprendre, dont on met en doute l’efficacité et l’utilité.

Bibitte administrative, gouvernementale.

Vous avez sans doute remarqué que la Coopérative Fédérée est une grosse bibite qui n’aime pas à être étrillée. Pourtant, si son tempérament le permettait, elle y gagnerait sans doute en utilité. Et cela ferait plaisir aux cultivateurs soigneux (de leurs intérêts). […] la coopérative ne sera utile et bienfaisante que le jour où le cultivateur sera convaincu que son intérêt est de faire affaire avec ce que l’on appelle sa société. Le point c’est d’inspirer confiance. 1926, Le Bulletin des agriculteurs, Montréal, 16 décembre, p. 2.

Le F.L.Q. est une bibite qui a la vie dure. Elle grossit à une vitesse ahurissante. Cette bibite est à la fois le diagnostic des maux de la société québécoise et son meilleur médicament. 1969, Le Quartier latin, Montréal, 18 mars, p. 13.

Le Conseil des Affaires sociales et de la famille – une autre « bibitte » créée pour l’étude et la consultation – s’appliquera au cours des prochains mois à tracer le profil de la famille québécoise. 1974, N. Beaulieu, À propos, Québec, 21 janvier, p. 4.

Une bien grosse bibitte [titre]. Le Système! Si on veut s’imaginer concrètement ce que ça signifie, le système, on n’a qu’à penser à une cour de récréation où les enfants s’écraseraient les uns contre les autres, chacun voulant accumuler le plus grand nombre de billes possible. 1978, Châtelaine, Montréal, août, p. 75. 

[…] peut-on vraiment comparer la SAQ [Société des alcools du Québec] et des chaines de supermarchés? demande un cadre supérieur d’une chaîne […]. « C’est pas des bibittes pareilles, dit-il. Nous, on dépense beaucoup d’énergie pour le marketing, la publicité, les programmes spéciaux par région. On est dans un milieu concurrentiel. Pas la SAQ. » 1990, La Presse, Montréal, 2 février, p. B11.

« Si on continue à nourrir la bébitte (les commissions scolaires), les déficits vont continuer à augmenter. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de services dans les écoles» a-t-il [un maire-commissaire] conclu. 1994, Le Soleil, Québec, 1er février, p. B2. 

Les « Montréaliens », selon l’expression inventée il y a trois ans par les auteurs du rapport Pichette sur l’avenir de Montréal, pour décrire les 3 millions d’habitants de cette ville-région, pourront donc admirer, dès le printemps prochain, une drôle de bibitte administrative […] qui rassemblera élus et représentants d’organismes socio-économiques. Comme le consensus a un prix, ce nouveau monstre, accouché d’un sommet régional rassemblant plus de 700 personnes, s’inscrira dans la politique bien connue de la sédimentation des couches décisionnelles. 1996, R. Giroux, Le Soleil, Québec, 12 novembre, p. B6. 

Vous vous demandiez où j’étais passé? […] Je brasse ma paperasse pour les déclarations d’impôts. Additionne ici, soustrait là, tu mets tes cennes une par une dans la bébitte administrative qui emmagasine l’argent dans plusieurs estomacs. 2000, L. Larochelle, La Tribune, Sherbrooke, 23 mars, p. C6. 

– Comme il s’agit d’un crime politique, c’est l’Équipe intégrée de la sécurité nationale qui sera responsable du dossier, répondit Carl. – Jamais entendu parler de cette équipe. Pas une autre bibitte des fonctionnaires! soupira Judith. [/] Métivier s’éclaircit la voix avant d’assommer sa troupe d’explications administratives. – L’EISN est une équipe spéciale que la GRC a créée pour faire travailler ensemble certaines ressources fédérales, provinciales et municipales. 2015, M. Martineau, L’Activiste, p. 103.

D

Expression. Région., vieilli(Avoir la) bibitte (aux doigts, aux orteils, etc.) : (éprouver une) sensation de picotement ou d’engourdissement souvent douloureuse aux extrémités du corps, notamment après une exposition au froid.

Puis, maintenant que voilà les temps froids, vous avez l’avantage d’attraper la bibite aux doigts et aux pieds, et de grelotter en grand. 1893, Le Monde, Montréal, 4 décembre, p. [4].

[…] et nous les enfants[,] après avoir pris librement nos ébats dans la neige, on s’empressait de se déchausser afin de se fourrer dans la petite porte à coulisse du poêle, le bout des pieds endoloris. Mais au contact de cette chaleur bienfaisante, les effets de l’onglée que l’on appelait alors populairement « la bibite aux doigts » ne tardaient pas à se faire sentir. Sous l’étreinte de cette douleur persistante[,] on grimaçait hideusement et une grosse envie de brailler nous voyageait du cœur aux lèvres […]. 1920, Le Soleil, Québec, 19 avril, p. 5.

–  Par tous les diables de l’enfer! Viens nous ouvrir, bonne Vrille, si tu ne veux pas nous voir geler tout vifs! […] Voyons, ma vieille Vrille, […] ne fais donc pas le sourd-muet pour une histoire de nous jouer une farce! On a déjà la bibite aux doigts! Ouvre, mon vieux, qu’on se chauffe un peu! 1924, J. Feron, L’Aveugle de Saint-Eustache, p. 58.

Montréal, notre grande métropole, a connu les engelures, les nez rougis, la « bibitte » aux doigts de ces demoiselles qui, les mains abritées sous de minces gants de peau et les jambes enveloppées de nylon, semblaient se rire de la bise nordique alors que les annonceurs à la radio clamaient : « Au centre de la ville, il fait 20 degrés sous zéro ». Et le petit camelot, en frappant des pieds, criait : « C’est fret, hein, monsieur, aujourd’hui? » 1948, L’Avenir du Nord, Saint-Jérôme, 6 février, p. 3. 

Les orteils et les doigts dégèlent dans des douleurs lancinantes. Moïse appuie ses pieds endoloris sur la chaleur bienfaisante du calorifère où fument les mitaines. « Hou, là! Hou, là, là! gémit-il de sa voix chantante. » Ma grand-mère appelle ça avoir la « bibitte » aux pieds, lui confie Yves en essuyant soigneusement ses lames de patin sur son chandail vert pâle. 1974, S. Martel, Pi-Oui, p. 79.

Les grosses gelées blanches d’octobre givrent la campagne de St-Jean des Bois. Les habitants achèvent d’encaver leur provision de légumes pour l’hiver. […] Les jeunes filles soufflent sur leurs doigts rougis par le froid pour les réchauffer. […] Wilfrid arrive en frappant des mains : – J’ai la bébite aux doigts! C’est loin d’être chaud! 1985, A. Dessureault-Descôteaux, Entre chien et loup, p. 158.

