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ALCOOL [alkɔl]
n. m.

Rem.

Aussi prononcé [alkoɔl] et [alkɔɔl] (voir Histoire).

1

Alcool de bois : nom courant de l’alcool méthylique.

Lorsque du naphte ligneux, de l’alcool de bois, ou quelque article semblable ou équivalent, devra être employé dans une manufacture à l’entrepôt, il sera fourni au fabricant par le département du revenu de l’intérieur, ou par tel intermédiaire […]. 1880, Actes du parlement de la puissance du Canada, p. 82.

Nouveaux droits de douane [titre] […] Alcools méthyliques, alcools de bois, absinthes, cognac, y compris le cognac artificiel ou imitation de cognac, cordial, mescal, rhum, tafia et autres brevages [sic] similaires $2 et 13 ½ cents par gallon. 1891, La Presse, Montréal, 24 juin, p. [3].

Vous connaissez l’essence de Winter-green qui est très employée par les parfumeurs. Eh bien! cette essence qu’on obtenait directement par la distillation d’une plante, le gaultheria procumbens, est remplacée aujourd’hui par un mélange d’alcool de bois, d’acide salicylique et d’acide sulfurique. 1892, La Presse, Montréal, 23 juillet, p. 7.

À dire vrai, cette question de la provenance de l’alcool est bien plus vaste que cela, car il n’y a peut-être pas de substance d’où l’on n’ait essayé de tirer de l’alcool, et malheureusement nous devons ajouter que trop souvent on a réussi. En cela l’industrie moderne poussée par la soif toujours grandissante des buveurs et l’augmentation irraisonnée des débits de boissons s’est ingéniée à répondre à des demandes de plus en plus pressantes. Depuis l’alcool de bois, de betteraves et de patates jusqu’à celui tiré des vieux chiffons, tout le règne végétal y a passé. 1906, L. V. Vézina, Guerre à l’alcoolisme, p. 8.

[...] chaque tonne de pulpe au bisulfite laisse dans les souffleurs (blow‑pits) un résidu de 1,200 gallons de liquide jusqu’ici jeté à la mer; de ces 1,200 gallons de liqueur, il serait possible d’extraire 900 livres de sulfate de charbon, trois-quarts de gallon d’alcool de bois, 1 gallon de térébenthine, 9 gallons d’alcool éthylique pour fins industrielles, et différents autres éléments. 1920, Le Devoir, Montréal, 28 août, p. 9.

Un enterrement de vie de garçon a tourné au drame, samedi soir, au Lac-Saint-Jean, lorsqu’une explosion survenue en plein party a fait trois blessés, dont le futur marié. [...] L’explosion est survenue lorsque Clermont Girard a versé de l’alcool de bois dans un récipient de granit [trop chaud]. 1990, Le Journal de Québec, 8 mai, p. 3.

[Une dizaine de jeunes] ont donc bu ce qui avait toutes les apparences d’être du brandy puisque c’est cela qui était inscrit sur la bouteille. Or, ce n’était pas le cas. Le flacon en question contenait de l’alcool de bois (méthanol). Le méthanol est un liquide hautement toxique utilisé comme combustible pour la fondue. On en retrouve aussi dans le lave-vitre et pour dégeler les conduits d’essence des voitures. 1992, Le Soleil, Québec, 10 mars, p. A1‑A2.

2

Alcool à friction : alcool dénaturé utilisé notamment à des fins thérapeutiques (p. ex. pour prévenir l’irritation de la peau, faire baisser la fièvre) ou comme désinfectant.

2022, TLFQ, Alcool à friction [photo].

Rem.1. Dans les vocabulaires de spécialité (notam. dans celui de la chimie), connu plutôt sous le terme alcool isopropylique, tant au Québec qu’en France. 2. En France, dans l’usage courant, on dit plutôt alcool à 90 (degrés).

Remèdes brevetés [titre] […] Alcool à frictions [sic], 8 onces… .35. 1922, La Presse, Montréal, 28 septembre, p. 10 (annonce).

