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BECQUER [beke]
v.

Rem.

Variantes graphiques : béquer, bèquer; (plus rarement, au sens 2) béker.

1

v. tr. Vieilliou région.(Acadie) Donner un baiser sur la bouche ou la joue de qqn. 

Rem. 1. Cet emploi est attesté dans certains dictionnaires français, mais est marqué comme régionalisme ou canadianisme (v. TLF : ‘région.’; Grand Robert (en ligne) 2025-02 qui utilise la marque ‘Au Canada’). 2. En français de référence, le sens le plus courant de becquer est celui de « prendre, frapper, piquer avec son bec » (le sujet de ce verbe désignant un oiseau) (voir p. ex. Littré et TLF). Cependant, ce verbe semble désormais peu fréquent en France, étant absent des dictionnaires usuels.

Puis la journée [du jour de l’An] se passe en visite, visite ici, visite là; on va voir les voisins, les voisines, les cousins, les cousines, les oncles, les tantes, le vieux grand-père, la bonne grand’mère. Partout des civilités, des révérences et des baisers sucrés. Ici il n’y a pas moyen seulement de becquer son meilleur ami. 1882, J. Iovhanné [pseud. de J.-B. Proulx], Le mal du jour de l’an ou scènes de la vie écolière, p. 36‑37.

 La maman : Viens becquer maman, ma Tanouchette.  Le papa : Viens voir papa, ma belle fille.  La maman : Si elle va à toi, c’est qu’elle s’attend à sautiller. – Le papa : Si elle va à toi, c’est qu’elle a soif.  La maman : Non, non, c’est parce qu’elle m’aime plus que toi. Nous allons voir! 1884, A. Lusignan, Coups d’œil et coups de plume, p. 12.

Je disais bonsoir à Lise, [/] Ma promise; [/] Mais avant de se laisser, [/] On se mit à s’embrasser. [/] Elle me dit : – Pamphile! [/] As-tu déjà becqué d’aut’fille [/] Que moi? – Ma foi! non! que je fais. 1903, W. de Grécourt [pseud. de Régis Roy], Le Canard, Montréal, 30 mai, p. 8.

– T’es malade, m’sieu? – Un peu, petite. – Qui prend soin de toi? – Personne, je n’ai pas de maman ni de grande sœur pour me dorloter. – Pauvre m’sieu, personne te becque le soir avant ton dodo? – Non, personne. 1925, Le Quartier latin, Montréal, 5 novembre, p. [1].

Redis-moi des mots tendres… Oh la la la! que tu es drôle pour un directeur de théâtre! Tiens, becque-moi sur l’épaule, une fois de plus […], je sens que je pourrais aimer à la folie un directeur comme toi… Beau, grand et caressant… 1949, Radiomonde, Montréal, 23 avril, p. 12.

(Acadie). Quand i’rentre là, la belle Cécile part pis elle le pogne par le cou pis a’commence à le becquer : pis cher, qu’il est-ti beau, pis le beau prince […]. 1954, Maisonnette (Nouveau-Brunswick), AFEUL, L. Lacourcière 1892 (âge de l’informateur: n. d.).

Oh! Les jeunes garçons de la commune, je vous donne la permission d’aller de la blonde à la brune toujours avec modération. Je sais que c’est un plaisir extrême de courtiser une beauté mais de becquer toujours la même, c’est là, dit-il, un grand péché. 1965, Saint-Aubert (L’Islet), AFEUL, J. Dumais 26 (âge de l’informateur: n. d.). 

Quand, pour la première fois vous devenez grand-papa et grand-maman, vous avez hâte de becquer le petit poupon, de le caresser, pas longtemps, juste pour vous faire plaisir, quoi! 2006, A. Rainville, Le Quotidien, Saguenay, 11 janvier, p. 14. 

(Acadie). Quand la visite des États arrivait, les plus jeunes alliont souvent se cacher dans la grange; ils vouliont pas se faire bèquer[.] […] Les grandes tantes américaines portaient souvent du lipstick très très rouge. 2010, L’Acadie Nouvelle, Caraquet, 27 juillet, actualités, p. 11. 

  v. pron. Se bécoter.

Lorsque dans votre maisonnette [/] Vous serez seuls, jeunes époux, [/] Sans tarder, faites-vous risette, [/] Riez, pleurez et « becquez-vous »! 1916, A. Leclaire, Pour un invité, Le Passe-temps, vol. 22, no 565, p. 433 (chanson de noces).

« Mais qu’ils sont bêtes! » Ils iront se becquer en procession, cupidonner même au cimetière, roucouler en plein sermon […]. 1974, B. Lacroix, Les cloches, p. 62.

(Acadie). Ah, i s’becquions, les vieux ça leu’ faisait rien. Ben, non. 1976, Fair-Isle (Northumberland, Nouveau-Brunswick), AFEUL, L. Comeau 277 (âge de l’informateur: n. d.).

