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ACHALANT, ACHALANTE [aʃalɑ̃, aʃalɑ̃t]
adj. et n.

Rem.

Variante graphique : achallant, achallante.

1

adj. (En parlant de qqch.). Fam.Qui cause du désagrément, de la contrariété, de la gêne.

Un temps achalant. Une affaire achalante. C’est (ben) achalant.

   bâdrant.

Vraiment, je ne vois dans ce tissu mensonger de ces contradictions, qu’une noire sauce aux chats qu’un diable seul peut digérer. Allons, brassons un instant cette bouillie pour en laisser échapper la vapeur achalante qu’elle contient, après quoi, nous verrons ce qu’il veut dire dans le peu de vérités qui y restent. En attendant, méditons, examinons, sondons sa large pensée. 1863, La Gazette de Sorel, 21 février, p. [2].

Veuillez donc prendre les moyens de nous débarrasser du fléau de l’Étendard qui pénètre dans nos demeures malgré nous, ou au moins nous dire ce que nous avons à faire pour cela. […] De temps en temps il [le maître de poste] nous envoie des numéros par commission, et ces numéros sont déposés chez nous en notre absence. Ça finit par être achalant et ennuyeux. 1891, L’Étendard, Montréal, 7 juillet, p. [2].

– Y a longtemps que vous êtes dans l’armée? [...] – Six mois [...]. – Ça doit quand même être achalant à la longue, hein, les exercices, pis toute? 1945, G. Roy, Bonheur d’occasion, p. 140.

Mère : Ça t’est pas adressé, Jérémie! Jérémie : J’essayais pas de l’ouvrir, m’man! Mère : Pas de mensonge, Jérémie. Jérémie : C’est achalant de regarder une lettre toute la journée et puis de pas savoir ce qu’il y a dedans. 1973, M. Dubé, La cellule, p. 73.

C’était une femme somme toute insignifiante, non, pas insignifiante mais... inoffensive vue sous cet angle : une jupe large qui se balance d’un côté et de l’autre, un tic du coude droit parce que le sac à main est achalant, le pied, plus très habitué au talon haut, qui hésite sur les craques du trottoir.... 1989, M. Tremblay, Le premier quartier de la lune, p. 156.

Il [le premier ministre du Québec] affirme que le Canada considère les Québécois comme une minorité obligée de « toujours se lever pour dire : ne nous oubliez pas! Le système fédéral nous traite toujours comme un bout ajouté, à la dernière minute, encombrant, achalant ». 1995, Le Devoir, Montréal, 29 mai, p. A8.

Récemment, [un restaurant de Montréal] à l’éthique irréprochable, a été la cible des foudres des « véganarchistes ». Oh, pas grand’chose, presque rien. De la colle dans la serrure. Un petit mot anonyme menaçant en forme « d’avertissement » dans la boîte aux lettres. Juste assez pour créer le malaise, instiller une petite peur achalante. 2020, Le Charlevoisien, Baie-Saint-Paul, 29 janvier, p. 6.

2

adj. et n. (En parlant d’un être animé). Fam.Qui ennuie, importune par sa présence, ses propos, son comportement.

Être achalant (avec qqch.), ne pas être trop achalante. Trouver une personne achalante. Maudit achalant, espèce d’achalante.

SYN. fatiganttannant.

   bâdrant.

Rem.Encore usuel dans le français régional du Nord‑Ouest de la France (voir DRF, s.v. achaler).

Ladébauche, me dit-elle aussitôt qu’elle m’aperçut, je viens de recevoir les gazettes du pays et je trouve que vous devenez rudement achalant. Je n’y comprends plus goutte aux affaires de la province de Québec; le ministère Ross a-t-il été oui ou non enfrefirwapé! voilà ce que je voudrais savoir [...]. 1886, Le Canard, Montréal, 27 novembre, p. [2].

[…] Toute ta vie tu souscriras, [/] Pour des bouquets d’enterrement [/] La gibelotte mangeras, [/] Assaisonnée bien tristement [/] Enfin, vieux garçon tu mourras, [/] Dans la peau d’un gros achalant. 1902, Le Canard, Montréal, 1er novembre, p. 6.

Et avant que de plaire aux suffragettes ignorantes et primaires et embarrassantes et encombrantes et sacrement achallantes de chez nous, M. Paul Morin, s’il tient à conserver son titre de prince des poètes canadiens, ferait mieux de débiter son boniment au milieu d’un boudoir intime et parfumé plutôt que devant le micro. Et s’il s’obstine [...] nous serons obligé de le rappeler à la décence élémentaire [...]. 1939, Les Pamphlets de Valdombre, mars, p. 177‑178.

