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ALLURE [alyʀ]
n. f.

1

Fam. Avoir de l’allure. (En parlant de qqn, souvent en tournure négative). Avoir du jugement, du bon sens, du savoir-vivre.

Il (n’)a pas d’allure!

 Dégager une impression d’honnêteté, de sincérité, de sérieux.

C’est qqn qui a bien de l’allure.

Rem.En France, avoir de l’allure renvoie à l’apparence d’une personne, à ce qu’elle dégage extérieurement (élégance, distinction); cet emploi est également usuel au Québec (voir Histoire).

J’ai une grande nouvelle à vous apprendre. Imaginez-vous que j’ai un nouveau voisin dans la personne d’un monsieur Tranchemontagne. [/...] C’est un homme qui a de l’allure et qui va réussir, par rapport qu’il est secondé par une femme dépareillée [/...] et par des enfants qui ont du cœur. 1938, Cl.-H. Grignon, Le déserteur, 14 novembre, p. 4 (radio).

Si tu veux t’en souvenir, c’est pour cela que le baril de clous pour bâtir, ça ne m’a jamais coûté de le donner. C’est comme un élan à ceux qui ont de l’allure et du cœur à l’ouvrage. 1950, Fr. Gaudet-Smet, Racines, p. 115.

« Al’arait jamais dû se marier, ta sœur. » « Dites pas ça, on a faite un mariage double pis quand j’vois comment c’est que ça va mal entre eux autres, j’ai peur que ça nous arrive, à nous autres itou... » « Fais-toé-z’en pas pour ça, Gaby, même si y’a pas inventé la lumière, ton Mastaï, y’a plus d’allure que son Roland. » 1978, M. Tremblay, La grosse femme d’à côté est enceinte, p. 155.

« [...] on avait un jeune candidat qui avait de l’allure et qui, sans doute, va devenir, le 5 juillet prochain, député », a reconnu le ministre [...]. 1993, Le Soleil, 20 mai, p. A5.

(Variante). Être plein d’allure

J’ai un chum de 28 ans, qui est intelligent, plein d’allure et capable de grande générosité; sa blonde vient de le planter là [...]. 1989, Le Soleil, Québec, 30 août, p. A5.

Vieilli Avoir belle, mauvaise, meilleure allure : avoir bonne, mauvaise, meilleure mine. (GPFC, Bélisle3, Dagenais2 et Lavoie 2429).

2

Fam. Avoir de l’allure. (En parlant de qqch., le plus souvent avec ça comme sujet). Correspondre aux normes habituelles, être vraisemblable, acceptable, sensé.

Faire des choses qui (n’)ont pas d’allure.

Des prix qui ont de l’allure, raisonnables.

 adon (sens I.2).

 Être bien, de bonne qualité, très satisfaisant, très convenable.

Choisir qqch. qui a de l’allure. Trouver un appartement qui a de l’allure.

 (Pour marquer la surprise, l’incrédulité, la consternation).

Ça (n’)a pas d’allure!

Très fam. Ça a-tu de l’allure! ça n’a pas de bon sens! (Comme intensif). Il est bon, ça (n’)a pas d’allure! Il fait froid, ça (n’)a pas d’allure! c’est incroyable!

Rem.En France, avoir de l’allure ne renvoie qu’à l’aspect extérieur d’une chose; par exemple une voiture qui a de l’allure suggère que la voiture impressionne par son apparence, alors qu’au Québec cela signifie le plus souvent qu’elle représente une bonne acquisition, sans être nécessairement impressionnante. Le sens usuel en France est cependant connu également au Québec (voir Histoire).

Vers le soir, il décida de se mettre au lit, parce que, dit-il, « mourir debout, ça n’a pas d’allure ». Puis, à son instance, le Curé lui administra les derniers sacrements. 1944, A. Rivard, Contes et propos divers, p. 142.

Brigitte, mortifiée, quasi en larmes – Que ç’a donc pas d’allure, Seigneur! 1969, G. Dufresne, Cap-aux-Sorciers, p. 173.