(Acadie). C’était la coutume dans ce temps-là que le garçon allait veiller chez la fille. Chez nous, on allait s’asseoir dans ce qu’on appelait le « parlor », c’est-à-dire le parloir. […] Les couples allaient s’asseoir là pour parler. Il n’y avait pas question de se tenir la main ou de s’embrasser et surtout pas de se béquer. 2021, La Voix acadienne, Summerside, 11 août, p. 10.

2

(Dans une expression). Fam.Becquer (le) bobo : appliquer un baiser sur la blessure corporelle d’une personne en pleurs (généralement un enfant), en vue de soulager instantanément sa douleur. 

Maman, viens becquer bobo! Ne t’inquiète pas, papa va becquer bobo! 

Rem.Le plus souvent employé avec le verbe à l’infinitif.

bobo.

À l’âge des couches, il [l’enfant] appréciera tout d’abord son action antiseptique et rafraîchissante [celle d’un produit vendu en pharmacie] calmant l’échauffaison. Quelques années plus tard, il s’en trouvera bien dans le cas de coupure au doigt ou d’écorchure à l’orteil surtout après que maman aura becqué le « bobo ». 1943, La Presse, Montréal, 13 novembre, p. 24 (annonce). 

Je prends dans mes bras le pauvre bébé lourd de fièvre, la berce un peu, relève les boucles éparses sur le front moite et lui parle doucement :  Où as-tu bobo[,] Nicole, dis à maman? [/] Elle me montre gravement une égratignure sur sa main potelée : – Becquer bobo, maman! 1959, Anne-Marie [pseud. de Nellie Maillard], L’aube de la joie, p. 60.

 Fabien : Je me suis donné un coup de marteau sur le doigt.  Basile : Ça fait-y mal?  Fabien : Tu parles d’une question.  Basile : Becquer bobo! 1966, M. Gamache, Cré Basile, p. 16 (télév.). 

D’un coup, y’a un p’tit qui s’accroche à sa jaquette, [/] Y s’est brûlé su’l chaudron, [/] Y pleure que c’était chaud, [/] La moman becque le bobo […]. 1971, La Presse, Montréal, 3 juillet, p. D2.

Jo a parlé, puis elle a répété, plus fort :  Tu me fais mal! [/] Woops! J’ai lâché sa main. Demandé pardon. Repris ses doigts dans mes doigts repentants, les baisant avec toute la douceur et toute la contrition affluant à mes lèvres. Becqué bobo. 2000, Chr. Mistral, Valium, p. 138.

Quand on sait qu’une coupure peut accueillir un million de ces petites choses [des bactéries], est-ce que « béquer bobo » vous semble la meilleure solution? Traitez les blessures légères au moyen des trois antibiotiques contenus dans [un onguent vendu en pharmacie] […]. 2003, Décormag, Montréal, mai, p. [34] (annonce). 

« Oh, tu t’es fait mal? Viens, mon chéri. Maman va becquer bobo. » Bien des mères se prêtent ainsi au jeu de la bise du bobo dans le souci de rassurer et de consoler leurs bambins victimes d’éraflures. 2009, É. Gravel, Les joies de la maternité (poil au nez), p. 46.

Je perce tout ce qui bouge. Le jour de paie, le magasin se remplit. Les filles crient et grimacent comme dans les films pornos. Elles défaillent, s’évanouissent. Je les rassure et caresse leur joue avec mon gant de plastique. Celles qui pleurent me plaisent. Parfois je becque bobo. J’embrasse tout près. 2013, Ch. Montmorency, Le cirque d’Annie, p. 83.

Un verre cassera dans ma main. Je me couperai légèrement un doigt. Yann sortira illico la trousse de premiers soins. Il posera un pansement là où il y a la coupure. Posera ses lèvres sur le pansement. Becquer bobo. Je l’embrasserai pour le récompenser de veiller si bien sur moi. 2015, S. Boulerice, Casting : Victor, p. 80.

 (Dans le domaine de l’abstrait). Fig., fam.Soulager, rassurer ou apaiser une personne, une collectivité (en lien avec un problème, une situation difficile, une souffrance morale).

Dans sa chronique du mois dernier, le protecteur du citoyen vous a expliqué que son mandat n’était pas de faire becquer-bobo à tous les Québécois payeurs de taxes et qu’il fallait cesser de l’importuner avec vos demandes invraisemblables. Ce mois-ci, il répond à des lettres de citoyens concernés ou impliqués dans des problèmes se posant dans la société québécoise […]. 1980, Croc, n12, p. 30. 

Mon pays ce n’est pas un pays, c’est une blessure [titre] […] L’attitude du Canada à l’égard du Québec n’est plus ce qu’elle était. […] Après nous avoir suppliés de rester (au Canada), après nous avoir vanté les couchers de soleil sur le lac Louise, après nous avoir promis de « becquer le bobo » au bord du lac Meech, après nous avoir proclamé « société distincte », un beau soir de printemps… rien ne va plus. 1989, Fr. Pelletier, La Presse, Montréal, 21 octobre, p. B3.