Donalda : Des maringouins ça vient par nuages. On pourrait couper ça avec un couteau. Séraphin : Coupe‑les. [...] Viande à chiens que c’est achallant. 1944, Cl.‑H. Grignon, Un homme et son péché, 30 mai, p. 3 (radio).

– […] Le bon Dieu pourrait nous punir ensuite! –  Aujourd’hui, on peut plus rien faire sans avoir le bon Dieu dans les jambes. Dans not’temps, Y étais [sic] pas si achalant que ça. 1944, R. Lemelin, Au pied de la Pente Douce, p. 49.

Tu tâches de te payer une petite assurance pour te faire enterrer. Et, si tu veux quelques messes pour le repos de ton âme, vois‑y toi‑même avant de lever les pattes, parce que les neveux et les nièces t’oublieront une demi-heure après le libera. Pourtant, tu te seras tourmentée pour ces enfants‑là comme s’ils étaient à toi, au risque de t’entendre traiter de vieille achalante! 1950, Gr. Gélinas, Tit‑Coq, p. 109.

Je [un chien] voulu [sic] lui faire comprendre que je désirais me faire un ami. Je me frottai contre ses jambes. Je relevai les oreilles, la tête. Je le regardai dans les yeux. – Tu deviens achalant, à la longue. Si tu ne cesses pas d’être aussi embarrassant, il va falloir que tu retournes d’où tu viens. 1962, A. Thério, Le journal d’un chien, p. 27.

[Loiselle] : Un télégramme d’Ottawa! Johnson : Ah! Les achalants! Qu’est-ce qu’ils veulent encore? [Loiselle] : Ils disent que c’est au fédéral à le recevoir [le général de Gaulle] et non au provincial. 1969, Fr. Loranger et Cl. Levac, Le Chemin du Roy, p. 46.

« […] Nous vivions sur une terre, celle du grand’père Dupire que nous gardions à la maison. Il était bien vieux, quasiment retourné en enfance et toujours après moi, à me tripoter. [...] » Aline est la neuvième de dix enfants vivants. Elle a vécu en milieu rural jusqu’à l’âge de douze ans. Alors toute la famille émigrera de Sainte‑Eulalie à Valleyfield. Plus de grand père [sic] achalant et impuni. 1971, J. Ferron, Les roses sauvages, p. 138.

Les pauvres, ça mendie tout le temps [/] Les pauvres, c’est ben achalant [/] Si leur vie est si malaisée [/] Qu’y fassent pas de bébés. 1978, Pl. Latraverse, « Les pauvres » (chanson), All dressed.

Mettons une chose au clair dès le départ : qui, à l’âge de 10 ans, a dit à ses parents : « Quand je serai grand, je veux être vendeur »? Astronaute, capitaine de marine, explorateur, médecin, pompier... Mais vendeur? « Évidemment que non. Le métier a une mauvaise image dans le public. Vendeur évoque peddleur, télémarketeur, crosseur. Ou encore, l’achalant avec les brosses Fuller qui sonne à la porte. C’est quelqu’un qui peut abuser des autres et leur vendre quelque chose dont ils n’ont pas besoin, quelqu’un qui va les rouler, quoi... » [...]. 2002, D. Arcand, La Presse, Montréal, 15 mai, p. 11 (cahier spécial).

Au Québec, les guêpes à papier – celles dont les nids sont faits de fibres de bois mâchées –, de leur vrai nom Polistinae (guêpes à taches blanches) et Vespinae (les guêpes jaunes), s’avèrent les plus « achalantes ». 2021, Protégez‑vous (site Web), Montréal, 31 août.

Histoire

1Depuis 1863. Est issu des parlers du Nord‑Ouest et de l’Ouest de la France, où il est bien attesté, surtout en parlant du temps ou dans la tournure impersonnelle (également bien connue au Québec) c’est ben achalant « c’est bien ennuyeux, contrariant » (v. FEW 2, 83a, CormMauges, s.v. achaler, MussSaint, s.v. achaler, LalPoit, RoussPoit2, MinVienne1‑2, DottMaine, VerrAnj, s.v. achaler, et MontMaineS, s.v. achaler). En parlant du temps, le mot a été aussi relevé en Acadie et en Louisiane (v. Mass no 85, CocoAv et DLF). 2Depuis 1886. A été relevé dans le Nord‑Ouest de la France (v. DuPAng et DRF, s.v. achaler, qui mentionnent que cet emploi est attesté en Anjou depuis le milieu du xviiie s.). Cet emploi est aussi attesté en Louisiane (DLF).

Dernière révision : décembre 2021
Pour poursuivre votre exploration du mot achalant, consultez notre rubrique Saviez-vous que et visionnez notre capsule vidéo Dis-moi pas!?.
Trésor de la langue française au Québec. (2021). Achalant, achalante. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 20 février 2024.
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