[…] les gros frèts s’en venaient, quand ce n’étaient pas des frèts noèrs, plutôt rares en décembre mais qui pourraient tenir des dix ou quinze jours en janvier et février. C’est alors qu’on rentrait de la patinoire avec un début d’engelure identifiée comme la bibitte aux orteils ou aux doigts. 1999, J. O’Neil, Hivers, p. 35.

Le suroît mordant s’infiltre dans toutes les coutures de mon habit de neige. Une petite poudrerie basse, pareille à une bande d’oies en manœuvre d’atterrissage, flotte sur la batture. Le soleil décline et le mercure aussi. La « bébitte » aux doigts, la goutte au nez, les orteils frigorifiés jusqu’au nombril, je patiente. 2013, R. Vaillancourt-Lauzière, Récits extraordinaires de l’Île d’Orléans, p. 82.

 Rare(Au plur.). Sensation de picotement causée par le froid. 

La boucane nous sort de la bouche en dansant. […] Les lames des patins coulent sur la neige dure. […] De temps en temps, pour m’enlever les bebites, j’abandonne ma position et cours à pleines jambes derrière le traîneau. 1975, J.-P. Filion, Saint-André Avellin… le premier côté du monde, p. 135.

– M’man, est-ce qu’il est à la veille d’arriver, le père Noël? demanda la fillette de huit ans. J’ai les pieds gelés. […] – Moi, j’ai des bibittes aux doigts, se plaignit Jean-Louis. –  Aimez-vous mieux qu’on s’en retourne sans avoir vu le père Noël? […] Bouge tes doigts dans tes mitaines pour les réchauffer. 2008, M. David, Chère Laurette, p. 376.

II

(Fig. et fam., généralement au pluriel). 

1

Problème. 

Des petites bibittes, des bibittes noires. Voir des bibittes partout. Chercher, trouver des bibittes (à qqn, à qqch.) ou chercher, trouver la (petite) bibitte (noire), la moindre faille ou anomalie, le plus petit détail qui cloche pour critiquer, prendre en défaut. Des chercheurs de bibittes.

Rem.En français québécois, on dit également chercher des poux dans la langue familière.

M. Bouchard, en réponse à M. Augustin, insinue qu’il a été victime d’insinuations fausses; se sentant accusé, il a le droit de se défendre. […] Pour le maire, l’enquête n’est qu’un moyen de trouver des « bébites noires », pour faire de l’espionnage. 1922, La Tribune, Saint-Hyacinthe, 7 avril, p. 8.

Au commencement de l’après-midi, le premier ministre a soumis à la Chambre le budget supplémentaire des dépenses de la province de Québec, immédiatement requises pour subvenir aux diverses charges et dépenses du gouvernement et du service public pendant la présente session. Ce budget se chiffre à $ 420,838.25. Il a longtemps été épluché par la gauche, qui a semblé y voir toutes sortes de bibites. 1931, Le Soleil, Québec, 13 mars, p. 19. 

Nos chercheurs de « bibittes » [titre]. Le « Journal » revient encore, dans son dernier numéro, sur les misères du peuple et il en tient naturellement le gouvernement provincial responsable. C’est sa marotte et il ne la lâche pas facilement. 1933, L’Éclaireur, Beauceville, 5 janvier, p. [1].

« […] ce projet de loi n’enlève aucun privilège aux ouvriers, dit [un ministre]. Il ne contient rien qui soit contre les organisations ouvrières. […] Le bill reconnaît la garantie que la décision de l’arbitrage sera exécutée, que le salaire sera ajusté à l’indice du coût de la vie et garantit la rétroactivité de la décision. Il ne faut pas, ajoute le ministre, chercher de bibites”, et prévoir des choses qui n’arriveront jamais. » 1949, Le Devoir, Montréal, 24 février, p. 10. 

– Critique : Je vois que vous êtes venu me rendre visite dans le but de m’accabler. – Auteur : Mais non, vous interprétez mal les choses, vous êtes toujours à l’affût d’une petite bête noire. Comme un chasseur de bibites. Détendez-vous, vous me paraissez crispé, détendez-vous, vous êtes chez-vous après tout! 1970, M. Dubé, Le coup de l’étrier et Avant de t’en aller, p. 119.

Quand j’ai eu le livre de [Yves] Beauchemin dans les mains, j’y ai cherché la bibite. Il sera distribué dans les Europes par la maison Hachette, d’où le lexique à la fin pour les Français étrangers. 1975, J. Ferron, Escarmouches : la longue passe, t. 2, p. 218‑219. 

Dans un brainstorming, les nouvelles idées lancées par enchaînement à l’idée précédente créent un renforcement positif chez les participants. Ceux-ci sont donc poussés à en émettre de nouvelles. C’est tout à l’opposé du mode traditionnel de discussion qui recourt à l’analyse et au jugement critique, où l’on cherche plutôt à trouver « la bibitte » dans l’idée de l’autre, à mettre le doigt sur les raisons qui pourraient la rendre irréalisable. 1990, Cl. Cossette, La créativité : une nouvelle façon d’entreprendre, p. 121.

« En forêt, y a rien de pire que d’avoir des bibites… avec son équipement! » […] Pour survivre, c’est simple. Il suffit de s’entourer d’équipements qui ne vous lâcheront pas en plein milieu du chemin. 1991, Sentier Chasse-Pêche, Montréal, novembre, p. 12 (publicité).

Le conducteur s’installe devant un volant au boudin épais qui se prend bien en main. La visibilité tout le tour, sans être exceptionnelle, est pas mal du tout, compte tenu du gabarit imposant [de ce véhicule sport]. Inutile de chercher des bibittes du côté de la qualité des matériaux, extraordinairement relevée. 2010, D. Duquet, G. Gélinas et M. Lachapelle, Le guide de l’auto 2011, p. 372.

– Écoute, Lily, je n’ai pas envie de m’obstiner avec toi. Je vois bien et que tu fermée et que ça dépasse ton niveau d’entendement. […] Depuis le début de la soirée, tu cherches les bébittes. Si je suis venue ce soir, ce n’est que pour célébrer et non pour me chicaner avec toi. 2012, L. Leroux, Boulot, Boulet, p. 63‑64.

Ce n’est pas le temps de chercher les bibittes, direz-vous, ça va assez mal comme ça [durant la COVID-19], on a plutôt besoin de se solidariser, d’être compatissants et de soutenir nos décideurs. Le gros bon sens voudrait que oui, mais il ne faut quand même pas faire exprès. 2020, D. Bouchard, Le Progrès, Saguenay–Lac-Saint-Jean, 14‑20 novembre, p. 21.

