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BARBOTTE [baʀbɔt]
n. f.

Rem.

Variante graphique (conformément à l’orthographe la plus usuelle du mot en France) barbote.

  

Poisson d’eau douce indigène d’Amérique (genre Ameiurus ou Noturus, fam. des ictaluridés), caractérisé par une grosse tête aplatie garnie de plusieurs barbillons et par des nageoires épineuses munies d’un fort aiguillon qui lui confèrent un aspect répugnant.

(Surtout dans la langue spécialisée). Barbotte brune, à barbillons foncés (Ameiurus nebulosus). Barbotte des rapides (Noturus flavus).

 barbue.

Rem.1. Bien attesté dans des noms de lacs, surtout dans la partie ouest du Québec (voir RTQ1987). 2. L’appellation barbotte (Ameiurus nebulosus) a été normalisée par le BNQ et l’OQLF (voir BNQ-Pêches2 8, et OLF-Avis4, no 173). 3. En France, le mot sert à désigner d’autres poissons à barbillons (voir Histoire). 4. La barbotte brune a été introduite en France au XIXe s. et elle y est connue sous le nom de poisson-chat.

Ce lac était fort poissonneux. On y pêchait entre autres une espèce de truite fort ressemblante à la truite saumonée, et d’autres poissons moins recherchés, comme l’anguille, la carpe, la perche chaude, la barbue, la barbotte[,] etc. 1862, A. Gérin-Lajoie, « Jean Rivard, le défricheur canadien », dans Les Soirées canadiennes, vol. 2, p. 176-177.

La barbotte [...] peuple très abondamment les eaux du bassin de l’Ottawa. [...] Tout le monde la connaît, c’est le poisson des enfants, et qui de nous n’a payé sa connaissance d’une cuisante blessure provenant des pectorales ou de leur dorsale toujours armées en guerre? 1897, A.-N. Montpetit, Les poissons d’eau douce du Canada, p. 257.

Barbottes, mes amies, d’autres que moi vous méprisent pour votre vilain aspect. Moi je vous aime pour cet appétit féroce qui vous fait mordre à tous nos appâts, quand les poissons plus nobles méprisent nos invitations, pour la résistance robuste et opiniâtre que vous mettez à vous laisser sortir de l’eau et pour votre chair délicieuse. 1978, R. Baulu, Bonne pêche avec Roger Baulu, p. 51.

La pêche à la barbotte est une pêche idéale pour la famille car lorsqu’elle s’approche du rivage pour chercher sa pitance elle est très gourmande; et je crois qu’il n’y a pas un seul membre d’une famille de douze enfants qui reviendrait bredouille de cette pêche. Je me rappelle d’avoir initié mon jeune frère à la pêche en l’amenant à la barbotte. 1979, Québec Chasse et Pêche, juin, p. 24.

– Les barbottes, les mangez-vous avec la peau dessus ou tout enlevée? – J’en mange souvent avec la peau dessus, mais j’ôte la peau dans l’assiette. – Mais aimez-vous mieux avec la peau ou sans peau? – […] Ah ben, j’aime mieux pas de peau. 1980, Saint-Mathieu (Mauricie), AFEUL, S. Fournier 3 (âge de l’informateur : n. d.).

RareNom donné au têtard. (PPQ 1558).

 (Hapax). Barbottine n. f. Jeune barbotte.

Un beau jour, quand les barbottines, déjà pourvues d’aiguillons défensifs, mesurent un pouce de long ou plus, le père prend la tête de la formation, la mère l’arrière-garde, et l’un entraînant, l’autre poussant, la troupe s’ébranle le long de la rive. 1936, Cl. Mélançon, Les poissons de nos eaux, p. 117.

Histoire

Depuis 1862. Par extension de l’emploi que le mot connaît en France où on l’applique, depuis le XIIIe s., à des poissons d’eau douce appartenant à d’autres familles, comme la lotte (fam. des gadidés) et la loche (fam. des cobitidés) (v. FEW borvo- 1, 443b, Académie 1835, DG, TLF; v. aussi Ch. J. Spillmann, Faune de France, no 65. Poissons d’eau douce, 1961, p. 165, n. 1). En dépit du fait qu’il figure régulièrement dans les dictionnaires français (souvent avec une double orthographe, avec un t ou avec deux t, v. par ex. Larousse 1866 et TLF), le mot paraît n’avoir été usité en fait que dans quelques régions de la France comme le soulignent certains lexicographes depuis le XIXe s. (v. GrEnc, Robert 1985 et PRobert 1993; absent de GLLF); appliqué en particulier à la loche, qui partage le plus de traits de ressemblance avec le poisson d’Amérique par la présence de nombreux barbillons autour de sa bouche, le mot a été relevé dans l’Ouest de la France et le Languedoc (v. RollFaune 3, p. 137, MaudPoit 329 et PALBéarn3). Le spécifique barbotte brune a été construit d’après l’anglais nord-américain brown bullhead (v. DARE et Webster 1986). Du français canadien, barbotte est passé en anglais du Canada où son usage paraît restreint au Québec et à l’Ontario (v. DictCan).

Version du DHFQ 1998
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Barbotte1. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 20 février 2024.
https://www.dhfq.org/article/barbotte