Le défunt, âgé de 45 ans, était célibataire. Un examen de son cadavre par le docteur C.‑B. Delâge, coroner du district, a révélé qu’il est mort de congestion après avoir ingurgité de l’alcool à friction. 1926, Le Soleil, Québec, 29 décembre, p. 3.

Pour cette faiblesse des pattes [d’un poulain], je vous recommande de frictionner les jointures avec de l’alcool à friction et d’envelopper les pattes, du sabot en montant, vers le genou ou le jarret, avec des bandages en toile pour lui donner des forces. 1928, La Presse, Montréal, 4 août, p. 56.

Voici une recette pour [soigner] les amygdales. Prendre le premier doigt de chaque main et frotter chaque bord de la gorge avec de l’alcool à friction. 1962, Saint‑Bruno (Lac-Saint-Jean-Est), AFEUL, J. Lord 39 (âge de l’informatrice : n. d.).

Julie vient du haut de l’escalier portant son uniforme de garde-malade (mini‑jupe). Elle tient dans ses mains un plateau contenant une bouteille d’alcool à friction, du coton absorbant. 1971, M. Gamache, Symphorien, 22 mars, p. 20 (télév.; indication scénique).

Flacon d’alcool à friction à portée de la main, vaccinés contre le tétanos, les comédiens cascadeurs de Junk reprennent d’assaut mardi, à la Bordée, leur trapèze de carcasses d’autos tordues et rouillées. 1991, Le Soleil, Québec, 12 janvier, p. C6.

Pour une dent brisée qui irrite la langue ou la joue : Vous pouvez tenter de limer la portion de la dent qui irrite avec une lime à ongles (préalablement nettoyée avec de l’alcool à friction). 2020, L’Oie blanche, Montmagny, 1er avril, p. 18.

Histoire

Les prononciations [alkoɔl] et [alkɔɔl] sont héritées de France, où elles sont bien attestées jusqu’à la fin du XIXe s., époque où elles ont cédé le pas à la prononciation [alkɔl] (v. notam. TLF); la prononciation [alkɔɔl] s’y entend encore parfois de nos jours, mais seulement dans des dérivés comme alcoolique et alcoolisme (v. p. ex. WarnPron et MartPron). Il y a donc lieu de tempérer les affirmations de certains auteurs québécois selon lesquels ces prononciations seraient attribuables à l’anglais alcohol (v. notam. Dagenais1‑2 et LaurAngl 159). 

1Depuis 1880. Longtemps considérée comme un calque probable de l’anglais wood()alcohol (v. DHFQ 1998), la locution serait plutôt un héritage français : alcool de bois a en effet été relevé dans certains dictionnaires (v. Nouveau Dictionnaire lexicographique et descriptif des sciences médicales et vétérinaires, 1851, p. 457 (« alcool ligneux ou de bois »); Larousse 1960, s.v. méthylique : « On ne purifie plus l’alcool de bois; impur, il est souillé d’acétone et constitue le méthylène servant à dénaturer l’alcool éthylique utilisé comme combustible »; v. aussi Larousse 1982, s.v. méthanol). Alcool de bois est attesté en France depuis au moins 1834 : La Société [de Chimie médicale] reçoit : 1o un mémoire sur l’alcool de bois […] (Journal de chimie médicale, de pharmacie et de toxicologie, t. 10, p. 786). Cp. par ailleurs esprit()de()bois attesté dans le même sens en français moderne (v. TLF, s.v. esprit, qui le donne comme ancien terme de chimie et de pharmacie, et Robert 1985, id., qui le donne comme régional). Quant à wood alcohol, il est attesté en anglais depuis 1861 (v. OED (en ligne) 2022‑07, s.v. wood, n.1). 2Depuis 1922; calque de l’anglais rubbing alcohol (v. Webster 1986; OED-Suppl 1982, s.v. rubbing).

Dernière révision : novembre 2022
Trésor de la langue française au Québec. (2022). Alcool. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 13 juin 2024.
https://www.dhfq.org/article/alcool