 (En particulier). Problème informatique, bogue. 

Mark I, le grand-père des ordinateurs actuels, […] fonctionnait mal. Quelqu’un localisa la source du bobo et retira de l’ordinateur le responsable des troubles : un papillon de nuit de deux pouces de long! À partir de ce moment, quand quelque chose fonctionnait mal dans un ordinateur, on disait qu’il y avait des bibittes (« bugs ») à l’intérieur. 1981, L’Écho de Louiseville/Berthier, 30 septembre, p. 24.

Pour les informaticiens, toute erreur ou défectuosité dans le système porte le nom de « bug » (bibitte en français). 1991, Le Lingot, Jonquière, 18 octobre, p. 11.

Nous reviendrons […] la semaine prochaine à la conclusion de notre série sur les « bébites » de tout type affligeant le merveilleux monde du cédérom… 1996, M. Bélair, Le Devoir, Montréal, 15 octobre, p. B4.

Aucune petite « bibitte » ne résiste à cet homme. On parle ici de « bibittes informatiques », communément appelés [sic] « bugs » […], c’est notre expert pour régler vos petits problèmes informatiques. 1999, Le Clairon régional de Saint-Hyacinthe, 18 septembre, p. 17 (annonce).

2

(Par ext., dans le domaine de l’intime). Ensemble des problèmes, des préoccupations d’ordre affectif et émotionnel (agressivité, angoisse, colère, frustrations, obsessions, idées fixes, blocages, peurs, etc.) qui agissent de façon plus ou moins consciente sur le comportement, les relations (d’une personne ou d’un groupe plus ou moins homogène de personnes). 

Bibittes existentielles, intimes, personnelles. Les bibittes des hommes, des femmes. Les bibittes des jeunes, des adultes. Chaque personne, chaque génération a ses bibittes. Être pogné dans ses bibittes. Être hanté, rongé par ses bibittes. Affronter, brasser, regarder, identifier ses bibittes. Se confronter à ses bibittes. Parler, se libérer de ses bibittes. Soigner, exorciser ses bibittes. Transmettre ses bibittes à ses enfants. Projeter ses bibittes sur les autres. 

Non, ce n’est pas un théâtre de revendications, de contestations, mais c’en est [un] d’un refus global, d’une remise en question […]. Et c’est pour cette raison que tous ceux qui ont peur, qui ont des bébites […] sont instamment priés de venir […] crier leur peur et leur hantise, pleurer ou rire, mais finalement se sortir de leurs « criss » de problèmes d’opprimés et retrouver leur identité. 1969, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 5 avril, p. 13.

Non seulement je vis seul mais je suis casanier de surcroît. Je ne sors presque plus. Désormais, ma solitude, je l’assume et je la savoure. Mon attitude est-elle maladive? Peut-être; mais c’est une question que je ne me pose même pas. C’est aussi cela, la solitude : apprendre à vivre froidement en compagnie de ses maladies et de ses bibites. 1976, P. Bourgault, Écrits polémiques, t. 2, 1996, p. 78 (extrait d’un texte d’abord paru en novembre 1976).

Lorsque je dis qu’il faut se pacifier intérieurement, j’entends par là que tous ceux qui désirent cesser de fumer pour toujours devraient ramener tout leur être à un état de paix. Ce qui implique au début une exploration de soi […]. Cette exploration vous aidera à vous mieux connaître et à mieux débusquer vos « bibites », petites et grosses! Vos « bibites », c’est en partie les raisons qui sont à l’origine d’un grand nombre de vos frustrations, et c’est parce qu’on a des frustrations qu’on cherche à compenser avec la cigarette ou autre chose. 1978, G. Lessonini, Fumer c’est idiot, p. 27.

Si le paranoïaque pouvait bannir de ses pensées, pendant une heure entière, le reste du monde, comme il respirerait librement! Mais le problème, justement, c’est de l’avoir toujours présent à l’esprit, comme une ombre, comme un nuage gris qui nous fait craindre à tout instant la pluie; le problème c’est d’avoir toujours peur que notre satané problème se mette à faire des siennes. Combien de gens entretiennent leurs « bibittes », combien de gens les nourrissent de leur propre sang. Se faire du mauvais sang, c’est nourrir ses bibittes1980, J. Lafontaine, Le droit d’être, p. 148.

– Jacqueline : Ah, moi, des petites bibittes, c’est pas ça qui manque! Quand une femme rejoint son quarante ans, les bébittes ’i sortent de partout. De sa peau, de sa ménaupose [sic] en vue, de son mari en statu quo. Des fois, on a même pas assez de force pour taper la tapette à mouches. Mais là j’exagère. – Stéphane : Non, non, t’exagères pas. Y a juste les morts qui n’ont pas de bibittes. 1981, Cl. Meunier et L. Saia, Appelez-moi Stéphane, p. 52.

« J’sais pas si viendra un moment où on pourra se parler sans que nos vieilles bebites remontent à la surface… – Non, j’pense pas. On s’est fait trop de bien pis on s’est fait trop mal pour couler dans l’indifférence amicale… – Mais chus content de m’apercevoir qu’on peut enfin se parler sans se crier par la tête… » 1986, M. Tremblay, Le cœur découvert, p. 158‑159.

Je me suis redressé dans le lit […], j’ai écrit une lettre à la fille […], je lui ai expliqué […] combien j’étais désolé de l’embêter avec mes bibittes quand je savais fort bien qu’elle déboulait sacrément elle-même. J’ai relu la lettre, je l’ai pliée, je l’ai rangée quelque part et je l’ai oubliée. 1990, C. Mistral, Vautour, p. 64.

J’ai fait un travail considérable dans le sens de la purification. Il faut dire que je suis parti de très loin de ce point de vue-là. Après la fermeture du Centre culturel en 1967, j’ai fait une psychothérapie de trois ans et je suis allé fouiller dans mes bibittes freudiennes; j’ai eu une enfance et une adolescence très difficiles… 1991. J. Languirand, Guide Ressources, Montréal, septembre, p. 20.

– Une journée de cul! explosa-t-il en guise de salutation. – Bien le bonjour à vous aussi, docteur Lemieux! – Écoeure pas, Laforest! Si tous les patients étaient juste la moitié moins chiâleux, braillards, angoissés et hystériques, on travaillerait tellement mieux! Je suis pas un psy, moi, et j’ai pas envie d’en devenir un non plus. Qu’ils ravalent donc leurs bibittes et qu’ils nous laissent travailler en paix! – As-tu pensé réparer des voitures au lieu des humains, Lemieux? 1999, D. Demers, Le Pari, p. 106.