Le ministre serait même opposé à ce que l’on discute de l’hypothèse pessimiste d’une élection référendaire. [...] « Cette hypothèse n’a pas d’allure et elle est même dangereuse », note avec raison le député de Louis-Hébert. 1978, Le Soleil, 26 juillet, p. A5.

Quand je pense que la psychologue voulait que je le mette à la porte ou que je le force à travailler à l’épicerie. J’y ai dit à la psychologue : « C’est pas parce qu’y veut pas, y peut pas! » Elle voulait que Paul-Emile lui confie l’étalage des produits... transporter des grosses boîtes pesantes, ça a pas d’allure! Le pauvre petit, y s’essoufle à rien! 1990, M. Claudais, Comme un orage en février..., p. 268.

Le petit groupe de spectateurs [...] laissait échapper des exclamations spontanées de surprise ou d’admiration. [...] Du haut d’une échelle, Charles émergea. Il ne put s’empêcher de s’arrêter et de contempler la scène avec une fierté qui lui retournait le cœur. « Je vous l’avais dit que ça avait de l’allure; vous me croirez, la prochaine fois! » 1992, B. Renaud, Un homme comme tant d’autres, t. 1, p. 268-269.

(Variante)Être plein d’allure.

– Ti-Mousse : [...] Ah! oui j’voulais te dire ça, Donalda. – Donalda : De quoi? – Ti-Mousse : Ma femme va venir rester avec toi, le temps qu’on i sera pas. – Séraphin : C’est plein d’allure ça, mon Ti-Mousse. C’est ben correct. 1943, Cl.-H. Grignon, Un homme et son péché, 17 décembre, p. 5; radio.

Vieux Avoir de l’allure, de l’entrain (en parlant d’une danse). (Clapin, Dionne, GPFC).

 Prendre l’allure de (faire qqch.), l’habitude de (faire qqch.). (FSPFC et GPFC).

Histoire

1Depuis 1905 (FSPFC). Probablement hérité des parlers de France si l’on considère que l’expression avoir de l’allure est relevée dans des parlers voisins, ceux de la Wallonie, dans des emplois très proches de ceux qui ont cours au Québec (v. HanseDiff2 : « avoir du savoir-faire, de l’ordre, dans son activité ménagère ou manuelle », p. ex. cette mère de famille n’a pas d’allure ou ce jeune apprenti a déjà de l’allure; v. aussi FrancBast, s.v. alure). Cp. également, toujours en wallon, alure « ordre, adresse » (dans DeprWall qui donne l’exemple : S’il avoût d’l’alure doûla on gangn’roût dès liards come dou fiér « s’il avait de l’allure là on gagnerait des liards comme du fer »). Le fait qu’on trouve en Acadie et en Louisiane le même emploi qu’au Québec confirme l’hypothèse d’un héritage de France (v. p. ex. HurstStCh : il n’a pas d’allure « common sense »; v. aussi GuilbLaf et PoirierG). Par ailleurs, l’expression avoir de l’allure au sens d’« avoir de l’élégance, de la distinction dans le maintien, etc. » n’a été enregistrée dans les dictionnaires de France qu’à partir de Quillet 1937, ce qui explique qu’elle ait été signalée comme une particularité de l’usage québécois à la fin du XIXe s. et au début du XXe (v. Clapin, Dionne et GPFC); TLF confirme que cet emploi était connu au XIXe s. en France. 2Depuis 1894 (Clapin : allure « bon sens », p. ex. dans chanson sans allure, « qui n’a pas de sens commun, ou qui est chantée d’une voix molle et sans expression »). Ne paraît pas avoir été enregistré en France. Par ailleurs, comme l’expression avoir de l’allure n’a été relevée que tardivement en France en parlant d’une chose qui sort du commun (depuis Quillet 1937 : « Se dit parfois des choses. Ce monument a de l’allure »), et notamment en parlant de l’élégance d’un vêtement (depuis RobMéth 1982), on a signalé pendant longtemps cet emploi comme étant particulier au français du Québec (v. p. ex. Clapin, GPFC, Bélisle3).

 sans-allure.

Version du DHFQ 1998
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Allure. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 28 mai 2024.
https://www.dhfq.org/article/allure