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AIGRETTE [ɛɡʀɛt]
n. f.

1

VieilliAiguille (de conifère).

2022, TLFQ, Aigrette [photo].

Les aigrettes d’un pin, d’un sapin, d’un mélèze.

(Acadie). C’est un sapin, Bélonie, qui garde ses aigrettes hiver comme été. Moi je suis de la famille du bouleau, j’ai l’écorce qui commence à déplumer. 1979, A. Maillet, Pélagie-la-Charrette, p. 37.

2

VieilliRésidu qui se détache de la tige du lin ou du chanvre au moment du broyage.

Rem.Dans la langue spécialisée, on emploie chènevotte (voir GDT).

Voici la série des travaux manuels : 1o Échiffer des coupons de laine. 2o Éplucher et détirer de la laine. 3o Nettoyer les tresses de chanvre et de lin de leurs aigrettes. 1833, Le Canadien, Québec, 20 septembre, p. [2].

On conçoit qu’il [le lin] doive être bien broyé, et presque sans frottement. En effet les chènevottes (aigrettes) sont courtes et bien cassées, et la filasse qui a éprouvé peu de frottements conserves mieux sa longueur. 1866, Gazette des campagnes, Kamouraska, 15 mai, p. 109.

Quand je vis l’arène pour la première fois, toutes les brayes étaient déjà en place et le brayeux avec […]. C’était merveille de voir José. Je puis vous acertifier que le lin se tordait sous sa braye de m’risier. De la gueule inexorable, les aigrettes montaient et descendaient comme de petites folles. 1917, Th. Migneault et L. Genest, Le ‘brayage du lin’, [Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal], La corvée, p. 123‑124.

Chacun prend une poignée de lin, chauffé préalablement sur un tréteau au‑dessus du feu sans flamme, et la fait passer à plusieurs reprises sous les dents de la braie; le lin crie et se tord longtemps avant d’être débarrassé de son écorce frêle et de la « chevenotte » [sic], bientôt il ne reste que la filasse luisante et soyeuse. [...] Et toute la journée, les aigrettes volent dans l’air. Se dorant sous les rayons d’un soleil automnal, elles retombent en pluie légère sur la tête et les épaules des travailleurs, les couvrant d’un léger nuage de poudre... 1931, E. Croff, Nos ancêtres à l’œuvre à la Rivière-Ouelle, p. 134.

Il faut d’abord couper le lin à maturité. Toutes les récoltes ne sont pas aussi belles; il y a des années de pluie où le lin est plus jaune et pâle, mais aussi plein « d’aigrettes ». Les années de soleil donnent du lin plus foncé ou gris, aux fibres plus longues et soyeuses. 1975, Le Soleil, Québec, 2 juillet, p. A8.

VieilliRésidu des grains passés au crible. (PPQ 867, Lavoie 1110).

 Aigretter v. tr. Débarrasser (le lin, le chanvre) de ses aigrettes. (Lavoie 1614).

Histoire

Ces emplois d’aigrette découlent du sens de « faisceau de poils ou de soies dont sont munies les graines de certaines plantes, permettant leur dissémination par le vent » (attesté en français depuis 1694, surtout dans la langue des naturalistes, v. TLF).

1Depuis 1928 (PoirAc). Relevé dans les parlers de l’Ouest de la France (v. ALO 332). 2Depuis 1833. Relevé dans les parlers du Nord-Ouest et de l’Ouest de la France (v. FEW ancien bas‑francique *haigro 16, 119a); cp. en outre la variante grette(s) signalée dans les mêmes parlers ainsi qu’en moyen français (ibid.), dont dérive sans doute le v. aigretter (depuis 1974), connu également en angevin, où il est attesté depuis le milieu du XVIIIe s. (égretter, ibid.; DupAng 158).

Dernière révision : novembre 2022
Trésor de la langue française au Québec. (2022). Aigrette. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 28 mai 2024.
https://www.dhfq.org/article/aigrette