À trois heures du matin, je me réveille, toujours dans le fauteuil, angoissé, la tête pleine de Manon. Mais contrairement aux nuits précédentes, je ne pleure pas. Même que je me rendors assez facilement. J’avais donc raison : le travail sera un excellent insecticide contre mes « bibittes ». 2003, P. Senécal, Le Passager, p. 16. 

L’angoisse me poignait à la gorge. Il fallait que je m’occupe, que je me donne l’impression d’exister. Après quelques nuits à me martyriser les méninges, j’avais dû me rendre à l’évidence : je n’avais plus d’idées, plus d’âme, plus rien à dire, plus assez d’énergie pour m’embourber à nouveau dans des projets trop vastes pour ma petite tête pleine de bibittes. J’étais bon pour la cour à scrap, ou une sérieuse mise au point. Je m’étais résolu à rencontrer un psy. 2008, L. Labbé, Dans l’ombre de Marc Lépine, p. 205.

Je ne dis pas qu’il faut entreprendre une psychanalyse ou une thérapie conjugale avant de penser à procréer. Mais réglez vos bibittes. Parce que vous n’avez vraiment pas envie de vous taper une crise existentielle avec trois heures de sommeil (non consécutives) dans le corps. 2014, G. Pettersen, Vie et mort du couple : du dating au divorce, p. 107.

 (Dans des expressions). VieilliAvoir des bibittes dans la tête (dans le cerveau, dans le plafond, dans le traîneau, etc.) : avoir l’esprit quelque peu dérangé. 

Rem.En contexte, de multiples variantes de ces expressions peuvent être observées (voir notamment l’ex. de 1920, s’appuyant sur le composé bibitte à patate).

Ma franche vérité, mon vieux, tu déparles. Il semblerait des fois que tu as une bébitte à pétaque sur ton plafond. 1920, La Patrie, Montréal, 17 avril, p. 15 (chron. humor.). 

Le Club de Réforme hante votre cerveau. […] Vous avez une « bibite » dans le cerveau! 1937, L’Événement, Québec, 27 avril, p. 8.

Un premier lundi du mois, le maire était pas au Conseil. Grande inquiétude […]. Il est t’ête [= peut-être] ben malade? Son sang a t’y tourné en eau de vaisselle? L’endormitoire l’a pas pris, toujours? I a tête [= il a peut-être] ben perdu un pain de sa fournée? Pas de bébites dans la tête, non plus? 1944, Le Bulletin des agriculteurs, Montréal, octobre, p. 6.

Des « bibittes » dans le traineau!!! [titre]. […] Comportement farfelu [aimer assister à des batailles], plaisir des psychiatres, mais qui laisse peser de graves doutes sur l’intelligence humaine, du moins dans cette partie si paisible de notre province… Une consolation, ce qui se passe dans la Beauce, se passe aussi ailleurs. Décidément les gens ont des « Bibittes » dans le Traineau et des grosses encore… 1970, L’Éclaireur-progrès, Saint-Georges-de-Beauce, 18 mars, p. 35.

Plusieurs doivent s’dire que j’ai des « Bebites dans l’plafond », mais qu’y viennent pas m’écœurer icite, parce que ça marchera pas avec moé! J’veux qu’on m’laisse la paix, maudit! Fermez-vous là, la grande gueule de chien sale, chu écoeurée d’vous entendre chiâler pis parler d’moé su mon passage. 1973, G. Perreault, Un monde ben ordinaire, p. 28.

Des bibittes dans la tête [titre]. La vague de pneus crevés a pris fin de façon spectaculaire la nuit dernière à Verdun par l’arrestation d’un anglophone de 43 ans. […] À l’aide d’un pic-à-glace, il crevait les pneus pour ensuite se masturber. Ce n’est pas tout. Il se permettait même d’aider ses victimes. 1974, Montréal-matin, 12 janvier, p. 4.

Les policiers de Ste-Foy ont appréhendé […] un homme […] qui quelques minutes plus tôt, avait asséné un violent coup de poing au visage d’une jeune fille de 23 ans qui lui était parfaitement inconnue! […] Pendant que la jeune fille était conduite au CHUL pour être traitée, on nous disait que son agresseur était connu des policiers comme ayant des « bebittes » dans le plafond […] et avait déjà été arrêté pour incendie criminel. 1974, À propos, Québec, 12 avril, p. 2.

Quelqu’un m’a déjà dit : « Tu auras beau avoir les meilleures bottes de randonnée du monde, si tu as des bibittes dans ta tête, tu ne vas jamais y arriver ». Cette phrase m’est restée dans la tête. Si tu pars [en longue randonnée] avec des remords, des problèmes, quand tu seras en situation de vulnérabilité, tout ça va refaire surface. » 2023, Le Nord, Saint-Jérôme, 23 août, p. 24.

3

(Par ext., dans le domaine de la sociologie). Ensemble des problèmes, des préoccupations de nature culturelle ou sociale qui sont propres à une communauté, et qui constituent un certain frein à sa prospérité et à son développement.

Les bibittes des Québécoises et des Québécois. Bibittes culturelles, collectives.

Si le cinéaste […] a voulu, en dirigeant le film […], porter à l’écran une représentation touchante et convaincante de l’affirmation du rapport fédéral sur le bilinguisme et le biculturalisme voulant que le Québécois francophone soit statistiquement condamné à détenir chez lui les emplois subalternes, si son intention était de « dénoncer » cette situation, […] il s’y est pris assez mal merci. […] Un mauvais produit qui va chercher ses thèmes dans toutes « les bibittes québécoises » […]. La dramatisation du problème du chômeur québécois est d’une fausseté sans limite. 1971, G. Rheault, Le Soleil, Québec, 21 septembre, p. 27.

[Le célèbre poète] reprend sur son disque certaines de nos « bebittes » – lire préoccupations et aliénations – des années 1970‑72. Il n’ouvre pas vraiment de fenêtres sur l’avenir. Il emploie là les moyens qui lui sont familiers, pour tenter d’éveiller, de secouer les petits camarades très endormis que nous sommes. 1972, Le Soleil du SaguenayLac-Saint-Jean, 8 juillet, p. 24.

