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ACCOSTER [akɔste]
v.

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v. tr. dir. (Emploi critiqué). Mettre (un bateau, un vaisseau, etc.) à quai, le faire accoster quelque part.

Accoster un bateau au quai. Le pêcheur accoste la chaloupe au quai.

Rem.En français de France, le complément d’objet direct du verbe accoster désigne l’endroit dont on s’approche, et c’est le substantif désignant le bateau ou, par méton., celui qui le dirige qui est le sujet du verbe, comme dans le navire accoste le quai, ou le capitaine accoste le quai.

Au de-là du pont, nous avions en perspective la tête chevelue et verdoyante de l’île Ste. Hélène; à gauche, la montagne, dont la courbe puissante se dessinait dans l’azur du ciel, et au pied de laquelle s’étendait Montréal dont les toits inclinés brillaient au soleil comme des lames d’argent. Après nous avoir conduits, à quelque distance au-dessous du pont, le Capitaine accosta son bateau près d’une charpente en bois élégamment pavoisée. 1859, La Minerve, Montréal, 16 août, p. [2].

Les deux prisonnier [sic] qui se sont échappés du pénitencier de Kingston, sur le yacht à vapeur « Juno », ont débarqué près d’ici. Ils ont accosté leur vaisseau sur une pointe de sable et se sont enfuis sans laisser de traces. 1887, L’Étendard, Montréal, 3 septembre, p. [4].

Ils pénétrèrent donc dans le port de mer et accostèrent leur bâtiment à un quai tout en or. 1949, Saint-Joachim-de-Tourelle (Gaspé-Ouest), Les Archives de folklore, t. 4, 1950, p. 111.

Nous ramions depuis deux bonnes heures quand nous sommes arrivées à destination : un minuscule bouquet d’îles de sable chaud, à peine assez grand pour accueillir plus d’un petit boisé, composé de quelques frêles érables et conifères. Après avoir accosté notre embarcation sur le gravier mouillé, ma cousine décide d’explorer le petit bois silencieux. 1992, J. Lamoureux, La Tribune, Sherbrooke, 20 juillet, p. D10.

C’est le 4 juillet 1634 qu’un certain sieur de Laviolette, accompagné d’une petite équipe de charpentiers, a débarqué sur les rives trifluviennes pour y construire une fortification et y installer un embryon de communauté. Huit ans avant que Paul Chomedey, sieur de Maisonneuve, accoste sa chaloupe sur les rives de l’île qui deviendra Montréal. 2017, J.‑M. Beaudoin, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 20 mai, p. 4.

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v. tr. ind. (Emploi critiqué). Accoster à, après, contre un quai : se mettre à quai, s’en approcher le plus possible (en parlant d’un bateau, d’une embarcation ou, par méton., de celui qui est à bord).

Rem.En France, accoster commande généralement un complément d’objet direct (accoster le quai), mais la construction accoster au quai est usuelle, même si les dictionnaires l’ont peu relevée. Celle avec contre est possible, mais pas celle avec après. Il reste qu’on dit plus couramment en France accoster le quai, qui n’est d’ailleurs pas inconnu au Québec. Les constructions avec une préposition ont été critiquées depuis Manseau (1881) jusqu’à Dagenais1 (1967), en raison de leur absence des dictionnaires de France à l’époque des observations faites des auteurs de manuels correctifs (v. aussi Rinfret 1896, ClapInv et Blanch1‑8, GPFC l’enregistre sans commentaire).

Moins d’une demie heure [sic] après, cinq heures après notre départ de Québec, le bateau accoste au quai des Eboulements, qui s’avance au bout d’une longue pointe de sable, à la surface tourmentée. 1870, H. R. Casgrain, La famille de Sales Laterrière, p. 8.

Et, comme nous manifestions au conteur notre étonnement de ce que nous venions d’entendre, un grand choc ébranla le Terrebonne. Nous venions d’accoster au quai. 1884, A. Verger, Le Journal du dimanche, Montréal, 29 mars, p. 118.

Les Messieurs McDougall faisaient la livraison de leurs produits aux Trois-Rivières, où ils se rendaient en voiture ou en petit bateau. Quand ils venaient [...] en petit bateau, ils allaient accoster au quai du Richelieu ou bien aux quais occupés actuellement par la Compagnie International Paper. 1933, D. Dubé, Les Vieilles Forges il y a 60 ans, p. 60.

Et il n’ouvrit plus la bouche jusqu’à ce que le bateau fût accosté contre la coque d’un magnifique yacht qui se balançait doucement sur son ancre dans la baie de Tresco. 1953, L’Autorité, Montréal, 18 juillet, p. 2.

(Acadie). Et pas un bateau respectable venu accoster au quai de MacFarlane n’aurait ouvert ses haubans à un Micmac. 1977, A. Maillet, Les Cordes-de-Bois, p. 135.

Prendre garde qu’il faut dire accoster le quai ou accoster le long du quai, selon que l’on emploie le verbe transitivement ou absolument, et non [accoster au] quai. Accoster, qui signifie « approcher jusqu’à être bord à bord », est un verbe transitif direct : un navire en accoste un autre. Après avoir accosté le quai, on ne peut dire que le bateau y [est accosté], le verbe accoster exprimant un mouvement. Il est amarré au quai. 1967, G. Dagenais, Dictionnaire des difficultés de la langue française au Canada, p. 9.

Accoster la chaloupe après le quai. 1987, Saint-Sauveur (Terrebonne), Fichier lexical du Trésor de la langue française au Québec (enq.).

Vingt bateaux ont accosté au quai de Pointe-au-Pic en 2015. C’est un de plus qu’en 2014. 2016, Le Charlevoisien, Baie-Saint-Paul, 13 janvier, p. 3. 

(En parlant d’une locomotive).

Un long coup de sifflet déchire l’air et crispe les nerfs. Les rails branlent et dans un tonnerre épouvantable la grosse locomotive suivie des wagons oscillants, vient accoster contre le quai1915, J. Cœur, Le Devoir, Montréal, 13 décembre, p. [1].

 Désaccoster v. intr. Quitter le quai. (v. MassMar 120).

Histoire

1Depuis 1859. Hérité de France, cet emploi a été relevé au XIXe s. sous la plume de J. Verne : en quelques coups d’avirons, ils accostèrent le navire mouillé à deux encablures du quai (v. TLF). 2Depuis 1870. Certains dictionnaires français attestent cet emploi depuis peu (accoster à un quai, dans Logos 1976 et Girodet 1981; v. aussi GLLF qui relève chez Malraux la chaloupe accoste au débarcadère de la gare), mais la majorité d’entre eux n’enregistrent que la tournure accoster le quai (v. Robert 1985 et TLF p. ex.; v. aussi HanseDiff2). Accoster contre est moins usuel, mais on le rencontre dans la presse (v. S. Tesson, Le Figaro Magazine, Paris, 25 janvier 2013, p. 52 : Le bateau a accosté contre une paroi lisse faisant office de quai portuaire). Accoster après le quai est typiquement québécois du fait que la préposition après exprime un rapport de position (comme dans le cheval est attaché après le poteau), emploi qui peut s’entendre encore « parfois (incorrectement) » dans le français populaire, mais qui ne paraît pas attesté avec le verbe accoster (v. Robert 1985, s.v. après, sens IV ; Grevisse13, §1005).

Dernière révision : octobre 2022
Trésor de la langue française au Québec. (2022). Accoster. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 28 mai 2024.
https://www.dhfq.org/article/accoster