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AUBEL ou  AUBELLE [obɛl]
n. m. ou f.

Rem.

Variantes graphiques : obel, obèle, obelle.

1

Vieilli Aubier.

 Bois taillé dans l’aubier, généralement de qualité inférieure.

Du bardeau d’aubel.

Rem.De nos jours, recueilli en milieu rural et auprès de gens âgés.

Ces mats ont été choisis par le m[aître] mâteur sur tous ceux qui etoient a la baye St Paul, comme les meilleurs, quoique l’aubelle en soit gâtée et qu’yls doivent être deseichés [...]. 1719, Québec, BAnQQ, Archives des colonies, Correspondance générale (Canada), vol. 40, 14 novembre, fo 149.

Les percloses ou carreaux [de la voûte de l’église] seront sechés au poêle [...]. Eviter de préparer, encore moins d’employer du bois gommeux ou des obèles qui jaunissent la peinture. 1816, Québec, BAnQQ, gr. J.‑B. Planté, 31 octobre.

La sueur coulait sur les fronts ridés des deux hommes et l’aubel était à peine entamé. Deux autres Hamel vinrent les relayer et le lamentable travail reprit avec une nouvelle vigueur. Les copeaux blonds, dégouttant la sève, étaient maintenant semés partout, sur la route, sur l’herbe, sur les pivoines du pauvre jardin. L’arbre saignait du pied, mais le cœur tenait bon, et la tête, se jouant dans la brise fraîche, chantait toujours la chanson millénaire qui berce dans les nids le peuple des oiseaux. 1917, frère Marie-Victorin, La corvée des Hamel, [Société Saint-Jean Baptiste de Montréal], La corvée, p. 32.

Nos aïeules teignaient les écheveaux de laine avec des teintures végétales provenant des plantes les plus diverses. Elles obtenaient [...] du rouge avec du jus de betterave et « l’aubel » (aubier) du bouleau ou de l’écorce d’aune et du sang-dragon. 1974, Musée du Québec, La fabrication artisanale des tissus, p. 49.

2

Par anal.Vieux (Général. dans aubel du chemin). Partie non creusée d’un chemin de terre qui est comprise entre les ornières ou qui en constitue la bordure.

Avouerai-je que, même au retour, en passant près du petit bois, nous ne résistions pas au désir de cueillir encore une jointée de fraises? Les bonnes vaches s’arrêtaient, rêveuses, avec l’air de dire : « Ah! si nous pouvions, nous aussi, sauter la clôture! » Puis elles se mettaient à brouter l’herbe qui pousse sur l’aubel du chemin. 1914, A. Rivard, Chez nous, p. 42.

J’arrête le Blond, et je r’garde partout autour d’la voiture : rien. Je compte; une, deux, trois... cinq minutes passent, rien encore. Dix minutes. Rien, toujours rien qu’les branchages qui r’muent sur l’aubelle du ch’min. 1954, D. Dubé, La suite d’un bal, Contes et légendes des Vieilles Forges, p. 92.

Par ext. Bord, rive (d’un cours d’eau).

Une maison bâtie sur l’aubel de la rivière.

Fig. Marcher sur l’aubel du chemin : prendre ses aises, s’éviter tout effort. (RivParl‑4, p. 74).

Histoire

1Depuis 1719. Mot relevé en français du XIIIe au XVIIe s. (aussi sous la forme obel; v. FEW *ALBellus 24, 299a, et Godefroy); signalé en Normandie, dans l’île de Guernesey et en Île‑de‑France (v. FEW id., GarGuern3, ALIFO 324). Le mot aubier (du lat. ALBāris, d’après FEW 24, 294b, qui le signale depuis le XVIe s.) est attesté au Québec depuis 1820; dans les documents du XIXe s., il est souvent expliqué par aubel et vice-versa, ce qui indique que l’usage n’était pas fixé. 2Depuis 1902 (CasgrLett‑1, p. 40‑41).

Version du DHFQ 1998
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Aubel ou aubelle. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 28 mai 2024.
https://www.dhfq.org/article/aubel-ou-aubelle