Recherche avancée

AMITIÉ [amitje]
n. f.

1

Vieilli Prendre amitié, une amitié sur qqn : se prendre d’affection, de sympathie pour qqn.

Là, ils [les trois géants] descendent, puis ils aperçoivent la bonnefemme [sic]. Ils prennent une grosse amitié tout de suite dessus. [...] Ils restent là toujours un trois semaines, un mois. 1965, Saint-Gédéon (Frontenac), dans J.-Cl. Dupont, Contes de bûcherons, 1976, p. 166.

– Marianna : Cé qu’à dit de t’çà qu’tu viennes icitte, ta patronne? – Rosalie : Ah, à n’en fait pas d’cas. J’calcule qu’est ben fière que j’aye pris amitié sus une veuve propriétaire. 1981, M. Laberge, C’était avant la guerre à l’Anse à Gilles, p. 97.

2

Vieilli ou litt. Amour; (au pluriel) sentiments amoureux.

Avoir de l’amitié pour qqn.

Cet amoureux voulant faire l’amour a sa maistresse, & acquerir ses bonnes graces, se peinturera le visage, & s’accommodera des plus beaux Matachias qu’il pourra avoir, pour sembler plus beau, puis presentera a la fille quelque colier, brasselet ou oreillette de Pourcelaine : si la fille a ce serviteur agreable, elle reçoit ce present, cela faict, cet amoureux viendra coucher avec elle trois ou quatre nuicts, & jusques là il n’y a encore point de mariage parfait, ny de promesse do[n]nee, pource qu’apres ce dormir il arrive assez souvent que l’amitié ne continuë point [...]. 1632, G. Sagard, Le grand voyage du pays des Hurons, p. 161.

La ditte testatrice donne & legue au dit sieur Martin Prevost son mary la somme de cent cincquante livre tournois pour la grande amityé qu’elle luy porte & pour le recompencer des grands soings, peine & travaux & veille qu’il a souffert & souffre journelement pour la soulager. 1678, Beauport, BAnQQ, gr. P. Vachon, 16 décembre

C’était à qui se ferait aimer de la belle et riche héritière; mais si La Fine jouait et folâtrait avec eux tous, si elle les amusait chacun leur tour, c’était pour accaparer tous les farauds (cavaliers) de la paroisse, s’attirer des compliments et faire enrager les autres jeunes filles; car, voyez-vous, elle avait déjà porté ses amitiés sur un jeune homme, son voisin, qui avait été quasi élevé avec elle. 1866, Ph. Aubert de Gaspé, Mémoires, p. 416.

L’amitié que François Paradis a pour elle [Maria] et qu’elle a pour lui, par exemple, est quelque chose d’unique, de solennel et pour ainsi dire d’inévitable [...]. Elle a toujours eu l’intuition confuse qu’il devait exister quelque chose de ce genre : quelque chose de pareil à l’exaltation des messes chantées, à l’ivresse d’une belle journée ensoleillée et venteuse, au grand contentement qu’apporte une aubaine ou la promesse sûre d’une riche moisson. 1916, L. Hémon, Maria Chapdelaine, p. 98.

Litt. Se prendre d’amitié pour qqn : devenir amoureux de qqn.

Et dans le salon aux fauteuils de crin, où le bleu des catalognes jurait avec les cadres chocolat des portraits de famille, il lui révéla tout, comment il s’était pris d’amitié pour elle un jour ensoleillé de l’année précédente, quand elle portait à boire aux moissonneurs. 1925, H. Bernard, La terre vivante, p. 79.

Vieilli Faire l’amitié à qqn : faire la cour à qqn. (PPQ 1880 et Mass no 1720).

Vieilli Se faire, se conter l’amitié : se faire la cour. (PPQ 1880 et LapMam 49).

Histoire

1Depuis 1954 (d’après M. Rioux, Description de la culture de l’Île Verte, p. 72). A sans doute été hérité de France : cp. prendre amitié avec qqn « se lier d’amitié avec qqn » en français des XVIe et XVIIe s. (v. p. ex. Estienne 1539 et Nicot 1621) et prendre amitié pour qqn « éprouver une sympathie naissante pour qqn de condition sociale inférieure » en français des XVIIe et XVIIIe s. (v. GLLF et Robert 1985). 2Depuis 1632 (Sagard). Héritage de France; relevé en français du XIIe s. jusque vers la fin du XVIIIe (v. FEW *amicitas 24, 440b, Chambaud 1805, Littré et GLLF) et signalé dans la plupart des parlers de France (v. FEW 24, 441b et GPSR). Se prendre d’amitié pour qqn « devenir amoureux de qqn » est à mettre en relation avec le sens de « commencer à éprouver de la sympathie, de l’affection pour qqn » en français moderne (v. p. ex. Robert 1953 et 1985, Larousse 1982).

Version du DHFQ 1998
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Amitié. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 19 juillet 2024.
https://www.dhfq.org/article/amitie