[…] il ne faut pas nous conter d’histoires [entre Québécois] : on a tous l’impression d’être bien dissimulés sous une avalanche ou une absence (c’est selon) de déguisements, de mots… Mais j’ai de p’tites nouvelles pour tous : non seulement on cache à peu près tous les mêmes bébittes sous nos déguisements, mais les déguisements eux-mêmes finissent par se rejoindre… de l’étoffe du pays aux plus fines soies, ils ont tous quelque chose qui tient du carreauté. 1978, R. Blondin, Cher nous autres, t. 1, p. 12.

Moi, comme beaucoup de Québécois, j’ai été nourrie de cette tradition, j’ai été très antispectacle, antihéros, presque anticinéma. Il y avait quelque chose de militant, un aspect missionnaire là-dedans. Je pense que cela vient à la fois d’un rejet de la culture française et du cinéma américain. Mais maintenant que nous découvrons notre identité, nous allons nous affirmer dans l’ordre du spectacle, de la mythologie, avec nos bibites à nous. 1981, Châtelaine, Montréal, mars, p. 78.

La situation [du cinéma québécois] a passablement changé : on parle moins de nos « bibittes » et la majorité des réalisateurs paraissent moins « pognés » qu’auparavant. 1988, Y. Lever, Histoire générale du cinéma au Québec, p. 467.

Dans la foulée d’une plus grande ouverture d’esprit, les Québécois doivent oublier certaines de leurs « bibites » face à la négociation territoriale des Atikamekw et des Montagnais en ayant bien en tête qu’ils ne pourront jamais justifier leur inaction en se cachant derrière certains paravents comme celui que les Autochtones ne sont pas prêts à une plus grande autonomie. 1989, B. Cleary, L’enfant de 7 000 ans, p. 276.

En principe, cette mesure [la réduction des tarifs d’électricité] se justifie par le désir de faire profiter les Québécois des bienfaits d’une ressource collective qui leur appartient. Geler les tarifs devient en quelque sorte, dans cette logique, un geste de solidarité. Mais en creusant un peu, on y trouve plutôt une synthèse de toutes nos bibittes mal digérées depuis l’avènement de la Révolution tranquille. Dans ce cas-ci, on a du mal à voir Hydro-Québec comme une entreprise, à voir son électricité comme un produit, à accepter que l’eau et l’électricité puissent être associées au succès, à l’économie marchande, aux profits, aux exportations. 2006, A. Dubuc, Éloge de la richesse, p. 217.

Pour amener une collectivité à se libérer de ses névroses (ou « bibittes ») psychosociales, l’équipe [d’un psychanalyste] a mis au point une méthode appelée « parole collective » […]. Cette démarche démocratique d’expression citoyenne peut aider les membres d’une collectivité à réaliser qu’ils partagent[,] plus souvent qu’ils ne le croient, les mêmes motivations et les mêmes résistances en regard de différentes problématiques sociales. 2007, J.-P. Charbonneau, À découvert, p. 221.

Les recensements linguistiques sont interdits par la loi [en Belgique]. Bizarres, les Belges, me direz-vous. Chaque pays a ses bibittes. Ils doivent penser la même chose de nous. 2011, N. Lester, Poing à la ligne, p. 50.

III

Dans des locutions familières. 

A

Dans la locution en bibitte

1

(Placée après un adjectif ou un verbe, avec valeur superlative). En bibitte : très, beaucoup, extrêmement. 

Beau, bon, cher, drôle en bibitte. Loin, long en bibitte. Avoir chaud, avoir froid, avoir faim, avoir peur en bibitte. S’ennuyer en bibitte.  

 Par renforcement, VieilliEn bibitte à poil, en sainte bibitte.

– Police : […] Vous ne savez pas faire autre chose? – La Poune : J’sais chanter. – Police : Vous chantez? – La Poune : Oui, pis j’chante et j’danse en bibitte. 1913, J. Daoust, La belle Montréalaise, C. Beaucage, Le théâtre à Québec au début du XXe siècle, 1996, p. 138.

[…] j’ai décidé qu’on irait manger des huîtres c’te semaine. […] Je savais d’avance que Belzémyre ne fiolerait pas [= ne serait pas mécontente], car elle aime ça en bibitte les huîtres, surtout quand ça coûte pas une coppe [= sou]. 1919, La Patrie, Montréal, 8 novembre, p. 15 (chron. humor.).

Y fait frette en bibite! 1941, L’Étoile du Nord, Joliette, 16 janvier, p. [1].

J’sais ben qu’si i’ v’nait par icite, [/] Dans nos grand’s bâtiss’s à bureaux, [/] Y’en arrach’rait ben en bibite [/] Pour trouver un homm’ sans défaut. 1948, J. Narrache, Bonjour, les gars! Vers ramanchés et pièces nouvelles, p. 164.

Vous m’avez dit : écris Galarneau, ça va être drôle en bibite, on a pas mal hâte de te lire. Je te corrigerai tes fautes, ça va te distraire. C’est pas comme ça que ça se passe, Jacques, c’est pas comme ça. Je ne fais pas des phrases tous les jours. Je ne moisis pas des heures dans ce maudit cahier seulement pour vous amuser, stie! 1967, J. Godbout, Salut Galarneau!, p. 85.

– Tu connais pas ça un french kiss? – Non… mais c’est bon en bebite! C’tu péché? – Laisse faire. À Montréal, c’pas péché. 1975, J.‑P. Filion, Saint-André Avellin… le premier côté du monde, p. 165. 

– Suzy : Ben, tu connais Raymond, han? Y a toujours été vite sus les p’tites jeunes. […] Linda est venue seiner icitte. A l’avait 14 ans, j’pense. A fait plus vieux qu’son âge, mais a était jeune en bebitte. 1987, M. Laberge, Le Night Cap Bar, p. 33.

(Dans un jeu de mots). La Maison des insectes, en collaboration avec la Société zoologique de Québec, invite le public à venir participer à une journée spéciale qui se déroulera, dimanche, au Jardin zoologique du Québec, sous le thème « Les insectes, c’est bon en bibitte ». 1994, Le Journal de Québec, 7 août, p. 21.

Sabrina Rasa m’invite à prendre place à la petite table près de la fenêtre. Elle allume une bougie, la dépose au centre, puis s’assoit. Elle contemple la flamme. Son visage rayonne. J’ai hâte en bibite de savoir où elle veut en venir. 2000, A. Poitras, Le roman de Sara, p. 344.

– C’est pas ben ben brillant de ne pas rentrer travailler pis de ne pas avertir personne. As-tu déjà travaillé dans un restaurant, Lucie? […] Chantal peut pas rentrer aujourd’hui, sa petite est malade. […] Ce serait juste pour une couple d’heures, Lucie. Tu nous dépannerais en bébitte. – Euh. – Ah, come on, Lucie! 2010, S. Gordon, Les corpuscules de Krause, p. 126.

