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AIGREFIN [ɛɡʀəfẽ]
n. m.

  

VieilliPersonne, animal chétif, d’apparence maigrichonne.

Rem. Comme en France, aigrefin a aussi le sens d’« individu rusé et habile à duper autrui pour parvenir à ses fins » (voir TLF).

– Ils se formalisèrent au dernier point de ce que je n’avais pu avaler mon verre et que j’avais fait une affreuse grimace en en rejetant le contenu par terre. J’entends aussitôt chuchotter [sic] de tous côtés : – C’est quelque sauteur de comptoir, quelque aigreffin [sic], et ça fait le dégoûté, le difficile. [...] Sophie vient me dire tout bas que [...] je ferais bien de m’en aller tout de suite [...]. Je suis ce conseil sans me faire prier. Il n’y avait pas moyen de faire l’entêté avec une douzaine de jeunes gens dont chacun d’eux pouvait en faire deux comme moi [...]. 1845, Alph. Poitras, Un bal de faubourg, La Revue canadienne, vol. 2, no 12, p. 140.

Aussi, comme ils [les collégiens] ont belle mine aujourd’hui qu’ils ont repris contact avec les choses familières à leur enfance! Ils n’ont plus ce teint exangue [sic] des roses qui ont poussé dans les caves; retrempés dans un bain d’air et de liberté leurs muscles se sont durcis et leur poitrine élargie. Qui reconnaîtrait dans ces gaillards, les enfants malingres, souffreteux que l’internat nous avait rendus en juin? […] Ah! cela prend plus de temps qu’on ne croie et c’est plus douloureux que d’extraire une dent cariée, l’opération qui arrache l’âme d’un enfant de la campagne pour lui substituer celle de César et de Cicéron et faire d’un robuste habitant un aigrefin de la ville! 1914, Le Pays, Montréal, 29 août, p. [2].

Une autre fois, à Paris encore, M. Labelle donnait une conférence sur le Canada. Celle‑ci [cette question], entre autres, lui fut faite par un petit Français tout maigre et tout court, qui ne pesait guère que cent cinquante ou cent soixante livres, et n’avait au menton pour toute barbe que quelques brindilles espacées : « Pensez-vous, Monsieur le curé, que votre Canada, dont le climat est si froid et si rude, puisse nourrir jamais une population forte et dense? » – « Mais, mon ami, riposta le curé-colosse (333 livres), n’imaginez-vous pas qu’un pays qui produit des hommes comme moi peut sans difficulté nourrir des milliers d’aigrefins comme vous? » 1930, E.‑J. Auclair, Le curé Labelle : sa vie et son œuvre, p. 217.

Bolduc : [...] cette bête‑là, c’est un beau corps de cheval, une belle bête qui lève haut de terre. Bedeau : Si tu parles du mien, oui. Bouchard : Le sien! Comment voulez-vous qu’il lève haut de terre, cet aigrefin‑là? Il a bien trop souvent dîné par cœur! 1936, R. Choquette, Le curé de village, p. 17.

– Tiens! voilà cet aigrefin de Louis-René, constate Charlemagne St‑Pierre avant de préciser : c’est mon deuxième voisin. Vêtu « comme un épouvantail à moineaux », de taille moyenne, maigre, le visage couleur brique, les cheveux clairsemés, dans les trente-cinq, quarante ans, l’œil noir et brillant […]. 1992, P. Porée‑Kurrer, La promise du lac, p. 248.

Histoire

Depuis 1845. Le mot est certainement un héritage de France, puisqu’il a été relevé en Suisse romande (v. GPSR) et qu’il est attesté dans le sens voisin de « nom donné aux officiers de mauvaise mine » en français du XVIIe s. (v. TLF et FEW moyen bas‑allemand Schelvisch 17, 32b).

Dernière révision : novembre 2022
Trésor de la langue française au Québec. (2022). Aigrefin. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 18 juillet 2024.
https://www.dhfq.org/article/aigrefin