Ce roman-fable qui porte sur l’homme dévirilisé relate l’histoire d’un architecte londonien qui est privé du flambeau de sa virilité. C’est écrit par un auteur de couleur (noire, comme son humour) détenant un doctorat en anthropologie-ethnologie à la Sorbonne. Ça passe mieux comme ça avec un docteur pour béké bobo? 2000, J. Blanchette, Le Devoir, Montréal, 22 septembre, p. B1. 

(Fig.) Le Québec veut continuer sa conquête culturelle de la planète. Il est déchiré entre son désir d’occuper sa place parmi les nations du monde et le silence que le Canada lui impose. […] De quoi le Québec a-t-il besoin? Il y en a qui répondent : « D’un coup de pied au c...! » Je pense plutôt que le Québec a terriblement besoin de quelqu’un pour « béquer bobo », quelqu’un qui aura un peu de tendresse, un peu de patience, et beaucoup d’amour. Ce n’est que quand on en prend bien soin qu’il donne son plein rendement. 2011, L. Payette, Le Devoir, Montréal, 25 février, p. A 9.

Les marques doivent « béquer » les bobos des consommateurs [titre] […] Les consommateurs vivent chaque jour toutes sortes de petites et grandes frustrations. Ils veulent savoir comment les entreprises et leurs marques comptent soulager ces irritants. Ils accorderont donc leur loyauté, et leurs dollars, aux produits et services qui apportent des solutions concrètes à leurs problèmes. […] Qu’en pensez-vous? Connaissez-vous des marques, québécoises ou étrangères, qui « soulagent vos douleurs »? 2014, D. Bérard, Les Affaires (site Web), 14 mars. 

 (En emploi subst.). 

Rem.Variante graphique : becqué(-)bobo.

Pour guérir une blessure, rien ne vaut un beau gros becqué-bobo. 1981, P. Beaudin, Croc, no 26, p. 12.

Ah! miracle et magie des « becqué bobo »… On ne changera pas l’humain qui, tout petit, sait déjà que l’amour et la sollicitude possèdent un étrange pouvoir : il rend plus lancinant le chagrin qui sait qu’il sera compris et consolé…1998, Le Quotidien du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Chicoutimi, 4 septembre, p. 12.

Hier, Diane était assise sur la causeuse, et comme je passais derrière, je lui ai demandé si je pouvais déposer un becquer-bobo là où ses cheveux ne sont plus. 2004, P. Monette, Dernier automne, p. 69.

Ce petit livre deviendra, je l’espère, Le meilleur ami de votre cœur blessé. Il sera sa béquille, son diachylon, son point de suture, son becquer-bobo, son épaule pour pleurer ou même sa bouillotte, chaude et réconfortante. 2017, A.‑M. Dupras, Le compagnon du cœur brisé, p. 9.

Je me suis aussi ennuyé de la facilité qu’on avait, dans le temps, à chasser leurs ennuis, leurs peurs, leurs chagrins ou leurs angoisses. J’ai regretté les fois où le « becquer bobo » faisait la job. Où la diversion changeait tout. 2019, La Voix de l’Est, Granby, 19 mars, p. 6.

Histoire

Becquer est dérivé du subst. bec, issu du latin beccus. Ce verbe est attesté en français depuis la fin du XIIe ou le début du XIIIe s. sous la forme bechier « frapper du bec », concurrencée à partir du moyen français par la variante prononcée avec un /k/, qui s’est progressivement imposée (v. TLF, s.v. becquer, FEW 1, 306b et RobHist, s.v. bec). 1.Depuis 1882. Cet emploi, autrefois attesté en moyen français, a survécu dans certains parlers régionaux de France, en particulier en Bourgogne et en Franche-Comté, ainsi qu’en Suisse romande (v. FEW 1, 305b, Huguet, Mass 1484, GPSR). Il est bien attesté en Louisiane (v. DaigleJeff 60, DitchyLouis 48, CocoAv 9, DLF) ainsi qu’en Acadie (v. HéonÎM 1, Poirier 84, Mass 1484, ComAc, DulBon 103, NolAc 39). La présence de cet emploi en Amérique du Nord ainsi qu’en France et en Suisse, dans des régions ayant relativement peu contribué au peuplement de la Nouvelle-France, suggère que celui-ci était en usage sur une plus large portion du territoire français à l’époque de la colonisation. 2.Depuis 1943. Innovation du français québécois à partir du sens 1 de becquer (« donner un baiser à qqn ») et du mot bobo « maladie, blessure » (v. ce mot, sens 1), ce dernier emploi étant attesté en français québécois depuis 1844. L’emploi figuré, attesté depuis 1980, est à mettre en relation avec d’autres expressions qui sont basées sur le mot bobo « problème » (v. ce mot, sens 2) et qui sont relevées en français québécois depuis le début du XXe s. : mettre le doigt sur le bobo ou trouver/toucher le bobo (« trouver la cause d’un problème ») ainsi que gratter le bobo (« examiner un problème »). En emploi subst., depuis 1981.

Nouvelle entrée de la deuxième édition

Dernière révision : décembre 2025
Trésor de la langue française au Québec. (2025). Becquer. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 10 février 2026.
https://www.dhfq.org/article/becquer