(Dans un jeu de mots). Bientôt, vous aurez droit à des recettes aux insectes. C’est déjà sur le menu de certains restaurants de par le monde, et le Canada n’y échappe pas. C’est même une solution écologique pour permettre à la population mondiale d’assurer ses besoins en protéines, nutriments et vitamines. Je vous propose une salade de concombres aux grillons et vers de farine, ou un ragoût de sauterelles ou bedon des gaufres croustillantes aux insectes (hachés très finement de préférence pour ne pas apercevoir une des six tites pattes). Il paraît que c’est bon en bibitte! 2022, M. Legault, Le Nord, Saint-Jérôme, 16 novembre, p. 4. 

2

En bibitte : en colère. 

Être en bibitte contre qqn. Se mettre en bibitte. Avoir l’air en bibitte.

Ce gas-là […] est en train de fouiller dans un gros livre, il est bien abruti rapport qu’il vient de bloquer son majeur pour la soixante-douzième fois. Pas besoin de vous dire qu’il jure en anglais, en français, en latin, et en scie ronde. Juste au moment où il est plus en bibitte, v’la t’y pas que le vieux Charlot qui était caché […] se met à s’engueuler avec le nommé Faust qu’avait une tannante de peur […]. 1906, La Presse, Montréal, 25 août, p. 4 (chron. humor.).

– Get out of here, I say! s’écrie tout à coup le ministre de la justice, en se levant en bibite. – Bonguienne! vous êtes bien à pic, que je lui transvase en prenant la porte, je viens vous donner un coup de main pour rafistoler madame la Justice, et vous me flanquez dehors! Puisque c’est comme ça[,] arrangez-vous avec votre pétard de ministère, je ne m’en mêle plus. Vous pouvez vous fouiller. Bonjour! 1912, La Presse, Montréal, 27 janvier, p. 4 (chron. humor.). 

Un jour, P’tit Louis à Fardina vient me dire que ma vache caille avait sauté dans le jardin chez eux; la « bougresse » avait cassé six pagées de clôture et elle faisait un vrai « carnage » dans les « rabioles » à Fardina. J’arrive en « bibite »; j’étais si fâché que je prends pas le temps de penser qu’avec ma force je pouvais lui faire mal, et je lui « amanche » un coup de poing icitte, su’ « l’haltère »! 1914, V. Morin, Les Joyeusetés d’un trentenaire (1884‑1914), p. 26.

Fortier scora un autre point pour égaliser les points. Ensuite, Dusseault du J.‑N. B. scora un 3ième point, ce qui mit le Champêtre en « bibitte » tellement qu’il égalisa une dernière fois quelques minutes avant la fin. 1934, La Tribune, Sherbrooke, 23 janvier, p. 6.

Tu m’as ben l’air d’être en bibite [/] Quoi c’est qui va pas à ton goût? [/] As-tu perdu un pain d’ta cuite, [/] C’t’effrayant comm’ t’es marabout! 1948, J. Narrache, Bonjour, les gars!, p. 81.

Un jour que le curé faisait ses visites de paroisse, la belle-mère se plaignait, devant sa bru, du caractère de celle-ci. Le curé se tourne du côté de la bru et lui demande ce qu’elle avait, à être toujours en « bibitte »! 1950, Le Canard, Montréal, 23 février, p. 12.

[…] j’avais attrapé un roman et j’étais partie avec. Dans ce temps-là, lire des romans… nous étions des filles perdues! Je risquais gros… mais je me sauvais de la vaisselle, ce qui mettait ma sœur en bibitte (colère)! 1980, Fl. Morvan-Maher, Florentine raconte…, p. 131‑132.

Johanne avait gardé son cœur gros depuis la correction de la veille. […] On avait pris sa peine pour du boudin d’enfant, et un frère plus vieux […] se moquait d’elle à tout bout de champ en répétant inlassablement quand il la voyait : « La petite babouneuse est en bibitte, ah! oui, la petite babouneuse est en bibitte… » 1993, A. Mathieu, La tourterelle triste : une histoire vécue, p. 35.

On a entendu le président du club de soccer de Palerme, en Italie, […] qui était un peu en bibitte contre ses joueurs : « S’ils ne gagnent pas aujourd’hui, je mettrai leurs couilles dans ma salade, et s’il reste quelque chose après que j’aie mangé, j’inviterai aussi les journalistes à se servir. » 2003, La Presse, Montréal, 21 mars, p. S2.

B

Locution (Avec valeur superlative). RareUne bibitte de (suivi d’un nom) : une grosse, une fichue, une sacrée (qqch.). 

Une bibitte de râclée.

Je me retourne de bord et je claque un gros somme. Cinq minutes se passent et v’là poupa qui r’vient armé d’un fouette [sic]. Y m’administra une bebitte de râclée, et avec sa voix du tonnerre me cria : – Te lèveras-tu, Skidoo? 1907, Le Passe-temps, Montréal, 26 janvier, p. 3.

Histoire

Bibit(t)e (variantes bebit(t)e et bébit(t)e) paraît être issu de bébête, qui résulte lui-même d’un redoublement de bête, plus précisément de la reprise de la consonne initiale et du noyau vocalique de la syllabe (v. TLF). Bébête a d’ailleurs autrefois servi à désigner, dans la langue enfantine, des insectes et d’autres petites bêtes (ainsi que, par extension, un animal quelconque) dans certaines régions de France (v. Few bestia 1, 341a, et DoillDict) ainsi que dans d’autres parlers français d’Amérique (v. Hist. du sens I.A.1, plus bas). Le redoublement de syllabe, qui a une fonction affectueuse ou diminutive (« petite bête » comme dans nounours, chienchien, pitpit, mimine, joujou relevés dans la langue enfantine), confère au mot une valeur expressive. Cela explique que bibitte puisse véhiculer une gamme très large et contrastée d’émotions pouvant varier d’un extrême à l’autre (crainte, dégoût, étonnement, amusement, affection, etc.), ce qui est particulièrement frappant dans le cas des sens I.A.3 et I.B.2. Cette richesse expressive explique sans doute que le mot se soit imposé au Québec dans diverses constructions et expressions où l’on rencontrerait normalement bête ou d’autres noms d’insectes.

