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ANCRE [ɑ̃kʀ]
n. f.

Rem.

Parfois masculin (pop.).

I

Tout poids qu’on jette au fond de l’eau pour immobiliser une petite embarcation.

Jeter, mettre l’ancre de la chaloupe.

Rem.1. Répandu dans la langue parlée. 2. En français de France, le mot ne s’emploie qu’en parlant de la lourde pièce de métal qui sert à immobiliser un navire.

Fig., vieilli Lever l’ancre : mourir.

Techn. Ancre patente : ancre sans jas, munie de pattes articulées. (MorNav 251 et MassMar 105).

II

Fig. Être, se trouver à l’ancre.

1

Vieilli Rester au même point, ne pas avancer (en parlant de qqch. ou de qqn).

La session; toujours au même point. [...] Des députés [...] trouvent encore le moyen de discourir pendant des heures entières sur le budjet [sic]. [...] En attendant, les travaux réguliers de la session sont à l’encre [sic]. 1900, Les Débats, Montréal, 24 avril, p. 2.

2

(Spécial.). VieilliÊtre sans travail, sans emploi.

Sur la foi de renseignements inexacts, nous avons dit qu’il [l’ingénieur] était à l’ancre quand il passa au service de la ville [...]. Il appert, au témoignage de ses amis, qu’il était alors à l’emploi de la compagnie Beauchemin [...]. Il n’était donc pas sans place quand il fut invité à Montréal lors de la grève des employés de l’aqueduc à prendre la direction de la situation qui était grave et qu’il sut dominer. 1930, Le Devoir, Montréal, 11 avril, p. 1.

Comme on m’a conseillé de me reposer avant de partir pour l’étranger, je ne cherche pas d’emploi et je retourne à L’Isle-Verte [...]. Vers la mi-août, j’écris pour savoir ce qu’il advient de la bourse [d’études] promise. [...] Finalement vers la mi-octobre, je reçois un mot de M. Laureys. En deux paragraphes, il m’explique que toutes les bourses sont abolies pour cause de restrictions buDGétaires [...]. Me voilà donc à l’ancre à L’Isle-Verte en plein automne et en pleine crise. 1989, G. Filion, Fais ce que peux, p. 124.

Rester à l’ancre : être laissé pour compte (en parlant de qqn). (BeauchQuéb 81).

 Ne pas trouver à se marier. (JutrParl 182, DesRExpr2, BeauchQuéb 81).

Être (encore) à l’ancre : n’être toujours pas enceinte. (DulRégion 58, DulMar 334).

Histoire

L’emploi du genre masculin est un usage français qui remonte au Moyen Âge et qui a survécu jusqu’au XVIIIe s. (v. FEW ancŏra 24, 542b et 544a, n. 1; Estienne 1539, Huguet, Poille 1614); le masculin a été signalé également dans le parler nantais, en wallon, en franc-comtois et dans les dialectes de la Suisse romande (v. FEW 24, 542b, DasnWall et GPSR).

IDepuis 1986 (FTLFQ). Relevé dans le parler de Guernesey (v. SjögrGuern). Lever l’ancre « mourir » (depuis 1912, dans La Presse, 20 juillet, p. 4) a été relevé en Suisse romande (v. GPSR); cp. en outre le sens de « partir, s’en aller » en français moderne (v. FEW 24, 543a, TLF, ReyExpr et Robert 1985). Ancre patente est un calque de l’anglais nord-américain patent anchor (v. Random 1979; Dne s.v. patent).

II1Depuis 1900. Hérité de France; relevé en moyen français (v. Cotgrave 1611 : « to stand, or lye still »), puis à nouveau en français du XXe s. (TLF). 2Depuis 1909 (Dionne). Se rattache à un emploi attesté en moyen français (« être dans l’inaction et dans l’impuissance », v. FEW id., Huguet, Cotgrave 1611 : « To be idle, or at leisure; [...] to have nought to doe », ReyExpr); TLF (citant Giono) signale cet emploi comme régional au XXe s. (« sans emploi, dans l’inaction »).

 ancrer.

Version du DHFQ 1998
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Ancre1. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 28 mai 2024.
https://www.dhfq.org/article/ancre