IA1Depuis 1870. Héritage des parlers de France (v. Few bestia 1, 341a, et bib- 1, 348a; Aln 666 et MassTemps 129). Dans cet emploi, le mot a été relevé dans les parlers de la Normandie (LecDol « petite bête [terme enfantin] »); Mémoires de la Société d’archéologie (littérature, sciences & arts) des arrondissements d’Avranches & de Mortain, t. IX, Avranches, octobre 1888, p. 66 : « c’est une bebête, une bibitte, litt. une petite bête, une bestiole »), de la Bretagne (DottBret « bête (terme enfantin) »; CoulBret « nom sous lequel on désigne, en parlant aux enfants, les insectes et généralement toutes les bêtes de très petite taille ») et du Maine (DottMaine « bête (terme enfantin) »). Il a également été relevé en Lorraine, notam. dans les Vosges (ZélMos « pou (enfantin) »; N. Haillant, Essai sur un patois vosgien : dictionnaire phonétique et étymologique, 1886, p. 74 : « terme enfantin, petite bête »; Bulletin de la Société philomatique vosgienne, Saint-Dié, 1931, p. 11 : « petite bête dans le langage des enfants »); v. aussi le témoignage d’une habitante de la Lorraine qui décrit l’invasion de sa région par les Bavarois durant la Première Guerre mondiale et qui utilise bibite au sens de « pou » : Ils sont venus manger à la cuisine, […] se grattent, se secouent, ils sont sûrement remplis de bibites (v. Mémoires de l’Académie nationale de Metz : 1924, Metz, 1925, p. 49). Bibitte ou l’une ou l’autre de ses variantes, dans cet emploi, ont par ailleurs été relevés en Acadie (v. Poirier 82, s.v. bebite), de même qu’en Louisiane, dans la région du Détroit et en Ontario (v. DLF, s.v. bébête; DaigleJeff 62, s.v. bebete rouge; AlmDétr 115, s.v. bébèt; BénMots, s.v. bébette, bébitte, beubitte). Au sens de « leurre utilisé pour la pêche hivernale », depuis 1986. Au sens de « grain de fermentation utilisé autrefois pour la fabrication domestique d’une bière, d’un vin; cette boisson », depuis 1919. Au sens de « points lumineux », depuis 1968; cp. bibette « étincelle », relevé dans le Centre (JaubCentre2 et TarbéChamp), ainsi que bibete de feu « flammèche », relevé dans l’Ouest (MeyAun). La formule la bibitte a monte, a monte, a monte est attestée depuis 1940. Il s’agit d’un héritage de France. On a relevé en Haute-Bretagne, à la fin du XIXe s., une tournure semblable, également dans un contexte de jeu avec un enfant : En chatouillant l’enfant, on dit : La bibite, la bibite; et quand on arrive au cou, on dit : Couic! en fourrant les doigts dans son cou (P. Sébillot, Littérature orale de la Haute-Bretagne, 1881, p. 338). On relève également en français une expression semblable construite à partir du mot bébête, soit la bébête qui monte, qui monte, qui monte! (v. Robert en ligne (2024‑08), s.v. bébête); v. p. ex. cet extrait d’un journal de Lille (Nord de la France) datant du milieu du XXe s. : Odette, une petite « maman » d’une huitaine d’année, a pris dans ses bras le petit Claude qui refuse obstinément sa tétine […]. Elle lui tient à mi-voix d’extraordinaires propos : […] « Oh! La bêbête qui monte… qui monte... » (v. La Croix du Nord, Lille, 13 août 1950, p. [3]). Il existe aussi des variantes avec le mot bête : la (petite) bête qui monte, qui monte, qui monte (v. p. ex. cet extrait de la Revue des traditions populaires, Paris, août-septembre 1894, p. 517 : Dans l’Amiénois la mère pose le pouce, puis l’index sur le pied, le genou, le bras ou le ventre du nourrisson, et déplaçant alternativement les doigts et les rapprochant en progressant elle dit : Une bête qui monte… qui monte… qui monte! Arrivée au cou elle chatouille l’enfant); v. aussi Robert en ligne (2024‑08), s.v. bête, qui cite une œuvre littéraire de 1935 d’Henri Calet. Bibitte à patate(s), depuis 1896 pour désigner un insecte, mais relevé dès 1884 comme sobriquet. Probablement d’après bête à patates, de même sens, relevé au Québec, en Ontario et au Manitoba (v. Lavoie 741, GPFC, BénMots, DulCanad et GabMan), de même qu’en France (v. TLF, s.v. bête1; Robert (en ligne) 2024‑08, s.v. bête, qui qualifie cet emploi de « régional »). Le mot a été signalé dans le parler franco-américain du Maine (v. MailhMaine 110, s.v. bébite).  mouche à patate(s) Bibitte à bois, depuis 1991. Bibitte à mille pattes, depuis 1969. Bibitte à sucre, depuis 1919 au sens d’« insecte »; depuis 1990 en parlant de « personnes friandes de sucre ». Bibitte d’humidité, depuis 1976. Bibitte à feu, depuis 2014. D’après bête à feu, de même sens, relevé au Québec (v. Lavoie 738 et PPQ 2409), dans la région de Détroit et en Ontario (v. AlmÎI, p. 1446, et BénMots). Bibitte à/au bon Dieu, depuis 1930 (v. VachAp 523). D’après bête à (bon) dieu, de même sens et attesté en français depuis la seconde moitié du XIXe s. (v. Few bestia 1, 341a; Robert (en ligne) 2024‑08, s.v. bête). 2Depuis 1885, mais relevé dès 1884 dans un emploi métaphorique (v. sens secondaire). Il s’agit vraisemblablement d’une innovation québécoise (extension sémantique du sens I.A.1), cet emploi n’ayant été signalé dans aucun parler de France. Au sens de « virus informatique », depuis 1989. 3Depuis 1866. Il s’agit probablement, comme le sens I.A.1, d’un héritage des parlers de France, même si cet emploi n’a pas été relevé explicitement ni clairement dans les glossaires consultés (v. Hist., sens I.A.1) : en effet, les mentions (petite) bête et bestiole faisant office de définitions sont vagues et imprécises, car elles pourraient théoriquement s’appliquer tant à un animal quelconque qu’à un insecte (ou toute autre très petite bête de cette taille). La formule la bibitte va te manger est attestée depuis 1879. En français louisianais, on note une tournure ressemblante, soit fais pas ça, la bébête va venir te chercher (v. DLF, s.v. bébête), qui a également pour fonction d’inciter les enfants à bien se comporter, par le biais d’une menace. Cp. également certaines tournures régionales relevées en France, utilisées dans des contextes semblables et construites avec le mot bête : si tu n’es pas sage, j’appelle la bête (v. Robert en ligne (2024‑08), s.v. bête); si tu cries encore, je fais venir la bête (TLF, s.v. bête1). 4Depuis 1954. Il s’agit d’une variante de l’expression les petites bêtes (ne) mangent pas les grosses (bêtes), relevée au Québec depuis 1908 (v. La Presse, Montréal, 7 février, p. 9 : Tout d’un coup y m’sacre un coup d’poing. Puis y m’dit qu’il n’a pas peur de moi, ni d’mon p’tit chien. J’pense ben un chien de sept livres. D’ailleurs y sait ben qu’les p’tites bêtes mangent pas les grosses bêtes); v. aussi le poète québécois A. Lozeau qui, dans une même citation, utilise côte à côte cette dernière expression et le mot bibitte (Billets du soir, 1918, p. 30 : une bande de moineaux […] dévastèrent la tribu des bibittes […]. Ainsi finirent les bibittes. Si l’on assure que les petites bêtes ne mangent pas les grosses, […] elles les intéressent tout de même). Ainsi, deux variantes de l’adage (d’abord avec le mot bête, puis plus tard avec le mot bibitte) ont existé dans l’usage québécois, mais on observe que l’expression fondée sur le mot bête, bien attestée au Québec dans la première moitié du XXe s., a par la suite pris du recul au profit de celle fondée sur le mot bibitte. L’expression les petites bêtes (ne) mangent pas les grosses (bêtes) (ou, plus rarement, la petite bête ne mangera pas la grosse), à laquelle est attribuable l’emploi québécois, est un héritage de France : elle est bien attestée dans la littérature et les journaux français depuis la fin du XIXe s. jusqu’à aujourd’hui (v. p. ex. Le Monde, Paris, 4 octobre 1895, p. [1] : (en parlant de microbes) Jamais l’expérience ne réfuta plus victorieusement le proverbe par trop naïf : Les petites bêtes ne mangent pas les grosses. Les grosses, hélas! savent bien que non; v. aussi D. Pennac, Journal d’un corps, 2014, p. 71 : n’aie pas peur des serpents, les petites bêtes ne mangent pas les grosses). Elle n’est pas relevée dans les dictionnaires français d’usage courants, mais v. DoillDict, s.v. bête : Les petites bêtes ne mangent pas les grosses, réflexion familière et plaisante à l’adresse de qqn qui semble avoir peur d’un petit animal. B1Depuis 1883. Il s’agit probablement d’un héritage de France; en Normandie, on a relevé le mot bibitte au sens de créature imaginaire invoquée pour terrifier les enfants : Un bébé capricieux était menacé de la terrifiante « Bibitte » (ou « bêbête »!) et comme partout, du loupgarou (M.‑Cl. Monchaux, Les enfants normands, 1978, p. 20, qui rapproche le mot bibitte du mot bébête). Il pourrait aussi s’agir d’une innovation québécoise résultant d’une extension du sens 1.A.3. 2Depuis 1878. À rapprocher de certains emplois du mot bête en français, qui peut servir à désigner des personnes par référence à l’aspect physique ou au comportement des bêtes sauvages : soit péjorativement, par référence à la répulsion que ces dernières peuvent inspirer ou, tout au contraire, par la sympathie qu’elles peuvent susciter (v. TLF, s.v. bête1, sens III.B). Au sens de « passionné(e) de (qqch.), accro à (qqch.) », depuis 1971. À mettre en relation avec certains syntagmes attestés en français, tels que bête de travail « personne qui se distingue par la quantité de travail qu’elle fournit et l’obstination qu’elle y met » ou bête de scène, de théâtre « artiste remarquable à la scène, au théâtre, etc., et qui s’y donne à fond » (Robert en ligne (2024‑08), s.v. bête). Au sens d’« équipe sportive », depuis 1966. Bibitte du diable, depuis 1965 (d’après une enquête linguistique de J.‑Cl. Dupont dans Le légendaire de la Beauce, 1974, p. 128). C1Depuis 1892. Il est à noter que dans des contextes semblables, en français de référence, le mot bête peut s’utiliser en parlant d’un objet inconnu, indéterminé : Quelle bête est-ce là? (v. TLF, s.v. bête1). 2Depuis 1909. Au sens d’« œuvre artistique étrange », depuis 1972. 3Depuis 1926. DDepuis 1893. Cp. avoir la bête aux doigts, aux mains « avoir l’onglée », dans les parlers du Perche, de la Bretagne et de la Vendée (v. DudPerche, OrBret et MartVend; v. aussi MassTemps 129). 

II1Depuis 1922. À mettre en relation avec l’expression française chercher la petite bête « s’efforcer de trouver la moindre petite erreur, le plus petit détail qui permette de critiquer quelqu’un ou quelque chose » (v. TLF, s.v. bête1, qui donne un exemple de 1913 de l’auteur français M. Proust, ainsi que Robert (en ligne) 2024‑08, s.v. bête, qui cite notam. une œuvre de la seconde moitié du XIXe s. (de l’écrivain français J. Barbey d’Aurevilly)). Au sens de « problème informatique, bogue », depuis 1981. Calque de l’anglais bug, attesté depuis les années 1950 (v. Merriam-Webster (en ligne), 2024‑08; OED (en ligne), 2024‑08, s.v. bug n.2, sens II.5b). 2Depuis 1969, mais attesté dès 1920 (v. sens secondaire) dans diverses expressions familières évoquant l’idée d’avoir l’esprit troublé, telles qu’avoir des bibittes dans la tête (dans le cerveau, dans le plafond, dans le traîneau, etc.). Extension sémantique du sens II.1. 3Depuis 1971, par extension du sens précédent.

IIIA1Depuis 1913. Construit selon le même modèle d’autres expressions qui sont bien attestées en français québécois et qui ont une valeur superlative marquant l’intensité, comme en maudit (par exemple, dans suer en maudit « suer beaucoup »); v. DFP, s.v. en, et LégSacre 126 et 179. 2Depuis 1905 (FSPFC). Construit selon le même modèle que d’autres expressions bien attestées en français québécois et servant à exprimer la colère ainsi que la contrariété, comme en maudit (par exemple, dans se mettre en maudit « se mettre en colère »); v. DFP, s.v. en. BDepuis 1907. 

Nouvelle entrée de la deuxième édition

Dernière révision : mai 2025
Pour poursuivre votre exploration du mot bibitte, visionnez notre capsule vidéo Dis-moi pas!? sur le site Web du Trésor de la langue française au Québec.
Trésor de la langue française au Québec. (2025). Bibitte1 ou bibite. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 5 mars 2026.
https://www.dhfq.org/article/bibitte-ou-bibite